IV PREFACE
foule. Comment se persuader en effet que la musique put jamais être enseignée aux masses, et que des milliers d'élèves fussent en état de recueillir tous ensemble les fruits de la Méthode? 11 fallut bien le croire cependant quand le nombre toujours plus considérable des disciples en eut fait comme un peuple de chanteurs.
La consciencieuse persévérance de Wilhem avait donc réalisé son espoir d'un noble succès ; il avait touché au but si désiré, il avait accompli l'œuvre de sa vie : déjà, en effet, grâces à ses efforts, le chant avait trouvé place dans les enseignements prescrits par la loi, déjà il avait recueilli à l'Hôtel-de-Ville, à la Sorbonne, au milieu de l'Orphéon qu'il avait créé, les précieuses adhésions des Reicha, des Chérubini, des Auber, des Berton, des Halevy, des Carafa et d'un grand nombre d'illustrations musicales ; déjà l'Université avait introduit le chant dans ses établissements; déjà les comités d'instruction primaire avaient accueilli par leurs transports unanimes l'inauguration du chant populaire en France, lorsque la mort vint surprendre Williem au milieu des préparatifs de l'Orphéon de mai 1842.
Mais son œuvre ne mourut pas avec lui ; l'autorité municipale légua unanimement à son premier élève, à celui qu'il désignait lui-même pour son successeur, à M . J. Hubert, l'honorable mission de maintenir, de continuer et de propager l'œuvre de son illustre maître. Depuis cette époque, l'enseignement du chant a pris un essor rapide que ne venait plus arrêter la trop grande modestie de AVilhem. La Reine, le Prince-royal, son auguste Mère, les Princes et les Princesses sont venus successivement joindre leurs suffrages à ceux d'une foule immense et choisie, et ont dignement récompensé le zèle, le talent du maître, le travail et les progrès des élèves. Ce triomphe posthume laissait insensible une froide poussière à l'autre extrémité de Paris ; mais ton buste, bon et modeste \N'ilhem , était couronné par tes élèves ; ces chants sublimes , ces applaudissements montaient vers le ciel , et , comme tu l'avais prédit', quelque chose en parvenait jusqu'à toi.
1. Les progrès du chant dans les écoles de Paris furent si rapides, et le nombre des personnes qui voulaient apprécier les résultats de la méthode Wilhem était si considérable, que, déjà du vivant du fondateur de l'Orphéon, les salles immenses de rHôtel-de-ville et de la Sorbonne étaient insuflisantes pour contenir les exécutants et les auditeurs, et que l'on s'entritenait de la nécessité de construire une salle assez spacieuse ( le cirque des Champs-Elysées n'était pas
l'HKFACE. V
Tel fut le tre'sor inestimable légué à la France par ce vertueux citoyen. S'il n'avait eu que son rare talent, il n'aurait pas réussi. Le jïénie mène aux belles découvertes : le caractère les fait seul prévaloir. Heureusement ces dons se trouvaient réunis chez WiLHEM. Il s'était préparé au combat par une vie laborieuse et dure. Avant d'expliquer, par l'examen de son livre, la cause de ses succès, rendons hommage au dévouement exemplaire, au pur désintéressement , à la longue patience dont il a fait preuve pendant vingt années d'expériences, durant lesquelles il ne recula jamais devant aucun sacrifice de temps et d'argent; et reconnaissons, avec une juste confusion, que la race humaine, quand elle n'est pas hostile à ses bienfaiteurs, oppose trop souvent aux élans de leur zèle une déplorable inertie. N'oublions pas toutefois que l'auteur de la Méthode eut dès l'origine l'appui de quelques hommes d'éhte qui, par une conviction profonde de l'excellence de son œuvre , le secondèrent de tout leur pouvoir. C'est ainsi que le chant populaire a fini par trouver successivement des propagateurs dévoués ', pleins de zèle et de lumières auprès des ministres de l'Intérieur, de l'Instruction publique, de la Guerre et de la Marine, auprès de M. le préfet de la Seine, de Monseigneur l'Archevêque de Paris et des autorités municipales et ecclésiastiques des principales villes de France.
Si l'on nous demande maintenant par quels moyens Wilhfm sut obtenir et perpétuer des résultats que le public recueille désormais avec reconnaissance, nous couseillerons de recourir
encore élevé ) pour l'exéculion de ces nouveaux concerts. A cette occasion Wilhem écrivait à son premier disciple :
21 mai 1838.
Cher Hubert ,
M. D me dit que nous faisons fureur, et que chacun s'occupe de faire
construire un temple à l'Orphéon. Pour moi , ce ne peut être que la terre promise où tu conduiras seul les élus du chant des enfants de Paris.
Ce jour-là, vous penserez à moi, et je vous écoulerai de bien loin! ! .'
1 Parmi les hommes qui ont activement et puissamment contribué à la propng;ition de l'œuvre de \Vilhem on doit principalement citer : de t819 à 1833, MM. de Gérando , .loniard , Francœur, comte de Lasteyrie, I.ebœuf et Demovencourt, membres de la Société pour rinsiruclion élémentaire.
De 1833 jusqu'à 183.5, MM. Lebrun, Ciierubini , Bertcu , Caral'a , membres de l'Institut , Ortiia, meuibre du conseil royal, Boulay de la MeurUie, Bou\allier, Périer, membres du conseil municipal, Pompée, membre du comité central, el Lefcvre, instituteur communal.