De la distinctiou des genres au pluriel
Dire d'un substantif qu'il est masculin, neutre ou féminin, c'est dire
2()G Maiiut'l i\v lanj^ue l•u^sЬL^
<|ut' los «létenniiiants de ce substantif, adjectifs ou j»ronoms, prendront certaines formes particulières: masculines, neutres ou féminines.
En fran<,ais, le substantif ciel est masculin j)arce que l'on dit le ciel est serein et non pas la ciel est sereine; le substantif terre est féminin parce que l'on dit la terre est ronde et non pas le terre est t'ond. Mais, si ces mêmes substantifs sont employés sans déterminants, ri(Mi n'en indique plus le genre: ainsi dans l'exclamation terre et ciel!
En russe même, quand on dit, par exemple, que tous les substantifs dont le nom. sing. se termine en -j. sont masculins et que tous ceux dont le nom. sing. se termine en -u sont neutres, on entend que les déterminants de ces substantifs prendront, pour les premiers, les formes dites masculines, pour les seconds, les formes dites neutres: ii<' дорого начало, a д01)ог1. конецъ «commencer n'est rien, il n'est que de finir».
Or, en russe moderne, les distinctions de genre ne se sont pas maintenues également aux deux nombres, singulier et pluriel: fidèlement observées au singulier, tant dans la prononciation que dans l'orthographe, elles n'ont plus de réalité auditive au pluriel où, alors même que l'orthographe les maintient, au nominatif par exemple, la prononciation ne les révèle plus. Un rapide examen des différentes formes de pluriel, tant des pronoms et noms de nombre que des adjectifs ou participes, j^erniettra une facile vérification :
Pronoms. — Aucune distinction de genre au pluriel : r\\ signifie également «ceux-là» et «celles-là», :Vm «ceux-ci» et «celles-ci», etc.
Une seule exception, d'ailleurs purement graphique : pour le pronom personnel de la 3® personne, on écrit онГ. au féminin, они aux deux autres genres; mais la prononciation moderne ne connaît que они; et de même pour le pluriel du nom de nombre 1, au sens pronominal de 1** «seuls»; 2° «les uns», par opposition aux «autres»; 3° «certains», «des»: on écrit caHli au féminin, одни aux deux autres genres, la prononciation étant uniformément одни. La prononciation de ohIi et одн-Ь en -t. et non en -И est un archaïsme que l'usage actuel n'adm.et plus ailleurs que dans la poésie élevée: si parfois, dans le parler courant, le souci de la clarté exige et justifie la prononciation de t dans ont, одн^, c'est là un fait de prononciation artificielle dont il n'y a pas à tenir compte.
Noms de nombre. — A partir de 5, les noms de nombre cardinaux sont, à la forme du nominatif-accusatif, de véritables substantifs {y. p. 7 n. 3); la question de genre ne peut donc se poser que pour les noms de nombre 1, 2, 3, 4.
Pour 3 et 4, три et четыре, aucune distinction de genre. Pour 2, au contraire, distinction de genre strictement maintenue par l'usage, mais au nom. -ace. seulement : on écrit et dit два pour le masculin et le neutre, дв-Ь pour le féminin; et de même pour le paradigme entier de оба, 66t. «les deux»: m. et n. оба, обоихъ, etc., f. 66t., об-Ьихъ, etc.
Pour le pluriel de 1, одни et одн'Ь, voir ci-dessus.
Pour la série collective двое, трбе, четверо, etc., v. la Remarque précédente.
Appendice. — Remarques 22- 23. '2()~
Adjectifs et participes. ■— La forme courte (forme attributi ne reconnaît aucune distinction de genre au i)luii('l: siu^,'. m. Д"<'.|»-|.. f. Д(»ир.;'|. n. доГцм), mais, au plur., une seule forme pour les trois genres: д<»пр-ь1; ciiH-i.. спп-и. сГт-г. сГт-и <-Ыеи sombre»; сказпп-ь, <'i{;i:j:ni-ii. cIuCkui-o. скалаи-ы «dit»: et de même pour l'ancien })articipe passé (v. Bcm. 40, p. 289) qui fournit au verbe russe son })rétérit : ciwKJi'i.i-i.. civiKÛ.i-;). cIuKjj'i.i-o. (Мм'лмл-п.
La forme longue (forme épithète) écrit -e pour le masculin, -и pour le neutre et le féminin; mais la distinction est purement graphique: toujours inaccentuées, ces A'oyelles finales sont prononcées assez indistinctes pour ({ue l'oreille ne perçoive entre elles aucune différence: добр-м-с, masculin, se prononce comme Д(Ю1)-ы-и, féminin et neutre (de Д(Ю|)-К!-|1, -а-я, -<>-c); ciiii-i-c comme cnn-i-u fde cini-i-rt. -и-я, -e-e); ci{â:{aiiH-i.i-i' comme скапмип-ы-я (de скаиаип-ы-й, -а-я. -n-c). Et il en est de même j^our les adjectifs ou j)articipes dits accentués sur la finale (nom. maso. sing. en -ért): la prononciation ne distingue point .mo.kvi-i.'i-c de молод-ь'г-я (sing. молод-o-il, -а-я, -é-e «jeune»), :{ап(Ч)т-ь1-с de лаш^п-ы-я (sing. :înii('pT-n-fi. -п-я. -é-c «fermé»).
Quant aux adjectifs d'appartenance en -ii'i. -1,я, -i.c (v. p. 25 n. 5), on sait qu'ils n'ont qu'une forme au pluriel, forme courte qui sert pour les trois genres: |;о]юн-Ы1, en face du singulier корин-1Гг, -ья. -ьо; et aussi, sur le même modèle, трет-ыг, de TixT-iit -ья. -i.e «troisième».
En résumé, si l'on met à part les exceptions isolées дка, двЬ et »')oa. ôot.. on voit que la langue russe ne connaît })lus les distinctions de genre au pluriel, — celles dont elle a conservé la trace graphique n'ayant plus aucune réalité auditive.