II. L'impératif en fouctioD de prétérit
Souvent, dans des propositions où l'action verbale se présente comme une surprise imprévue ou fâcheuse, l'impératif sing. apparaît en fonction de prétérit perfectif ; de même que pour les emplois adverbiaux, il n'est fait acception ni de personne ni de nombre; on notera que cet emploi de l'impératif en fonction de prétérit appartient à la langue parlée plutôt qu'à la langue écrite.
Ex. : dans Tourguénev, Разсказъ отца АлексЬя (le Récit du P. Alexis) : С'ъ горя, да съ тоски..., я возьми, да всё ей и разекажй. «De douleur, de chagrin..., brusquement je lui dis tout». Et de même, dans la locution très usuelle откуда ни возьмись «n'importe d'où qu'il soit venu», devenue quasi adA^erbiale au sens de «tombant du ciel», «à point nommé»: сначала я бы.лъ одйнъ, но вдругь, откуда ни возьмись, они тутъ какъ туп, «tout d'abord j'étais seul, et puis, tombant du ciel, les voilà devant moi» (тутъ какъ тутъ, au sens de тутъ, mais plus énergique : expression par insistance).
Appendice. — Remarque 41. 291
Parfois le sujet à .su[)plt'er est certain i>ersonnaj^e que les Russes invo(|Uont A'olontiers, bien qu'ils le redoutent fort : c'est à savoir le diable lui-même (чоргь), < le mauvais esprit» (:u<'»ri духь). < le malin» (.ivi,-;im.ii1) ou sa puissance redoutée, sa <' force lourde* (iif.H'Ti.aM ciLiii ou simplement, «ii.ia étant sous-entendu, пе.к'псая); ainsi, dans les locutions du type : Да ii дерни мтп (avec l'inf.) < et voilà <{ue l'idée me vint, l'idée malheureuse, de...», comme on dit да ii д<'])11у.п. мгми лукавый ou да ii М'рнула Ait'ini 1им(ткая . . . : дёрни, de Д|''1)11уп,, pour дГ'^ц-пу-п,. jierf., proprement tirer», «tirailler >, au fig. «solliciter à», «inciter à» (rim})erf. дё])Г-а-т1. s'emploie surtout au sens i)roj)re); ou encore, dans le même sens et avec même construction: да u yropâ;vur мени...: уги1)а;$д11, de уг<>ра:{дит1., perf., «pousser à un acte répréhensiblo ou fâcheux», «donner l'idée de» (idée fâcheuse), d'ai)rès горазд'!-, -:»• -" (forme courte seulement) habile», «qui s'entend à». — On notera d'ailleurs que дёрни et уг(»])а;здн s'expliquent également bien comme* étant des substituts d'impersonnels : on aurait дё'])ии мени. угоразди мепи pour Д("рнуло .мен'/i, угораздили мени, fort usuels l'un et l'autre; sur cet emploi des verbes actifs, v. Rem. 5, p. 246.
Observation I. — Ces façons de parler peuA-ent être regardées comme des locutions toutes faites : les Russes eux-mêmes n'en aperçoivent j^lus l'origine véritable.
On en peut dire autant des deux formes invariables хиап. et глид|. qui, l'une et l'autre, doivent être interprétées comme étant des altérations de хвати, impér. de хнат-й-п,. perf., «saisir», et de гляди, impér. de глид'Ьть «regarder» ; pour le sens, ces deux formes sont à rapprocher des formes verbales invariables dont il a été parlé à la Eemarque 11, p. 254. Ainsi, dans Krylov, Fables, TV, 11:
II, y друга на лоу подк;Ч>ауля муху,
Что силы écTi. — хвать друга камнем], въ .кил,!
«Et, guettant la mouche sur le front de son ami, de toutes ses forces sur le front de son ami il lance une pierre».
Dans Pouchkine, Сказка d pi^oaivi. и ])i;ioK-t. (Conte du Pêcheur et du Petit Poisson) :
«Longtemps au bord de la mer il attendit la réponse. — et la réponse ne vint pas; il retourne vers la vieille, il regarde : de nouveau la chaumine est devant lui». («Il regarde» au sens de «merveille!» «surprise!») Observation IL — L'emploi de la forme unique de Timpératif sing., sans acception de personne ni âe nombre, semble avoir été grandement facilité par le fait même qu'historicjuement cette forme unique était à la fois З*' et 2*^ personnes.