‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesseChapitre 19 sur 36 · INSUFFISANCE DE L'EDUCATION POPULAIRE PAR LA PAROISSE · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DE L'EDUCATION POPULAIRE PAR LA PAROISSE

Le côté théorique de cette thèse serait facile à défendre. La Paroisse n'offre et ne peut rien offrir de suffisant pour ramener à Dieu les jeunes gens et les maintenir dans le bien. C'est un excellent moyen pour ceux qui sont déjà bons, par conséquent pour une infime minorité, mais les jeunes ouvriers, dont nous nous occupons, ne peuvent plus s'attirer par le bruit des cloches, être ramenés à la vie chrétienne par de beaux offices ou de beaux sermons ; à plus forte raison si ces offices et ces sermons ne sont pas beaux .

Mais j'éviterai le côté théorique de la question pour entrer seulement dans les faits. Est-il vrai, Dui ou non, que l'ouvrier ne va plus à la Paroisse ? Avez-vous quelque moyen de le faire revenir ? Si oui, eh ! que ne le faisiez-vous plus tôt, que de peines et de dépenses vous nous auriez évitées ! Si non, il faut donc chercher ailleurs, si on ne veut -perdre les derniers débris chrétiens, si on veut enrore ramener quelques pauvres âmes au bercail.

Nous convenons, dit-on, que la Paroisse avec ses anciens moyens ne peut satisfaire à des besoins nouveaux. Chaque époque, selon les circonstances, doit diversifier ses moyens d'action. Les Œuvres de jeunesse, nous le reconnaissons, sont un de ces besoins ; mais ne peut-on les établir dans les paroisses, les unir avec elles en les confiant aux propres pasteurs, au lieu de les faire briser à jamais avec eux ? « La Paroisse est le lieu du chrétien. C'est le « foyer agrandi de la famille chrétienne. Le patriote « a la patrie, le citoyen la cité, le chrétien la Pa-

« roisse La Paroisse est donc vraiment néces-

« saire au fidèle et je ne suis pas sorti de l'exacte « vérité quand j'ai formulé cet axiome: La Paroisse « est le lieu du chrétien ».

Au congrès des Œuvres ouvrières de Nantes, en 1873, et à celui de Lyon en 1874, cette question a été très sérieusement étudiée. Nous n'assistions pas au congrès de Nantes, mais nous avons sous les yeux un remarquable rapport fait par un prêtre plein de zèle et de talent que nous venons de citer, et qui nous semble avoir résumé en très bon style tous les arguments en faveur des Œuvres paroissiales et épuisé la matière. Un vicaire général, vénérable par son âge et sa sainteté, autant que par sa haute position, et se disant l'organe des curés de son pays, soutint la même thèse au congrès de Lyon où nous étions nous-môme.

Je l'avoue en toute sincérité, leurs raisons ne m'ont pas touché; je croyais même qu'on pouvait

en donner de meilleures. Abordons celte question en toute franchise.

Que veut-on dire tout d'abord ? veut-on soutenir qu'il vaudrait mieux que toutes les Œuvres de jeunesse fussent paroissiales ? Soit, et tous les arguments qu'on apporte en preuve nous paraissent facilement irréfutables. C'est une pure thèse théorique, il est inutile de s'y arrêter. Veut-on dire qu'en pratique il peut en être ainsi ? C'est là que le désaccord s'accentue, car pour faire une Œuvre paroissiale il faut deux choses principales et une troisième accessoire, qui nous semblent manquer le plus souvent ; et si ces trois choses peuvent se rencontrer, je distinguerai encore entre les Œuvres des grandes villes, et celles des petits pays.

La première chose indispensable c'est d'avoir un curé qui veuille et sache diriger avec succès une Œuvre de jeunesse. Cela peut se rencontrer, et se rencontre quelquefois, mais rara avis. Nous n'avons encore connu qu'un seul prêtre dans ce cas, c'était le vénérable abbé Caminade, archiprêtre de la Cathédrale d'Alby; mais nous l'avons déjà dit, ce saint homme avait l'intention arrêtée de donner sa démission de ce poste élevé où l'entourait l'estime générale, tant il le considérait comnie incompatible avec ses doubles obligations de curé et de Directeur d'Œuvre. Depuis il est mort, emportant dans sa tombe la vénération universelle ; et quoiqu'en dise le rapporteur de Nantes, son Œuvre est presque morte avec lui et ne renaîtra (pie par une sépara-

— 18G — tion inévitable de la Paroisse. Sans doute, il y a d'autres Œuvres paroissiales qui ont réussi, et nous compterons volontiers dans ce nombre, l'Œuvre de Saint Donatien de Nantes, mais c'est une exception qui tient surtout à l'homme. En revanche, nous en connaissons une autre que rien ne peut remettre à Ilot depuis que son Directeur-vicaire a élé appelé à un avancement d'ailleurs fort mérité. C'est que pour faire cette Œuvre il faut, chez un prêtre séculier, une spécialité qui se rencontre rarement, ou une vocation religieuse ayant ce but particulier. Dans le premier cas, cette spécialité ne se rencontrera pas dans toutes les paroisses, car si elle y était on n'aurait jamais fondé des Œuvres distinctes ; dans le second cas, le religieux, par le fait qu'il est religieux, ne pourra trouver sa place dans ujie Œuvre exclusivement paroissiale. Je dirai même plus, le curé qui aurait toutes les qualités pour faire une Œuvre manquerait ordinairement des autres qualités pour être un bon curé. Les jeunes gens d'une paroisse absorbent, et amplement, toute la vie d'un prêtre. Où trouvera-t-il le temps pour soigner également les lionunes, les femmes, les filles ? Comment suffira-t- 11 aux malades, aux sermons, aux catéchismes, à l'administration des Sacrements, aux visites de convenance ou de nécessité, à l'administration des affaires ? Un tel homme peut exister, a existé peutêtre, mais une si rare exception ne peut faire la base d'un svstèine Relierai et absolu.

R.este le vicaire délégué à cette Œuvre. Les difficultés sont les mêmes ; il faut d'abord trouver un vicaire qui ait l'aptitude et le goût de ces Œuvres et le désir d'y rester. Nous félicitions un vicaire qui avait assez bien réussi dans ce miiu"stère ; « gardez- vous de le dire à l'Evêque, me répondit-il, il me laisserait pourrir dans cette paroisse. » C'était le cri du cœur, mais un cri vrai. Peu auront cette constance et cette abnégation, même s'ils ont ce don si rare de réussir avec les enfants.

S'il n'y a qu'un seul vicaire dans cette paroisse, le Curé demeurera avec le lourd fardeau de toutes les autres fonctions, ce qui suppose à la fois deux prêtres également dévoués. S'il y en a plusieurs, c'est que la paroisse est plus considérable, le travail plus écrasant. Je connais une très petite paroisse ayant un curé et trois vicaires; le travail n'y est pas lourd, l'un d'eux a fondé une très belle (Euvre depuis plus de vingt ans ; cette Œuvre est très paroissiale, car les enfants assistent tous au service divin, selon le plan du rapporteur de Nantes, au grand détriment, soit dit en passant, de l'Œuvre elle-même et de ses membres. Jamais aucun de ses confrères n'a voulu décharger ce pauvre prêtre de la moindre de ses fonctions du dimanche, grand'messe, sermon, prônes, enterrements, congrégations, baptêmes. Il se tue et son établissement végète forcément, parce qu'il est paroissial, car s'il n'étail

pas vicaire il vivrait malgré son curé, tandis qu'il se meurt avec lui.

Cette théorie est donc fausse à ce premier point de vue qu'elle ne tient pas compte des faits. Elle dit ce qui devrait être, et nous sommes tous d'accord sur ce point, mais non ce qui est, et voilà par où elle pèche. Elle serait vraie s'il s'agissait de réunions de filles ou de femmes, parce que partout il y a un nombre surabondant de prêtres dévoués à ce facile ministère ; fausse pour les Œuvres de jeunesse, les plus ingrates de toutes et à cause de cela les plus délaissées, quelquefois avant de les I en 1er, pres(fue toujours après les avoir essayées sans succès et même après des succès. Trois fois j'ai essayé moi-même de fonder des Œuvres paroissiales, deux fois j'ai échoué faute d'un vicaire qui sût et voulût s'en charger. La troisième fois nous avions trouvé cet homme si rare ; on nous l'a enlevé et l'Œuvre a succombé peu après.

Dieu me garde de faire le procès de mes vénérés confrères, mais le cœur humain est ce qu'il est, il faut en tenir compte, sans s'en étonner dans la pratique de la vie. D'ailleurs il est facile de soutenir qu'avec la meilleure volonté du monde nul n'est bon à tout. Les ministères sont infinis dans l'Eglise, alius sic, alius sic, disait déjà Saint Paul de son temps. Quelques-uns avaient le don des langues, d'autres celui des miracles, d'autres celui des prophéties, sans qu'on eût le droit de blâmer celui qui avait un don plutôt qu'un autre. On peut êlre un

très bon curé, un excellent vicaire sans être orateur, sans être en même temps un habile confesseur, sans savoir très bien administrer, même sans être un saint, ou du moins sans avoir tous ces dons à la fois. Qu'on demande aux conseils épiscopaux les soucis que leur donnent les placements, précisément par la difficulté de trouver réunies toutes les qualités nécessaires à un poste. On ne peut donc supposer qu'il y aura toujours dans toutes les paroisses un prêtre capable de fonder et de diriger ime Œuvre de jeunesse, et c'était ce que nous voulions prouver.

Mais enfin on a trouvé ce prêtre, curé ou vicaire, et on le trouve en efïet quelquefois, souvent si on veut, je ne le nie pas. Mais avons-nous dit, il faut une seconde chose indispensable, celle dont on ne peut se passer pour faire un civet. Pour faire une Œuvre de jeunesse il faut des jeunes gens. Vous voulez leur imposer la grand'messe, les vêpres, le sermon et le salut de la paroisse (Congrès de Nantes), très bien, vous arrivez de suite à votre perfection idéale, mais de quel droit l'imposez-vous ? L'Eglise n'exige directement que la messe du dimanche et une messe quelconque. Vous avez toutes les peines du monde à obtenir ce minimum, très peu y assistent dans les grandes villes, nous faisons des Œuvres pour ramener le peuple à l'Eglise, et vous commencez par le plus lourd et le plus malaisé ! Si c'est si facile à obtenir faites-le, inutile de fonder des (Euvies; si c'est diTicilc

pourquoi commencer par la fm pour ue plus rien obtenir ensuite ? Les membres de nos Œuvres, dites-vous, ne doivent pas connaître le respect Immain ; belle théorie à laquelle nous applaudissons des deux mains ; mais cependant si, entr'autres vices nombreux, ils ont aussi le respect humain, y a-t-il donc si grand mal à en tenir compte avec des néophytes, sauf à les en défaire peu à peu? On donne du lait aux enfants ensuite de la viande ; j'en conviens, et toutes les nourrices seront de mon avis; il vaudrait mieux commencer par la viande; faites-le donc: seulement l'enfant mourra. De quel droit, je le demande encore, imposez-vous la gi'and'messe, que l'Eglise n'exige pas, à ceux surtout qui, plus pieux, auront déjà fait leur dévotion à une messe plus matinale? Pourquoi ces longues vêpres qui durent une heure et plus, ce qui est exhorbitant pour des enfants, alors que hors de France, à Rome même, le peuple ne les connaît pas? Pourquoi surtout ce sermon... j'allais dire si ennuyeux et par son style hors de la portée des enfants, et par les sujets qu'il traite, qui sont en dehors des habitudes et des besoins de leur vie, et par sa longueur exorbitante à leur âge. Je vais un jour à Notre-Dame de la Garde avec cent de mes enfants, nous tombons sur un interminable discours sur les trois inaccessibilités de Dieu. Heureusement qu'il faisait chaud, nous étions fatigués de la route, tous mes enfants s'endormirent et moi... conune eux. Vous figurez-vous deux cents gamins

à un sermon de Bourdaloue ou de Bossuet ou du P. Lacordaire ou du P. Félix ! qui faut-il le plus plaindre des enfants ou du prédicateur? Suit le salut. Enfin ce pauvre jeune homme va jouer, après plus de deux heures de contrainte. C'est beau, mais c'est impossible, tous vos enfants s'en iront de votre Œuvre; ce n'est donc pas seulement une question de respect humain, mais d'humanité, et j'ajouterai, de prudence: car si vous voulez donner aux jeunes gens une horreur éternelle de la paroisse, vous ne pouviez trouver un meilleur moyen, et c'est ce qui arrive.

La troisième chose que nous appelions accessoire et qui a pourtant son importance, c'est le local et en général toute la vie matérielle et financière d'une Œuvre. Trouverez-vous toujours un local à proximité de la paroisse? Dans les grandes villes c'est impossible, ou du moins, on le trouvera rarement. Le local est où on a pu le trouver et ordinairement très loin, pour l'avoir meilleur marché. Par tous les temps, traverserez-vous deux fois par jour tout le quartier pour aller à la paroisse et deux fois pour en revenir, sans compter les exercices extraordinaires, avec la pluie ou le froid ? Irez-vous en bande ? vos jeunes gens se dissiperont et se disperseront; irez-vous en rang ? ce sera intolérable pour de grands jeunes gens. Les difficultés pratiques surgissent de toutes parts.

L'installation d'une Œuvre coûte des sommes considérables, il faut un local suffisant et souvent

on n'en trouve à aucun prix ; il faut des constructions spéciales, non seulement pourplaireaux jeunes gens, mais encore et surtout pour les besoins de la surveillance. Il faut beaucoup d'argent pour le mobilier, l'éclairage, les jeux, les impositions, les réparations, etc. Tous les efforts réunis d'une ville y suffisent à peine ; pourrez-vous multiplier ces dépenses autant de fois qu'il y aura de paroisses ? Nous avons beaucoup de peine à entretenir trois ou quatre Œuvres à Marseille, que serait-ce si nous en avions vingt-deux, autant que de paroisses?

Enfin tous ces obstacles sont miraculeusement surmontés ; mais quelques-unes de ces Œuvres iront évidemment mieux que les autres, auront la préférence des enfants ou de leurs parents. Souvent, un pur caprice déterminera leur choix. Violenterez-vous leur liberté, ou la leur laisserezvous entière ? Dans le premier cas, nous voilà encore en face de la crainte ; des Œuvres ne se font pas ainsi. Et puis, comment déterminer à (fuelle paroisse appartient un enfant, alors qu'on a tant de peine à le savoir dans la grave question du mariage où il ne s'agit de rien moins (jue d'une nullité ■/ Tltins demeure la nuit à Saint Pierre mais il mange le jour à Saint Paul, et travaille à Saint Jean ; le soir il suit la classe d'adultes à Saint Jacques ; à quelle Œuvre ira-t-il pour demeurer dans sa paroisse ? S'il s'agit de mariage il le contractera à Saint Pierre, mais s'il s'agit de l'Œuvre, pourquoi ne pas le laisser suivre le camarade de

classe ou d'atelier, qui • l'aura entraîné à l'Œuvre (le Saint Paul ?

Tout ceci, ce nous semble, nç roule que sur des équivoques. Distinguons tout d'abord : dans une petite localité où il n'y a qu'une Paroisse, il vaut mieux que l'Œuvre soit paroissiale, nous le concédons positis ponendis, car l'expérience prouve que presque toutes ces Œuvres périssent avec le déplacement de leur fondateur, et les déplacements sont communs dans notre siècle (1). Mais que dans une grande ville où il n'y a et ne peut y avoir qu'une seule Œuvre, ou un nombre d'Œuvres inférieur à celui des paroisses, que chacune de ces Œuvres soit paroissiale nous le nions comme étant le seul ou seulement le meilleur système. Ou bien les enfants des autres paroisses fréquenteront ces Œuvres, et alors elles cessent d'être paroissiales, ou ils en seront exclus, et c'est tarir inutilement et injustement les sources d'un bien facile.

(I) Il y a dans le Diocèse de Marseille une petite ville de 7000 âmes appelée Aubagne. Un de mes amis, le respectable chanoine Monnier, y avait fondé une Œuvre de Jeunesse en 1847. Il y avait souvent conflit entre le Directeur et les prêtres de la Paroisse. M«" de Mazenod, avec son grand sens pratique, arrangea ainsi les choses : Un des vicaires est exclusivement chargé de l'Œuvre et déchargé de toute autre fonction. Il prépare tous les garçons à la l" communion, fait tous les catéchismes, préside toutes les assemblées, demeure à l'Œuvre. Cette division d'attributions est une excellente chose, elle pourrait être essayée partout, mais il faut pour cela l'autorité de l'Evéque, peu de Curés consentiraient à ce

L'équivoque la voici : une erreur, trop commune à beaucoup de curés, renferme la Paroisse dans les quatre murs de l'église. La Paroisse c'est la circonscription territoriale, c'est tout ce qui s'abrite k l'ombre du clocher. Une école n'est-elle pas paroissiale quoiqu'elle ne se fasse pas dans les murs de l'église ? Une Œuvre peut demeurer paroissiale quoiqu'elle ait une chapelle, des exercices, un prêtre particuliers. C'est au Curé à maintenir ces liens au lieu de les briser parce qu'il ne fait pas tout par lui-même. L'Eglise en déterminant ses droits l'a fait d'une manière limitative. A la Paroisse appartiennent les baptêmes, les mariages, les ensevelissements, les Pâques, le Saint-Viatique, l'Extrême- Onction. La 1" Communion ne fait pas partie de ces droits, c'est simplement un usage (1).

partage. Cependant à Paris on donne bien les convois à un vicaire^ les mariages ou les baptêmes à un autre; pourquoi ne séparerait-on pas aussi les garçons ? A Aubagne tous les exercices religieux se font à l'Œuvre, on ne va à la Paroisse ({ue dans les grandes occasions, et la préparation à la 1" Communion, oblige tous les enfants sans exception à fréquenter l'Œuvre, ce qui assure son recrutement.

(1) Dans une instruction du 20 mars 1873, adressée au Clergé de Rome, le Souverain Pontife réserve aux Curés l'examen du degré d'instruction et des dispositions des enfants qui demandent à faire la 1" Communion. Le concile d'Aix de 1850 s'exprime ainsi : Prima Communio in propriâ Parochiâ fteri débet ; nisi ut alibi fiât, légitima obtineatur dispensatio . Mais nous croyons qu'il ne s'agit dans ces deux décrets que des enfant» dans des conditions ordinaires et

Du reste la pratique de tous les siècles confirme notre opinion. De tout temps l'Eglise a groupé les fidèles selon leur âge, leur sexe, leur condition, et même selon leur désir plus ou moins grand de perfection, selon les besoins divers des époques. Ainsi les collèges ont toujours eu, sur plusieurs points, leur autonomie, les élèves y entendent la messe, y remplissent toutes les obligations de la vie chrétienne, même quand ils sont simplement externes. Les arguments invoqués à Nantes auraient cependant ici leur application, car les collèges, dans le sens du rapporteur, déshabituent de la vie paroissiale. Mais en prouvant trop, ils ne prouvent rien. Les hôpitaux, les orphelinats, les asiles de la vieillesse ont les mêmes privilèges et restreignent tout autant la vie paroissiale. En fait d'associations religieuses il y a toujours eu des tiers-ordres, des congrégations d'hommes, de femmes et d'enfants. Les luttes incessantes entre les Réguliers et les Séculiers ont donné lieu à de justes délimitations de droits, et un tribunal spécial, la S. C. des Evéques et des Réguliers a été instituée principalement pour maintenir dans les limites canoniques des conilits toujours possibles, mais n'a pas songé à les supprimer en supprimant leur cause, c'est-à-dire tou-

iion de ceux qui appartiennent à une institution. Dans tous les cas c'est aux Directeurs à obtenir cette légitime dispense. Les Statuts Synodaux de Marseille l'accordent, ainsi que les Pâques, à toutes les Œuvres de Jeunesse, consacrant ainsi la nécessité de cette légitime dispense.

tes les Œuvres qui se font en dehors de la Paroisse.

Enfin, des besoins nouveaux appellent de nouveaux remèdes. La classe ouvrière est presque entièrement perdue pour l'Eglise ; c'est un fait douloureux mais indiscutable dans la plus grande partie de la France. Des gens dévoués ont cherché le remède, et ont cru le trouver dans les Œuvres de jeunesse, faut-il les en blâmer et rendre leur ministère encore plus difficile ou même impossible ? Où avons-nous ramassé les membres de nos Œuvres, dans les Paroisses ou dans les ruisseaux ? Si la Paroisse les eût conservés nous ne serions pas venus construire avec ces débris. Songe-t on à faire des Œuvres de Jeunesse pour les filles ? C'est que les Paroisses les conservent encore ; quand elles ne les auront plus, dans quelques années, les religieuses zélées feront comme nous faisons pour les garçons. Nous ne moissonnons pas les récoltes semées par d'autres, nous glanons ce qui a été oublié, c'est de droit strict et naturel. Quand un navire périt, les gens de cœur se jettent à l'eau pour sauver les naufragés sans avoir une patente de sauveteurs et pourtant on sait si le fisc laisse beaucoup de professions sans patentes.

Nous croyons inutile de réfuter les objections extrinsèques qu'on nous fait, elles sont vraiment puériles, que dire de celle-ci? (page A du Bapport de Nantes) : « Cet homme que des offices amoindris « ont tenu étranger à la grande et magnifique litur-

« gie romaine, sait à peine, en entrant dans l'église, ft ce que sont les divers temps de l'année ecclésias- « tique. Le symbolisme du culte, le sens des paro- « les qu'il chante lui échappent. Qu'est-ce que le « prône pour cet homme tenu au secret? qu'est-ce « qu'une homélie ? qu est-ce que V office paroissial, « ce vrai manuel catholique qui tient lieu de tous a les livres? Un membre de nos Œuvres est-il en « mesure de trouver dans l'Office les chants litur- « giques qui se succèdent aux grands jours de « l'Eglise ? qu'est-ce pour lui que le Propre du « temps et le Propre des Saints ? qu'est-ce que le c Commun d'un martyr et le Commun d'un Confes- « seur ? que lui disent les termes semi-double, « double-majeur, double de première classe? Et « cependant la langue catholique, dont la paroisse « a su conserver le dépôt avec un soin jaloux, mé- « rite bien d'être parlée par tous les enfants de « l'Eglise. Qu'on ne s'y méprenne pas, il y a péril « à laisser tomber en désuétude dans l'esprit de « l'ouvrier que nous pouvons ramener à la prati- « que des vertus chrétiennes, ces coutumes que tôt « ou tard les membres de nos Œuvres sont appelés « à reprendre. »

Ces objections vraiment ne sont pas sérieuses et on est embarassé pour y répondre. Prenez vous en aux Œuvres qui éteignent ainsi tout esprit liturgique, mais ne vous en prenez pas à la chose elle-même, car cet argument se rétorquerait facilement contre la paroisse. Nous connaissons telle Œ'uvre où les

offices se font avec une exactitude dans les rubriques et les cérémonies, qui défie les plus belles cathédrales. On y connaît même les fériés, les simples et les doubles de seconde classe que le rapporteur a oubliés. Les détails que nous pourrions en donner feraient peut-être rougir la majorité des paroisses.

Mais « lorsque cet enfant devenu homme sera un « déshabitué de la paroisse, il y apparaîtra comme <f. un nouveau venu ; il ne sait où prendre place, « on le dirait mal à l'aise dans l'assemblée des « fidèles ». Ne vous effrayez pas de si peu, c'est l'histoire de tous ceux qui entrent pour la première fois dans un salon ; cela passe vite, tous nos jeunes gens ne sont pas également gauches. Tous les nouveaux convertis n'en sont-ils pas là ? plût à Dieu qu'il y en eût davantage ! Nos enfants nous font bien d'autres objections et bien plus sérieuses. L'office de la paroisse ne commence jamais à l'heure, il est interminable, les femmes chantent seules, personne ne vous offre une chaise, on la fait souvent payer très cher, on manque à toutes les rubriques, les chantres font rire et le sermon dormir, etc., etc. Qu'est-ce que cela prouve? cela n'atteint pas l'existence de la paroisse in génère, parce qu'elle fonctionne souvent très mal in specie. Evitons ces sortes de preuves, car nous pourrions tous en user et en abuser. Je connais des Œuvres où la beauté des offices dégoûte de ceux des paroisses ; il ne faut donc pas dire que les Œuvres lais-

sent étrangers à la grande liturgie. 11 y a des paroisses et des Œuvres qui en sont là, elles ont également tort et c'est tout.

Nous prononçâmes un mot très grave au Congrès de Lyon: il nous échappa dans la chaleur de la discussion, et cependant après réflexions nous ne saurions le retirer. L'exagération de l'idée paroissiale est une exagération janséniste, un fruit de leur haine des ordres religieux et des associalions pieuses. Toutes les révolutions commencent par respecter la paroisse en persécutant tout d'abord les Ordres ou les Associations extra-paroissiales. Ce fut ainsi que commença la révolution de 89 pour tout emporter en 93. Haine à la Congrégation, fut le cri de celle de 1830. Les Evêques le comprennent tous les jours davantage et donnent toute facilité pour l'accomplissement des devoirs religieux. Dans mon enfance, quelques curés, à l'approche des Pâques, donnaient du haut de la chaire une permission générale à leurs paroissiens, en conformité du fameux décret du Concile de Latran pour se confesser à qui ils voudraient. Cet usage lui-même est tombé en désuétude et les fidèles l'ignorent complètement, on se contente de la substance du précepte. Le Concile n'avait pas prévu ces immenses agglomérations de vingt ou quarante mille âmes qui forment aujourd'hui tant de paroisses. Que deviendrait le curé si tout le monde se confessait à lui ? Un saint Evêque me disait à moi-même : que les hommes fassent les Pâ-

— souques où ils le voudront, pourvu quils les fassent ; comme il était dans son propre diocèse, cette décision équivalait à une dispense. Et nous voyons en effet que dans toutes les grandes villes où on fait les communions d'hommes solennelles à la suite d'une retraite, comme à Notre-Dame de Paris, on ne s'inquiète pas du lieu où elles se font ; on choisit l'église la plus grande, la plus commode, la plus à portée. Les statuts synodaux nous confirment ce privilège dans notre Œuvre de Marseille, tellement on a compris qu'en astreignant les fidèles aux obligations strictement paroissiales, on s'exposait à ce qu'ils ne les remplissent plus, ce qui est plus grave que d'ignorer un semi-double. On a été obligé d'étendre ces facultés jusqu'au baptême, à cause du grand nombre de naissances irrégulières qu'on avait intérêt à cacher ; et il est sagement défendu dans notre ville de refuser ce sacrement aux enfants présentés dans une autre paroisse que la leur. Les besoins nouveaux créent donc des situations nouvelles qui établissent des usages et finissent par devenir des lois (1).

(1) Nous n'ignorons pas les objections que peut soulever cette thèse au point de vue du droit. Mais on sait les réponses qu'offrent nos usages français sanctionnés en maintes circonstances par des rescrits du Saint-Siège. On en peut voir le« détails dans l'ouvrage si recommandable de M. Craisson, (les Communautés à vœux simples, p. 112 et suivantes. N'oublions pas que, d'après cet auteur, les associations religieuses séculières, sont assimilées aux Communautés à vœux simples et p.irticipent à leurs privilèges.

Concluons: La Paroisse ne sulTit plus aux besoins nouveaux des jeunes ouvriers.

Il serait à désirer que la Paroisse pût les atteindre par des Œuvres de jeunesse établies partout.

Mais si c'est impossible ou trop difficile, il faut laisser faire les Œuvres spéciales et en favoriser partout la création, même en dehors de la Paroisse.

Dum omni modo Chrisiiis annuntietur : et in

hoc gaudeo sed et gaudebo (Philip, i. 18).

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