CHAPITRE ONZIÈME
DU TROISIEME BUT DE L'EDUCATION ENSEIGNER AUX ENFANTS LES VERTUS MORALES
L'instruction occupe une place si prépondérante dans l'éducation moderne qu'elle laisse à peine le temps d'enseigner les vertus surnaturelles dont nous venons de parler ; à plus forte raison, oubliet-on ces vertus morales indispensables à une bonne éducation et la France ne s'en aperçoit que trop. Nous ne sommes plus la nation des Francs, la nation chevaleresque par excellence, les caractères se rapetissent, le niveau démocrate nous égalise peu à peu, non pas en nous faisant tous remonter, ce qui est impossible, mais en nous faisant tous descendre, et nous descendons, en effet, avec une rapidité vertigineuse au fond de l'abîme.
Le grand défaut social c"est l'égoïsme, chacun pour soi. Tous veulent être riches, peu importent les moyens : l'honneur, la probité, la sincérité, la gratitude, ces belles vertus qui rendent l'homme justement tier, cet héritage le plus précieux des familles, cette grande force des nations, tout cela ne se cote pas à la bourse, ne rend point d'argent, c'est un obstacle plutôt qu'un moyen, on s'en débarrasse
facilement, et si facilement qu'on en perd même la notion. A mon humble avis, cette dégénérescence de la famille est la plus grande douleur d'un père de jeunesse. La misère inséparable de sa condition se traverse assez facilement, avec un peu de résignation ; les obstacles se surmontent avec de la constance, malgré leur gravité ; les persécutions ne durent pas toujours et la vérité finit par venir au-dessus : mais l'absence de vertus morales dans nos enfants et leurs familles, c'est la plus dure des épreuves par son intimité et sa continuité. Aucune expérience ne peut en donner l'habitude, on en est toujours plus surpris. Il faut vivre constamment dans un milieu, avec des gens qui n'ont pas vos goûts, vos principes, qui vous exploitent de leur mieux, rampants quand ils ont besoin de vous, insolents quand vous leur devenez inutiles, encore rampants s'ils y trouvent profit, les mains toujours ouvertes pour recevoir, absolument fermées si vous leur demandez, n'ayant pas même conscience de leur indélicatesse, ne sachant pas ce que c'est, faisant un acte déshonorant avec la plus absolue indifférence, toujours approuvés et applaudis par la majorité, dédaigneux de l'opinion des bons parce qu'ils ne forment que la minorité, portés par leur pente vers tout ce qui est sale, ignoble même ou repoussant ; bons, gracieux, serviables, polis quand cela ne coûte rien, n'engage pas et surtout peut être utile, subitement et sans transition, grossiers, malotrus ; les vertus sont chez eux comme un vête-
ment qu'on met ou qu'on enlève selon les besoins, mais qui n"a rien de stable. Pauvre peuple qu'a-ton fait de toi '? voilà donc le fruit de cette fameuse déclaration des droits de l'homme, de ces fameuses conquêtes de 89, de ce fameux enseignement laïque, gratuit et obligatoire ! Plus d'honneur, plus de délicatesse, l'égoïsme partout. Un beau jour, ces vices sortent du cercle des rapports privés, ils descendent dans la rue sous une forme concrète, et le monde est étonné de la masse d'infamies qui couvait dans les bas-fonds de la société et qui se traduisent par une révolution. On regardait avec indifférence les théories socialistes, c'étaient des utopies, croyait-on ; mais le peuple ne perd pas en vain ses principes, il est promptement devenu communard, pétroleur, il a fusillé les otages, il liquidera l'ordre actuel quand il le pourra, son rôle providentiel est celui du barbare du bas empire, seulement, au lieu de venir des forêts du Nord, nous l'avons enfanté nous-mêmes au sein d'une société soi-disant la plus civilisée qu'eussent vue les siècles précédents. Plusieurs sommités socialistes exploitent cette dégénérescence et l'entretiennent à leur profit. Comment leur ambition pourrait-elle se satisfaire s'ils n'avaient pas des soldats ? S'adresser à des hommes faits serait trop long, ils ont encore quelques principes, quelques intérêts sociaux, une femme et des enfants ; mais il y a les jeunes générations ; enlevez-leur tout principe, plongez-les de bonne heure dans la luxure, en quatre ou cinq ans
vous avez un révolutionnaire accompli ; le cabaret achèvera l'éducation, le club ou la société secrète réuniront en faisceau tous ces hommes que vous avez contribué à perdre en leur donnant seulement l'instruction. Et les maîtres se cantonnent dans les vieilles méthodes, ils croient toujours vivre dans le 18* siècle où le peuple était encore intact, au milieu de la corruption des hautes classes. Il me semble voir les maîtres d'école au temps du déluge, pendant que Noé, cent années de suite, poussait le cri d'alarme sans être écouté.
On nous dira que nous sommes pessimistes, qu'il y a des exceptions et même un certain retour. Sans doute les exceptions sont nombreuses, je le sais mieux que personne, grâces à Dieu, moi qui vis au milieu d'ouvriers si chrétiens, le bonheur de ma vie. Mais les vertus diminuent plus ou moins chez tous, et le mal augmente tous les jours. Tous , ne sont pas également scélérats, tant s'en faut, mais à côté des meneurs il y a l'immense armée des imbéciles qui croit tout ce qu'on leur dit, surtout quand c'est imprimé ; il y a l'armée bien plus grande des faibles et des lâches, les uns et les autres ne pouvant trouver dans leur âme mal élevée, rapelissée, avilie, cette force de résistance que donnent les bons principes et les vertus chrétiennes. Maîtres d'école, que de reproches nous avons à nous faire I prêchons-nous les vertus morales à nos enfants? leur enseignons-nous que l'honneur passe avant tout, avant le bien être, avant l'intérêt? II y
a mille teintures de probité, nos enfants ne se contentent-ils pas de la plus faible parce que nous ne leur avons jamais appris à pratiquer les autres? Le septième commandement défend le vol, nous ne manquons pas de le leur apprendre ; très bien, mais que de manières usuelles d'arriver à voler sans courir les risques d'un Cartouche ou d'un Mandrin!
Nous allons entrer dans les détails, on comprendra mieux ce que nous voulons dire, sans épuiser la matière; ce livre deviendrait trop facilement un in-folio, tant ces questions d'éducation populaire sont importantes, et, hélas ! trop mal connues et pratiquées.
Une remarque importante : ces vertus morales doivent être prêchées aux enfants, mais il ne suffit pas de les enseigner ex professa ; à peine pourrait-on le faire une fois en passant, ce n'est pas assez. Il faut saisir, comme au passage, toutes les occasions, et elles reviennent sans cesse. Un enfant fait-il un acte mauvais, prenez en prétexte pour rectifier une idée fausse, pour montrer la vérité, rendre le vice hideux. Voilà, par exemple, qu'un élève fait partir un pétard pendant la classe, ce n'est pas un crime. Le maître punit tout le monde jusqu'à ce que le coupable se dénonce, c'est son droit. Les condisciples se font un point d'honneur de ne pas le trahir, je ne puis les en blâmer, j'en eusse fait autant à leur âge. Mais que dire du petit scélérat qui laisse punir ses camarades pendant de
longues heures ? Voilà une de ces occasions dont je parle, et il s'en présente à chaque instant. Le mensonge, l'hypocrisie, le vol écolier, distinct du vol proprement dit, par moins de gravité de matière, mais qui n'en est pas moins un vol, etc., etc. Chacune de ces fautes donne lieu à un enseignement qui, souvent répété, finit par rectifier cette fausseté de jugement et de conscience, trop souvent donnée par l'éducation de la famille.
De la Reconnaissance
La première vertu morale à enseigner aux enfants c'est la gratitude, la reconnaissance pour les bienfaits reçus. J'aborde ce sujet avec les plus douloureuses appréhensions et puis dire comme le poète :
Infandum, regina jubés renovare dolorem !
J'écris pour les pères de jeunesse, ils me comprendront, c'est la tristesse mortelle de leur vie. Faut-il faire du bien à nos enfants, tous nous adorent, nous nous les sommes attachés, ce semble, à jamais. N'ont-ils plus besoin de nous, quel oubli instantané, quelle ingratitude ! je n'hésite pas à le dire, c'est un des défauts les plus communs, le fruit le plus universel du péché originel. C'est un vice, pour le présent, qui nous nuirait à nous-mêmes, qui nous rendrait facilement égoïstes en nous montrant l'inutilité de nos soins. Que nous fassions beau-
coup, ou peu, ou rien du tout, nos enfants ne nous en aimeront ni plus, ni moins. Dans l'avenir, cela dessèche le cœur de nos élèves, les rend incapables d'affection, les prive du grand charme de la vie, l'amitié. Ce sera le désespoir de leurs familles, car le cœur desséché Test également pour tous ; ce sera le poison de nos enfants eux-mêmes devenus hommes, parce leurs propres enfants le leur rendront à leur tour.
Je distinguerai cependant entre l'ingratitude des enfants et celle des jeunes gens, entre l'ingratitude usuelle et l'ingratitude qualifiée.
La Providence a permis que nous naissions tous dans un état d'incapacité absolue. Pendant bien des années le petit enfant a besoin des soins de sa mère, plus longtemps encore le père devra gagner son pain de tous les jours. Cette loi de la nature, dans l'innocence originelle, n'aurait pas éteint toute reconnaissance dans le cœur des enfants; ils auraient reconnu les soins de leurs parents, les en auraient aimés davantage, parce que tous les bons sentiments se seraient épanouis dans eux. Mais, depuis le péché originel notre nature va par sa pente vers le mal ; il faut que la grâce crée à nouveau celte âme déchue. L'enfant apprécie donc rarement les soins dont il est l'objet : il y est habitué, ils lui sont dus. Si on ne le fait pas réfléchir, si on n'excite pas ses bons sentiments endormis, si on ne lui donne pas l'horreur de l'ingratitude, il n'y pensera même pas, et fera mal comme il eût bien fait,
presque sans en avoir conscience. Et cette loi de la nature déchue est si universelle, que les parents eux-mêmes semblent s'y résigner, n'en sont pas surpris, jusqu'au jour des grandes ingratitudes de la jeunesse qui surprennent celles-là, et n'en arriveront pas moins certainement, si de bonne heure nous n'avons appris à nos enfants à rendre le bien pour le bien. J'appelle donc l'ingratitude usuelle celle de nos plus jeunes enfants. Nous les avons élevés, chéris, soignés, que leur importe ? ils ne l'apprécient pas, cela leur est dû. Il ne faut pas trop leur en vouloir, ils n'en savent pas davantage; plus tard, peut-être, la comparaison leur fera distinguer entre le père et le patron du travail, entre le caporal ou le sergent du régiment et les anciens directeurs de leur enfance.
Mais il y a l'ingratitude qualifiée, et c'est de celle-là, surtout, que je veux parler. Plusieurs de nos jeunes gens reçoivent de nous des soins ordinaires; en général ils ne sont pas ingrats, j'en dirai bientôt la cause. D'autres sont l'objet dune sollicitude particulière, nous avons plus fait pour eux que pour les autres, les avo is soignés dans leurs maladies, secourus de notre argent, aidés à traverser des circonstances dilïiciles, leur avons rendu des services importants, nourris, et élevés au prix des plus grands sacrifices personnels ; règle générale : la plupart seront ingrats. C'est dur à se dire, mais c'est comme cela. D autres enfin paraissaient avoir des qualités spéciales, des dons de Dieu évi-
dents, nous nous étions sincèrement attachés à eux ; oh ! qu'il est rare qu'ils réussissent ! Le moindre écart nous les fait perdre à jamais, selon cette parole si profonde de Quintilien : Il est de la nature du cœur humain de détester ceux qu'on a offensés. On pardonne l'injure reçue, plusieurs sont capables de cet acte de vertu; on ne pardonne pas l'injure faite, et de toutes les injures la plus sensible est l'affection méconnue : qu'on le demande aux mères !... J'ai souvent cherché d'où venaient ces différents genres d'ingratitude progressant, comme on dit en harmonie, par mouvement contraire, c'est-à-dire que l'ingratitude s'accroît à proportion du bienfait, que le cœur s'éloigne à mesure qu'il devrait se rapprocher. J'ai cru trouver l'explication de ce fait quasi universel, dans une comparaison. Tout homme peut porter cinquante kilog. sur ses épaules, mais tous ne peuvent en porter cent, bien peu iraient à deux cents sans en être écrasés. Il y a des âmes vulgaires qui supporteraient cinquante kilog. de reconnaissance, qu'on me pardonne cette expression, mais qui, accablées par cent kilog. et à plus forte raison par deux cents, rejettent promptement ce fardeau au-dessus de leurs forces. Leur ingratitude se pèsera donc au poids du bienfait. Aussi trouve-t-on des âmes fières qui refusent les services, aimant mieux ne rien devoir à personne. Laissons de côté l'exagération de ce sentiment, il est honorable en lui-même, mais combien peu savent ainsi conserver leur dignité ! Les mœurs de notre
siècle nous font mendier l'argent, les faveurs, les services et puis, quand on les a reçus, l'école socialiste vient vous dire que l'aumône déshonore, qu'il faut la réclamer comme un droit. Au moins si, conséquents avec leurs principes, ils ne venaient pas la demander et se contentaient de l'arracher par violence ! mais ce sont les plus bas, les plus rampants, quand ils ont besoin de vous, sauf à repousser ensuite la main qui les a comblés de bienfaits. Le premier congréganiste chassé de notre Œuvre venait de faire une longue maladie dont nous avions payé tous les soins, il nous les remboursa tout d'un coup en s'en allant, le fardeau pesait trop. J'ai élevé à mes frais une multitude de jeunes gens qui voulaient se faire prêtres, disaientils : l'immense majorité a non seulement changé d'idées, ce qui était déjà exorbitant, quand on se fait payer sa pension sous ce prétexte ; mais pas un n'a persévéré parmi nous ; rarement même est venu nous donner un simple merci. La honte, un certain remords, les ont inévitablement éloignés, bien peu ayant assez de cœur pour se souvenir d'un bienfait. L'ingratitude donne le rare avantage de solder ses dettes tout d'un coup. J'avais élevé une fois cinq enfants avec une sollicitude paternelle, ils paraissaient avoir les plus heureuses dispositions à la vertu, Dieu en a pris deux dans le ciel, deux des autres se sont débarrassés du fardeau. Je pourrais citer une centaine d'exemples semblables dans ma longue carrière de père de jeunesse, mais à quoi bon !
chacun de ceux qui fréquentent les jeunes gens en sait autant que moi. Et ce qui est plus triste, ces enfants qui sont ingrats envers nous, à la grande joie de leur famille et souvent par leurs conseils, le sont bien plus encore avec leurs parents. Nous en recevons tous les jours les plus tristes confidences, car rien n'est sacré pour ces cœurs desséchés ; tant qu'ils ont besoin des leurs, ceux-ci en jouissent, mais dès qu'ils peuvent se suffire, quand les parents sont vieux ou infirmes, que de larmes solitaires coulent en se cachant !
Nous disions que les maîtres négligent trop souvent d'enseigner la reconnaissance ; souvent ils enseignent eux-mêmes l'ingratitude. Un maître se plaignait à moi de l'oubli de ses anciens élèves, on les soignait parfaitement pendant cinq ans, une fois dehors ils ne reparaissaient plus. Je ne pus m'empêcher de lui répondre qu'il n'avait que ce qu'il méritait, puisque lui-même empêchait ses élèves de témoigner aucun égard à ceux qui les avaient élevés avant lui. Les jeunes gens nont pas deux cœurs, si on leur apprend à l'avoir indifférent ou mauvais pour l'un, ils l'auront aussi pour l'autre. Dieu me garde de rendre les Directeurs misanthropes! cependant je leur donnerai un conseil : qu'ils ne chargent pas leurs enfants d'un trop lourd fardeau. Je veux dire, qu'ils leur donnent en conscience tous les soins qui leur sont dus, mais pas plus. Pour ma part, toutes les fois que je suis allé au-delà je l'ai payé cher. Un des plus remarqua-
blés Evêques que j'aie connu me disait : Quand j'accorde une faveur je fais quatre-vingt-dix-neuf mécontents et un ingrat. Il allait trop loin, j'eusse dit plus exactement, ce me semble, quatre-vingtdix-huit mécontents, quelquefois un reconnaissant et souvent un ingrat. Cette proportion serait encore assez triste. J'avais une fois deux bons jeunes gens qui tombent malades. Je les conduis à ma campagne paternelle, je n'y étais pas obligé ; je les soigne avec la plus grande tendresse, les accable d'attention, leur fais passer les plus douces vacances possibles; ils sont heureux, reconnaissants. Mais arrive la rentrée des classes, je les perds tous les deux, l'un revient à la pente d'une mauvaise nature longtemps comprimée, l'autre ne sait pas résister à une pression étrangère, mais tous deux surtout n'avaient plus besoin de moi. Le Saint Esprit confirme bien cette tlièse : Qui délicate nutvit servum suxim, posteà sen/iet eum contumacem fProv. xxix 21). On s'attache plus les enfants par les punitions, quand elles sont justement données, que par les bienfaits, surtout de surérogation : que de fois, devenus honnnes, plusieurs me remercient avec efïul'sion de les avoir si bien élevés ! Jamais un seul ne ma témoigné autant de gratitude pour l'avoir comblé de bienfaits. Heureux un Directeur quand il ne peut dire : Filios ennirivi et exaltavi, ipsi autem spreverunt me (Isaï. i. 2). Dieu ne perd pas sa vigne seulement pour avoir produit des ronces, mais parce qu'elle les a produites après avoir reçu
tous les soins (Isaï. v. i et seq.) et Saint Paul dit expressément que beaucoup se damnent précisément à cause de tout ce que Notre-Seigneur Jésus- Christ a fait pour eux.
Je le sais, il y a, grâce à Dieu, de ces natures et principalement parmi les Pères de jeunesse, qui ne peuvent vivre pour elles-mêmes, à qui il faut le dévoûment, quelqu'un à aimer, pour qui ils puissent se prodiguer, rien ne les corrigera jamais de ce beau défaut. Leur grand cœur attire l'ingratitude en attirant les exploiteurs, et il y en a tant ! Pauvres âmes qui devraient enfin comprendre la belle maxime de Saint Augustin : feclsti nos ad ie^ Deiis^ et irrequieiiim est cornostrum donec requiescat in te. Quels grands saints feraient ces âmes si elles se retournaient vers Dieu et pouvaient toujours se dire quand elles se prodiguent : nos servos vestros per Jesum Chrisium (2 cor. iv 5). Par contre, il y en a d'absolument insensibles à l'ingratitude. Si c'est par vertu, c'est héroïque ; si c'est par indifférence et surtout par légèreté, ce sont des âmes fort incomplètes, à qui il manque un grand don de Dieu, le don du martyre.
Cependant, pour rentrer dans le positif de la vie, dans l'intérêt de nos enfants, dans celui de leurs familles, dans l'intérêt de la société toute entière, il faut combattre ce vice dans le cœur des jeunes gens par les instructions ex professa du haut de la chaire, plus souvent par les avis, \y.\r )e^ loua iges, par les blâmes, faisant ressortir les actes de dé-
voûment, couvrant de mépris les actes honteux de l'égoïsme. Une des causes de nos succès dans cette maison, j'en suis bien convaincu, est cette continuité d'enseignements que les plus âgés répètent aux plus jeunes, ce qui leur donne l'autorité plus grande de l'exemple. L'étude de l'histoire, remplie de faits semblables est encore très utile ; seulement il faut les faire ressortir, les mettre en vedette, comme disent les teneurs de livres. C'est là un des points capitaux de l'éducation, que les maîtres ne l'oublient jamais ; c'est une affaire de conscience, un devoir rigoureux, plus que d'apprendre à lire ou à écrire, et j'ajouterai que c'est leur intérêt, notre faiblesse ayant besoin du secours de l'affection de nos enfants.