‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesseChapitre 7 sur 36 · SON ABSOLUE NÉCESSITÉ ET SES MOYENS · texte numérisé non relu

SON ABSOLUE NÉCESSITÉ ET SES MOYENS

Il vaudrait mieux ne jamais réunir les jeunes gens cfue de les laisser sans surveillance. Fussentils tous bons, ils prendraient bientôt de mauvais plis ; les sujets médiocres seraient les plus nombreux, les plus grands abus envahiraient bientôt toute l'Œuvre. C'est la triste condition ^e notre pauvre nature, de toujours tendre vers le mal, et de ne se soutenir que par des efïorts, encore inutiles, si la grâce du bon Dieu ne venait à notre secours (1).

J'ai parlé du cas, peu probable, où tous les jeunes gens seraient également bons ; malheureu-

(1) M. Allemand, avec ses immenses qualités, était un très mauvais surveillant, non-seulement parce qu'il n'y voyait pas, mais parce qu'il prenait plus facilement parti pour ses enfants que pour ses aides. Aussi son CEuvre, à ce point de vue. n'était pas un modèle, et ceux qui étaient chargés de la surveillance avaient beaucoup de peines et d'ennuis en face des enfants qui les respectaient fort peu.

sèment, il faut compter avec ceux qui seront mauvais, et leur nombre, quelque petit qu'il fût, ne tarderait pas à s'accroître prodigieusement, si on les laissait faire ; car il y a ceux qui sont absolument gâtés, suscités par le démon pour perdre leurs frères et leur enseigner le mal ; il y a les mauvais esprits, parlant de tout au hasard, par vanterie, et faussant le jugement de leurs camarades : enfin, il y a même de bons enfants qui par étourderie, manquent H toutes les règles, violent toutes les ordonnances de l'Œuvre. Les premiers corrompent les mœurs, les seconds rendent le gouvernement impossible, les derniers mettent le désordre.

Le moyen d'éviter ces inconvénients, c'est l'exacte surveillance, c'est-à-dire de ne jamais laisser les enfants seuls, sans quelqu'un capable de les conduire, et d'empêcher ou plutôt de prévenir le mal ; et mieift. encore, l'Œuvre doit être organisée de manière à ce que tous, si c'est possible, se surveillent mutuellement. Les surveillants eux-mêmes ont besoin de surveillance, et c'est la fonction propre du Directeur d'avoir l'œil sur tous, ne se fiant à personne et ne se fiant qu'à lai. Pour conserver à ce petit ouvrage le côté pratique que nous tenons à lui donner, entrons dans les détails tels que nous les entendons dans notre Œuvi-e, au risque de nous répéter.

L Quels sont nos surveillants 1 Le chapitre précédent vient de le dire, ce sont nos propres jeunes gens organisés ainsi qu'il suit: .

Le supérieur, qui est le premier dignitaire de l'Œuvre, est chargé de tous les détails de la surveillance. Il choisit et place ses aides à son gré, selon les besoins du moment. Les trois autres dignitaires, qui sont TAssistant, le Maître des novices et le Trésorier, n'ont d'autorité qu'à son défaut; leur dignité est un honneur qui ne leur donne par elle-même aucune autorité. Il en est de même des conseillers, des sacristains, des enfants de chœurs, des choristes et des portiers qui sont les charges du premier et du deuxième rang. Ils ont des emplois qui s'exercent à la chapelle ; ces fonctions terminées, ils sont assimilés aux autres congréganistes. Les aides du Supérieur, ce sont les enfants des associations, et plus particulièrement ceux de la Réunion du Sacré-Cœur, comme nous l'avons déjà dit. Formés spécialement à l'obéissance et aux fonctions de zèle, on peut compter sur eux plus que sur les autres. Voilà la théorie, car, en pratique, il n'y a presque pas un grand auquel on ne puisse se lier ; ils se sont tellement imprégnés, à leur insu, de cet esprit de l'Œuvre, que le Supérieur peut disposer de presque chacun d'eux à son gré, fallùt-il les oublier de longues heures à un poste ennuyeux, ou dans un jeu fatigant. Nous en sommes arrivés à ce point sans nous en douter, sans parti pris, par la force de ce bon esprit qui agit nécessairement sur les autres, quand le noyau est bien formé.

Trois fois déjà, sur la demande de Messieurs les

— lU — Curés, nous avons fondé trois Œuvres dans leurs paroisses. Outre les deux jeunes gens de la Réunion chargés de la direction de ces Œuvres, nous avions besoin de beaucoup de monde, les premiers mois, pour plier à nos usages la turbulente et trop nombreuse population que nous avions dû recevoir tout d'un coup et malgré nous ; eh bien 1 nous n'avions que l'embarras du choix, et notre seul souci était de refuser tous ceux de notre Œuvremère qui se présentaient. Il est vrai, nous avons reçu tous nos enfants très jeunes, et nous avons eu de longues années pour former nos plus grands : aussi, nous l'avons dit, une des principales causes de succès, c'est la persévérance, la constance du Directeur. Enfin cet esprit de zèle s'étend, par imitation jusque sur les petits, qui ne sont pas incapables de remplir plusieurs petites fonctions dans la cour, ce qui leur donne Thabilude des fonctions plus importantes, auxquelles ils pourront être appelés plusieurs années plus tard. J'avoue que dans une maison qui n'aurait pas aussi bon esprit, ces moyens de surveillance seraient peut être insuffisants, mais comme ces deux choses sont inséparables, je ne sais si l'exacte surveillance a été la cause du bon esprit, ou si c'est le bon esprit qui a rendu la surveillance si facile. Il peut y avoir une priorité de raison entre ces deux choses, mais je ne saurais indiquer la priorité de temps.

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