Porté = supporté. RÈGLE: Tenir= obtenir. Voir p. 99, n
2. Rousseau était personnelle- RÉ Re TRRIISS Les Est d’avoir quelquelois pleuré,
3. On pleurait — dans les ro- 4. Remarquer que Julie est tou- Mans—avantla Nouvelle Héloïse. jou plus énergique que Saint- Mais c’est bien Rousseau qui a >reux. Par là Rousseau exprime mis à la mode le plaisir des lar- un des côtés les plus personnels mes et même le sentiment -ro- de son tempérament. Il s’est tou-
timent qui a quelque analogie les vers de Musset :
Le seul bien qui me reste an monde
mantique de la joie amère à se sentir souffrir. Voir pour un sen-
jours rèvé auprès des femmes dans une attilude d’adoration
dt, 2
LA NOUVELLE fÉLOIÏISE
qu'elle avait les yeux rouges et fort gonflés! ; elle ne dut pas trouver les miens en meilleur état. Après les fatigues de cette journée, elle avait grand besoin de repos ; elle se retira et je fus me coucher.
Voilà, mon ami, le détail du jour de ma vie où, sans exception, j'ai senti les émotions les plus vives. J'espère qu'elles seront la crise qui me rendra tout à fait à moi. Au reste, je vous dirai que cette aventure m'a plus convaincu que tous les argumenis de la liberté de l’homme et du mérite de la vertu. Combien de gens sont faiblement tentés et succombent! Pour Julie, mes yeux le virent et mon cœur le sentit, elle soutint ce jour-là le plus grand combat qu'âme humaine ait pu soutenir ; elle vainquit pourtant?. Mais qu'ai-je fait pour rester si loin d'elle?
Le Salon d’Apollon.
[ Au début de la cinquième partie, Saint-Preux explique à Milord Edouard le secret du bonheur des deux époux. C’est d’abord qu'ils vivent pour les autres plus que pour eux et qu’ils pratiquent une bienfaisance éclairée. C’est aussi parce qu’ils s'entendent à merveille à faire valoir leurs biens. Avec des revenus médiocres, mais très sagement administrés, ils réussissent à vivre dans une large aisance. Ils dédaignent le luxe et l'opulence, les dépenses d’apparat et de réception, mais ils ne se refusent aucun des plaisirs légitimes de la vie. Julie est habillée simplement, mais avec elégance. Elle aime la bonne chère qui tire son prix de la fraîcheur et du choix de mets naturels. Rousseau enseigne ainsi un «art de jouir » des plaisirs qui sont à la portée de presque tous. ]
Il y a au premier étage une petite salle à manger difrérente de celle où l’on mange ordinairement, laquelle estau
et de soumission. Il a dit luimême que cette timidité Jui avait sans doute interdit tout amour digne de lui-même. La liaison avec Thérèse Levasseur en fut la conséquence fâcheuse.
1. Noter que Rousseau préfère généralement, pour raison d’harmonie, fort à trés.
2. Par là Saint-Preux avoue que Julie l'aime toujours avec violence. Comment donc peut-il supporter lidée de vivre près d'elle et de lui imposer peut-être d’autres combats ? Toute la deuxième moitié de la Nouvelle Héloise est ainsi construite sur le paradoxe de la « vertu » tenant
l'amour en lisière, ou plutôt le transformant par un privilège spécial en tendresse éthérée. Ce fut là une des chimères de Rousseau.
3. * Etudier dans tout ce morceau la manière dont la nature s’unit aux émotions et comparer avecles morceaux classiques où les poètes regrettent,eux aussi, un amour.disparu (Le Lac, Le Souvenir, La Tristessed’Olympio).
4. RÈGLE : Au 19e el au 18e siècles, le pronom lequel s’employait parfois Là du nous nous servons de qui:«Ceraisonnement-ci, lequel est des plus forts » (Mo- LIÈRE, Dépit amoureux, V. 1255).
rez-de-chaussée : cette salle particulière est à l'angle de la maison et éclairée des deux côtés : elle donne par lun sur le jardin, au delà duquek on voit le lac à travers les arbres; par l’autre on aperçoit ce grand coteau de vignes qui commencent d’éitaler! aux yeux les richesses qu’on y recueillira? dans deux mois. Cette pièce est petite, mais ornée de tout ce qui peut la rendre agréable et riante. C’est là que Julie donne ses petits festins à son père, à son mari, à sa cousine, à moi, à elle-même, et quelquefois à ses enfants. Quand elle orñaonne d’y mettre le couvert, on sait d'avance ce que cela veut dire; et M. de Wolmar l’appelle en riant le salon d’Apollon: maïs ce salon ne diffère pas moins de celui de Lucullus par le choix des convives que par celui des mets. Les simples hôtes n’y sont point admis, jamais on n’y mange quand on a des étrangers; c’est l’asile inviolable de la confiance, de l’amitié, de la liberté ; c’est la société des cœurs qui lie en ce lieu celle de la table ; elle est une sorte d'initiation à l'intimité, et jamais il ne s’y rassemble que des gens qui voudraient n'être plus séparés. Milord, la fête vous attend, et c’est dans celte salle que vous ferez ici votre premier repas. |
Je n’eus pas d’abord le même honneur; ce ne fut qu'à mon retour de chez M"*° d’Orbe que je fus traité dans le salon d’'Apollon. Je n’imaginais pas qu’on püût rien ajouter d’obligeant à la réception qu’on m'avait faite : mais ce souper me donna d’autres idées ; jy trouvai je ne sais quel délicieux mélange de familiarité, de plaisir, d'union, d’aisance, que je n’avais point encore éprouvé. Je me sentais plus libre sans qu’on m'eût averti de l'être ; il:me semblait que nous nous entendions mieux qu'auparavant. L’éloignement des domestiques m'’invitait à n’avoir plus de réserve au fond de mon cœur ; et c’est 1à qu’à l'instance de Julie je repris l'usage, quitté depuis tant d'années, de boire avec mes hôtes du vin pur à la fin du repas.