‹ Morceaux choisis;Chapitre 120 sur 312 · C’est toujours Saint-Preux qui écrit à Milord Edouard · texte numérisé non relu

C’est toujours Saint-Preux qui écrit à Milord Edouard

3, ]1 y eut, avant Rousseau, des moralistes pour prêcher l'amour du foyer et de la famille. Mais ils sont rares et sans influence. C’est bien Rousseau, comme il le voulait, qui rendit sa dignité à la vie conjugale et aux joies de la famille.

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coup de gens!, mais c’est par la disposition du cœur de ceux qui l’ont adoptée qu’elle leur est intéressante. Avec une âme saine, peut-on s’ennuyer à remplir les plus chers et les plus charmants devoirs de l’humanité, et à se rendre mutuellement la vie heureuse ? Tous les soirs, Julie, contente de sa journée, n’en désire point une différente pour le lendemain, et tous les matins elle demande au ciel un jour semblable à celui de la veille: elle fait toujours les mêmes choses parce qu'elles sont bien, et qu’elle ne connaît rien de mieux à faire. Sans doute elle jouit ainsi de toute la félicité permise à l’homme. Se plaire dans la durée de son état, n'est-ce pas un signe ascnré qu’on y vit henreux ? ?

Si l’on voit rarement ici de ces tas de désæuvrés qu’on appelle bonne compagnie, tout ce qui s’y rassemble intéresse le cœur par quelque endroit avantageux, et rachète quelques ridicules par mille vertus. De paisibles campagnards, sans monde* et sans politesse, mais bons, simples, honnêtes et contents de leur sort; d'anciens ofliciers retirés du service ; des commerçants ennuyés de s'enrichir ; de sages mères de famille qui amènent leurs filles à l’école de la modestie et des bonnes mœurs: voilà le cortège que Julie aime à rassembler autour d’elle. Son mari n’est pas fâché d’y joindre quelquefois de ces aventuriers corrigcs par l’âge et l'expérience, qui devenus sages à leurs dépens, reviennent sans chagrin cultiver le champ de leur père qu'ils voudraient n'avoir point quitté{. Si quelqu'un récite à table les évènements de sa vie, ce ne sont point les

I. Je crois qu'un de nos beaux es- tes. Voir les beaux vers d'Henri prits voyageant dans ce pays-là, reçu de Regnier : et caressé dans cette maison à son passage, ferait ensuite à ses amis une relation bien plaisante dela vie de manants qu'on y mène. Au reste, je vois par les lettresde milady Catesby (") quecegoût n’est pas particulier à la France, et que c’est apparemment aussi l’usage en Angleterre de tourner ses hôtes en ridicule pour prix de leur hospitalité,.

(Note de Rousseau.)

Et tout ce qui m’a fait le rire simple et [elair De ceux qui n'ont jamais désiré d’au- [tres choses Qu'une fontaine bleue entre de hautes [roses, Qu'une grappe ée vigne et qu’un soir [à leur vie

Avec un peu de joie et de mélancolie Chhoian: de Me: Riccoboti Et des jours ressemblant, heure à heure,

à : : à leurs jours.

(1959). Rousseau le croit traduit, [ ; :

par erreur, de l'anglais. (Les Jeux rustiques et divins.

RARE : Le Visiteur.

2. * Etudier la conception du UT di ) bonheur chez Rousseau, d’après . (€ Monde se dit aussi pour

la Nouvelle Héloïse. On rappro- Le usages du monde ». (Dict. de chera ces dernières phrases de éraud, 1787.) bien des formules analogues 4. Peut-être, en parlant de ces

chez les moralistes et les poë- aventuriers, Rousseau songe-t-i]

aventures merveilleuses du riche Sindbad! racontant au sein de la mollesse orientale comment il a gagné ses Lrésors : ce sont les relations plus simples de gens sensés que les caprices du sort et les injustices des hommes ont rebutés des faux biens vainement poursuivis, pour leur rendre le goût des véritables.

Croiriez-vous que l'entretien même des paysans a des charmes pour ces âmes élevées avec qui le sage aimerait à s’instruire?? Le judicieux Wolmar trouve dans la naïveté villageoise des caractères plus marqués, plus d'hommes pensant par eux-mêmes*, que sous le masque uniforme des habitants des villes, où chacun se montre comme sont les autres plutôt que comme il est lui-mêmet, La tendre Julie trouve en eux des cœurs sensibles aux moindres caresses et qui s’estiment heureux de l'intérêt qu’elle prend à leur bonheur. Leur cœur ni leur esprit ne sont point façconnés par l’art; ils n’ont point appris à se fornrer sur nos modèles; et l’on n’a pas peur de trouver en eux l’homme de l’homme au lieu de celui de la nature.

Souvent, dans ses tournées, M. de Wolmar rencontre quelque bon vieillard dont le sens et la raison le frappent. et qu'il se plait à faire causer. Il l'amène à sa femme; elle lui fait un accueil charmant, qui marque non la politesse et les airs de son état, mais la bienveillance et l'humanité de son caractère. On retient le bonhomme à diner : Julie le place à côté d’elle, le serre, le caresse, lui parle avec intérêt, s’informe de sa famille, de ses affaires, ne sourit point de son embarras, ne donne point une attention gênante à ses manières rustiques, mais le met à son aise par la facilité des siennes, et ne sort point avec lui de ce tendre et touchant respect dû à la vieillesse infirme qu'honore une longue vie passée sans reproche. Le vieillard enchanté se livre à sard,«laboureurs »,et de deman:der leurs avis.

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