Personnage des Mille et une Nuits
2. La glorification des paysans; déja traditionnelle dans lopéracomique depuis 1750, était devenue un thème courant. Dans les premières sociétés d'agriculture (1997-1760), le duc de la Rôchefoucauld ou le duc de Penthièvre se faisaient gloire, par exemple, de s'inscrire à côté de Mathias Bracquemont, de Linger et de Pui-
ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers ».
4. Même critique de l'hypoecrisie mondaine dans les lettres de Saint-Preux (II, 14, 17) ct chez tous les moralistes contemporains.
5. Le mot garde quelque chose du sens qu'il avait au 18e sivcele = vieillard. Il cominmence pourtant à prendrele sens actuel.Voir plus bas : Le vieux bonhomimne.
l’épanchement de son cœur; il semble reprendre un moment la vivacité de sa jeunesse. Le vin bu à la santé d’une jeune dame en réchauffe mieux son sang à demi-glacé. Il se ranime à parler de son ancien lemps, de ses amours, de ses * campagnes, des combats où il s’est trouvé, du courage de ses compatriotes!, de son retour au pays, de-sa femme, de ses enfants, des travaux champêtres, des abus qu’il a remarqués, des remèdes qu’il imagine. Souvent des longs discours de son âge sortent d'excellents préceptes moraux ou des leçons d’agricullure ; et, quand il n’y aurait dans les choses qu'il dit que le plaisir qu’il prend à les dire, Julie en prendrait à les écouter. È
Elle passe après le diner dans sa chambre et en rapporte un petit présent de quelque nippe? convenable à la femmie ou aux filles du vieux bonhomme. Elle le lui fait offrir par les enfants, et réciproquement il rend aux enfants quelque don simple et de leur goût, doñt elle l’a secrètement chargé pour eux. Ainsi se forme de bonne heure l’étroite et douce bienveillance qui fait la liaison des états divers. Les enfants s’accoutument à honorer la vieillesse, à estimer la simplicité, et à distinguer le mérite dans tous les rangs. Les paysans, voyant leurs vieux pères fêtés dans une maison respectable et admis à la table des maîtres, ne se tiennent point offensés d’en être exclus ; ils ne s’en prennent point à leur rang, mais à leur àge; ils ne disent point: « Nous sommes trop pauvres »; mais: « Nous sommes trop jeunes pour être ainsi traités » ; l'honneur qu’on rend à leurs vieillards et l'espoir de le partager un jour les consolent d’en être privés et les excitent à s’en rendre dignesi.
Cependant le vieux bonhomme, encore attendri des caresses qu'il a reçues, revient dans sa chaumière, empressé de montrer à sa femme et à ses enfants les dons qu’il leur apporte. Ces bagatelles répandent la joie dans toute une famille qui voit qu’on a daigné s'occuper d'elle. 11 leur raconte avec emphase la réception qu’on lui a faite, les mets
1. On sait en effet que la Suisse . fournissait aux pays voisins un Fos nombre de mercenaires.
Le mot nippe ne s'emploie aujourd'hui te ’au pluriel. En 1587, le Dict. de Féraud indique que le singulier n’est plus guere employé.
3. Si l’on veut voir combien l'influence de la Vouvelle Héloïse, aidée par l'opinion ambiante, fut parfois profonde, on lira par exemple les mémoires de Ms:
de Chastenay : « Depuis la mort de sa nourrice (vers 1780), maman avait Re chez elle le père Chenard, son nourricier..
11 avait été maçon. . Notre vrai grand-père n’eüt pu être plus respecté ni plus chéri. Je vois encore maman, jeune et jolie comme les amours, faire la partie de mouche [jeu de cartes] de son bon nourricier, quand il avait mal à la jambe et qu'il ne pouvait pas sortir ».
Ti RS 1
dont on l’a servi!, les vins dont il a goûté, les discours obligeants qu’on lui a tenus, combien on s’est informé d'eux, l’affabilité des maîtres, l’attention des serviteurs, et généralement ce qui peut donner du prix aux marques d’estime et de bonté qu’il a reçues : en le racontant il en jouit une seconde fois, et toute la maison croit jouir aussi des honneurs rendus à son chef. Tous bénissent de concert cette famille illustre? et généreuse qui donne exemple aux grands et refuge aux petits, qui ne dédaigne point le pauvre et rend honneur aux cheveux blancs. Voilà l’encens qui plaît aux âmes bienfaisantes. S'il est des bénédictions humaines que le ciel daigne exaucer, ce ne sont point celles qu’arrachent la flatterie et la bassesse en présence des gens qu’on loue, mais celles que dicte en secret un cœur simple et reconnaissant au coin d’un foyer rustique.
C’est ainsi qu’un sentiment agréable et doux peut couvrir de son charme une vie insipide à des cœurs indifférents ; c’est ainsi que les soins, les travaux, la retraite, peuvent devenir des amusements par l’art de les diriger. Une âme saine peut donner du goût à des occupations communes, comme la santé du corps fait trouver bons les aliments les plus simples. Tous ces gens ennuyés qu’on amuse avec tant de peine doivent leur dégoût à leurs vices, et ne perdent le sentiment du plaisir qu'avec celui du devoir. Pour Julie, il lui est arrivé précisément le contraire ; et des soins qu’une certaine langueur d’âmef lui eût laissé négliger autrefois lui deviennent intéressants par le motif qui les inspire. Il faudrait être insensible pour être toujours sans vivacité. La sienne s’est développée par les mêmes causes qui la réprimaient autrefois. Son cœur cherchait la retraite et la solitude pour se livrer en paix aux affections dont il était pénétré; maintenant elle a pris une activité nouvelle en formant de nouveaux liens. Elle n’est point de ces indo-
1. Dont on l’a servi = qu’on lui a servis. Il faut comprendre que ce dont est partitif, comme nous disons « servir de la viande, du vin ».