Citons même par curiosité un 4. L'Ecole des Pères
LETTRE A D’'ALEMBERTI! (1:58)
La Querelle du théâtre au 18: siècle.
En apparence, Rousseau avait conquis le succès par l’audace et la surprise. Pourtant sa gloire ne s’imposa pas seulement par l’ascendant de son génie. En obéissant.à sa pensée intérieure, il suit constamment les voies où l’opinion publique est toute prête à suivre ses pas. Que les deux discours fussent d'actualité, il suffit pour cela que Jean-Jacques n’en ait pas choisi les sujets. La Lettre à d’Alembert lui fut dictée aussi sûrement par la pression des idées ambiantes.
Les affaires de Genève y eurent sans doute une part essentielle. Aux Délices, Voltaire donnait des représentations où toute la haute société génevoise accourait. Il déplut aux magistrats que la cité de Calvin se complüûüt à des histoires d'amour. Voltaire fut prié d'interrompre la carrière de Zaïre ou d’Alzire. Il en garda quelque aigreur. Quand d’Alcmbert rédigea l’article Genève peur l'Encyclopédie, il le pria de dire son mot et de protester. Rousseau n’aimait pas le théâtre qu'il avait tenté sans succès, et qui résumait pour lui et les corruptions et les artifices sociaux. Il n’aimait pas Voltaire dont l'influence sur Genève menaçait celle qu’il rêvait d'y prendre. Enfin il savait qu'il serait suivi par des alliés énergiques et qu’il allait porter son coup dans une bataille furieusement poursuivie autour de lui.
On a dit bien souvent quelles hostilités le théâtre avait rencontrées au 18: siècle. Ni les jansénistes, ni Bossuet, ni bien d'autres ne furent tendres pour Racine ou Molière. Mais on a moins dit que la querelle s'était âprement continuée. Il n’y a pas d'année du 18° siècle où l’on ne pourrait inscrire un livre, un article, une anecdote où s'affirme la haine du théâtre. Sans doute les salles de spectacles s’emplissent. Les gens de plume et de coulisses, Voltaire en tête, raillent abondamment les scrupules de piété. Lefranc de Pompignan lui-même, un magistrat, rassure Louis Racine en jus- - tifiant Jean Racine. Mais Languet, archevêque de Sens, en recevant Nivelle de la Chaussée à l’Académie (1736), l'avait félicité de «« fournir à nos jeunes gens, je ne dis pas des spectacles, mais des lectures utiles ». Les Nouvelles ecclésiastiques protestèrent et Languet, en recevant Marivaux, dut rétracter cet éloge imprudent?.
1. Titre exact : J.-J. Rousseau, cito- Le projet d'établir un théâtre de comédie yen de Genève, à M. d'Alembert, de en celle ville. l'Académie française... Sur son article 2. Cité par M, Lanson. Mivelle de la GENÈVE, dans le septième volume de Chaussée, 1'e édit., pp. 26-28 l'Encyclopédie, et particulièrement sur € î S
Il y a mieux; un comédien célèbre, Riccoboni, rédige, avec assez de succes pour qu'on le réédite, un traité de la Ré/ormation du théâtre (17913). I y proclame « le grand bien que produirait la suppression entière du théâtre! ». S'il faut se résigner à des vices incurables, on leur donnera du moins un « Conseil » où figureront le substitut du lieutenant général de police et deux docteurs de la faculté de théologie?. Par eux on « épurera ». Le Cid, comme Bérénice, Pompée, Mithridate, Phèdre, Bajazet, Rodogune, etc., iront dormir, loin des foules qu’ils corrompent, un sommeil éternel, A partir de 1750, la discussion s’envenime. Fagan écrit un traité pour la comédie. Un anonyme le réfute. L'abbé Clément tranche le débat : « Toute représentation de théâtre est sans doute un péché mortel... Il n’est pas plus permis d'y aller une fois que milles », En 1556, Desprez de Boissy commence des Leltres sur Les Spectacles, deux ou trois fois rééditées, et qui. étranglent à grand renfort de théologic; de dialectique et de morale la tragédie et la comédie. Le Journal de Verdun l'applaudit : « Quelque chose qu’on puisse dire il n’y a pas moyen de réconcilier les plaisirs des spectacles avec le christianisme ». Autour de ces gens de théologie ou de lettres, il y a la complicité des mœurs. Les Jeux floraux de Toulouse, en 1348, couronnent une Ode sur le danger des spectacles. Vers 1740, la grand'mère de Mr Cavaignac, curieuse de littérature, mais soucieuse du salut de son âme, suppliait son fils de ne pas la tenter en lui apportant Corneille, Molière ou Racines, En 1755, un Manceau, le prince d’'Ardenay, pour revenir «aux premiers principes de son éducation », renonce à la Comédie et à l'Opéra. Et s’il glisse en voyage de noces vers ces coupables délices, c’est après s'être bien promis à son départ « de ne point aller aux spectacles? ». $
L’Originalité de Rousseau critique du Théâtre.
Par là Rousseau était assuré que son livre franchirait les frontières étroiles de Genève et qu’il serait autre chose qu’un paradoxe qui distrait et qui passe. Il prenait simplement sa place dans um débat où s'obstinaient des forces toujours neuves, le plaisir ou l’art et les scrupules religieux, Avec tous ceux qui l'ont précédée il se rencontra assurément. Sa lettre établit que le théâtre
1. Préface, p. XV l'on réfute les nouvelles observations de 2, P. 68. M. Fagan, 1752, es £ ; F 5, Maximes pour 5e conduire chré-
$. Nouvelles obsrrudions au sujet des | Liennement nS le monde. 1753, p. 243. condamnations prononcées contre-les co- 6. Mémoire d'une inconnue, 1894, médiens, 1101, p. 8. |
4, Essai sur la comédie moderne où 7. Mémoires, 1880, pp. 27, 66,
ne saurait être utile et que même il est nuisible. La deuxième partie est la moins originale dans ses arguments. L'immoralité des intrigues tragiques, «l’école de vices et de mauvaises mœurs » qu'est le théâtre de Molière, la place séduisante et funeste que l'amour a prise dans les pièces françaises, tout cela avait été affirmé, pour ne parler que d'eux, par un Riccoboni ou un Desprez de Boissy. Le détail seul et les exemples portent la marque de Rousseau. Riccoboni veut corriger le Misanthrope, comme Rousseau s'indigne que Molière y insulte la vertu. Mais c'est justement cette vertu que Riccoboni retouche, parce qu’elle n'est pour lui que détestable humeur et déplaisante impolilesse. La première partie de la démonstration, où s'infillrent nécessairement - des thèmes traditionnels, vaut par l’ingénieuse et subtile dialectique qui soutient les thèses. Personne n'avait dit aussi clairement avant Jean-Jacques que le théâtre ne dirige pas les mœurs, mais leur obéit, puisqu'il dépend tout entier du succès et que l’on n’aime que ce que l'on est. Que l'amour de la vertu et la haine du vice ne soient au théâtre qu'une hypocrisie commode, sans aucun retour vers nous-mêmes, que les «sujets» de comédie soient nou les vices mais les ridicules, et que la crainte du ridicule s'accorde avec l'indulgence pour les vices, voilà ce que Rousseau discute micux qu'un autre, ou même tout le premier.
L’'Influence.
Le premier effet de la Leltre à d'Alembert fut d'aviver le dissentiment entre Rousseau et lés philosophes. D'Alcmbert, avec sa bonne grâce un peu hautaine, s’accommoda de la réplique et loua l'auteur de son talent. Mais Voltaire cessa de sourire des paradoxes pour vouer à l'ennemi des lettres et du théâtre une haine active et tenace. En même temps l'autorité de Jean-Jacques donnait une force nouvelle aux scrupules qui s’acharnaient contre les spectacles. Le 14 mai 1359, Gresset désavouait son pâle théâtre, renonçait à la scène par une lettre publique et en consignait «l'engagement irrévocable dans les nains sacrées de l’évêque d'Amiens ». En 1768, le censeur Marin avait loué la moralité de la pièce des Moissonneurs, bergerade vertucuse de Favart, Les Jésuites protestèrent et Marin perdit une pension de 2,000 livres. Vers 1765, à Angers, une dame Milscent regarde « l'assistance à la comédie éomme un gros péché? ». Et vers 1774, au Mans, la tante de Tilly nomme encore Corneille et liacine des «émpoisonneurs d’âmes 3 ».
1. Correspondance littéraire, Mars 2. Pesnard Op. cit., t. I, p. 102. 1768, t: VIII, p. 43. 8. Tilly. Mémoires, 1828, t. I, p. 13
LA NOUVELLE ITÉLOISE! (1761) Historique.
Le 9 avril 1756, Rousseau quittait Paris pour s'installer à l'Ermilage. De vastes projects le hantaient. Dans le calme enchanté de sa vie champèêtre il reprit son traité des Znstitutions politiques et commença à mettre en ordre les manuscrits de l'abbé de Saint- Pierre. Mais «au mois de juin, sous des bocages frais, au chant du rossignol, au gazouillement des ruisseaux », d’autres rêves vinrent l’entourer. Toute la vie qu’il n'avait pas vécue et qu’il aurait voulu vivre s’évoqua en fictions romanesques: «L’impossibilité d’atteindre aux êtres réels me jeta dans le pays des chimères ; et ne voyant rien d’existant qui fut digne de mon délire, je le nourris dans un monde idéal, que mon imagination créatrice eut bientôt peuplé d'êtres selon mon cœur ». C'est de ces chimères et de cet idéal que naquit la Nouvelle Héloïse.
Commencé ainsi en juin 1956, le roman avait quatre parties achevées en février 1758. En septembre, il était terminé. Le libraire Rey, d'Amsterdam, se chargea de l’imprimer. L’impression, les transports durèrent d'avril 1959 à janvier 1761. Le roman parut dans la première semaine de février.
L'Originalité du Roman.
L'œuvre, cette fois, devait presque tout à Rousseau. Sans doute, on rédigeait inépuisablement des romans. Il en parut ou l'on eu réédita un millier en vingt ans, de 1740 à 1760. On avait lu avec une ardeur passionnée les traductions de romans anglais, ja Clarisse de Richardson ou son Grandisson. Rousseau les avait lus : il avait frémi comme les autres et il s'en souviendra en écrivant.
Mais c’étail bien, comme il le dit dans les Confessions, du plus profond de lui-même et des plus ardents de ses rêves que le roman de Julie et Saint-Preux était né. Aussi bien, c’est toute sa vie personnelle, le meilleur de ses souvenirs et les plus chères de ses espérances qui transparaissent à chaque page. « Cc n’est pas tout à fait ce que j'ai été, disait-il à Bernardin de Saint-Pierre, mais ce que j'aurais voulu être ». Julie et sa cousine Claire, ce sont toutes les
1. Titre exact. Julie ou la Nouvelle tants d'une petile ville au pied des Alpes Héloïse, Lettres de deux amants, habi-. | recueillies et publiées par J.-J. Rousseau.
femmes qu'il a aimées ou rêvé d'aimer, Mie Serre, Mie de Graffenried et Galley, M d'Houdelot surlout, qui vint au milieu de ces chimères romanesques apporter la réalité frémissante de la passion. Saint-Preux, page par page, c’est Jean-Jacques ; plébéien comme lui, amoureux de son élève comme il l'avait été des siennes, ardent, généreux et faible comme Rousseau. La vie au château de Wolmar, ce sont les souvenirs embellis des Charmettes ; le cadre, c'est le lac de Genève; le voyage du Valais, c’est celui du secrétairé d'ambassadeur à son retour de Venise, etc. Le paradoxe sentimental même, qui fait le fond du livre, cette alliance singulière et périlleuse, dans la maison de Clarens, de l’amitié et de la tendresse amoureuse, c'est le compromis qu’aurait voulu vivre Rousseau entre Saint-Lambert et Me d'Houdetot. Ce mélange de tendresses chastes et d'ardeurs brülantes, la violence de passion qui entraîne Julie vers son précepteur ct l'énergie héroïque qui soumet les amants aux plus durs devoirs, ce sont les contrastes mêmes de la vie de Rousseau et de son idéal, de ses fautes et de ses desseins.
L’Influence du Roman.
A. Le goûl de la vertu. — Par cette sincérité frémissante, le roman bouleversa l'opinion. Plus de cinquante éditions! se succédèrent au 18° siècle, dont une au moins, la première, fut tirée à quatre mille exemplaires. De tous les coins de la France, les lettres affluèrent où l’on confessait les enthousiasmes et les conversions. Toutes les doctrines qu'y défend Rousseau trouvèrent des fidèles et des apôtres. Contre le libertinage mondain ct les fantaisies galantes, il affirmait la dignité du mariage et les joies des tâches de famille : « Deux amis, lui écrit donc de Nantes un professeur de mathématiques, se sont avoués qu'après cette lecture, encore enivrés de la douce sensibilité qu'on y puise... ils vivaient avec plus de satisfaction dans le sein de leur famille ; que leurs femmes et leurs enfants leur étaient devenus plus chers ; et qu'enfin, ils s’attendrissaient toutes les fois que leurs affaires, après les avoir fait sortir de choz eux, leur laissaient la liberté d'y retourner ». D’autres pleurèrent sur leurs erreurs quand ils connurent l’expiation sereine de Julie d’'Etange : « Le premier moyen dont s’est sans doute servi la Providence pour me faire revenir de me: erreurs, Ça élé de me faire connaître votre Nouéelle Héloise.
1. Ou contrefaçons. Et en tenant compte des Œuvres complètes. Les romans les plus lus, après 1760 et jusqu'à Zaul et Virginie, n’ont pas plus de 3 ou 4 éditions.
J'ai voulu faire partager mes bons sentiments à la malheureuse qui partageait mes désordres, et j'ai eu enfin le plaisir de voir qu’elle avait lu votre livre avec fruit ». Le paradoxe de l’amour platonique, de ce jeu dangereux et tendre que hasardent Julie épouse et Saint-Preux assagi, conquit des cœurs et soutint des vertus. Seguier de Saint-Brisson aime une jeune marquise, mais elle est honnête, il veut qu'elle ignore son amour : « La vie de Julie adoucit mon amertune et rectifie mon cœur. Ah !“si vos ennemis pouvaient connaître quel est l’eftet qu’elle produit dans les cœurs honnêtes et l’analogie qu'elle a avec ce qui se passe en moi, ils cesseraient de vous en nier la vraisemblance et l’utilité 1»,
B. Le goût de la voie rustique. — Les jours coulent paisibles pour M.et Me de Wolmar, parce qu'ils ont fui les villes et que les saisons alternées ramènent pour eux le cercle des travaux champêtres. Rousseau voulait, comme il le dit, prouver qu’ « un homme de mérite» pourrait couler à la campagne «une vie aussi douce qu’au milieu des amusements des villes ». A vrai dire, bien des cœurs étaient convertis avant lui. C’est de 1950 à 1760 qu'un puissant mouvement d'opinion ramène vers les labeurs féconds du « ménage des champs ». C’est de 1750 à 1760 que les sociétés d’agriculture se fondent, que les traités d’agriculture, dont les plus célèbres furent ceux de Duhamel du Monceau, se multiplierent. Avant la Vouvelle Héloise, sur les bords de la Seine, de la Saône ou de la Garonne, à travers toute la France, des gentilshommes cessent de trainer des jours vides et monotones. Ils prennent goût à la vie rustique. Rousseau pourtant conquit définitivement l’opinion. Vivre aux champs devint plus qu’un plaisir, ce fut une élégance : « J’aime à me figurer, écrit d'Origny, deux époux lisant ce recueil ensemble, y puisant un nouveau courage pour supporter leurs travaux communs, et peut-être de nouvelles vues pour les rendre utiles... Ils reprendront le goût des plaisirs de la nature », Ce fut dans cet esprit que bien des lecteurs s’y complurent, des amis de Rousseau, Cornabé et M: de Verdelin, la jeune Me Roland, Mercier, etc.
C. Le goût de la montagne. — Si la vie rustique du château de Wolmar ne fait que refléter des tendances contemporaines, la Nouvelle Héloïse a suscité par elle seule un goût ignoré jusque là, celui de la montagne et de la Suisse. Longtemps les Alpes n'avaient eu pour les voyageurs 1orcés deles traverser que des visages hostiles et farouches. Pour Montesquieu, 1e président Hénault, bien d’autres encore : « on n’y voit que l'abandon total de la nature et le
1. Sur la part de la satire et la pré- lira M. F, Hémon: J.-J, Rousseau dication raisonneuse dans le roman, on pp. 32 et suiv.
désespoir d’y être ». Un poème du savant suisse Haller, Les Alpes, avait conquis des lecteurs et de lointaines admiraticns. Mais c’est par Rousseau seul que la Suisse des montagnes vertes et des lacs
qui les mirent révéla aux touristes émerveillés ses grâces délicieu-
3es et robustes : « Clarens est immortalisé », écrivait à Jean-Jacques un ami, Daniel Roguin. Avec Ciarens, ce fut tout le pays de Vaud et le Valais qui s’'emplirent de voyageurs acharnés à suivre
les traces de Rousseau et de Saint-Preux. Yverdun, l’île de Saint- Pierre deviennent des « sanctuaires ». Meillerie est « une espèce de
lieu classique ». On visite toute la côte du pays de Vaud en pélerinage. Gens de lettres, grandes dames, amants mélancoliques s’y « enivrent de mélancolie » et y laissent « parler leur cœur ». La montagne entrait d’un seul coup dans les mœurs et dans la littérature.
D. Les « âmes sensibles ». — Mais à travers les sereines visions des joies domestiques, à travers l’harmonieux éloge de la vie champôtre, dans le décor des cimes vertes et des torrents, ce fut quelque chose de plus profond et de plus décisif que Rousseau révéla pour toujours aux âmes françaises. Mieux que les Discours et la Lettre à d'Alembert, où l’histoire et la dialectique tissent la (rame abstraite du livre, la VNouvelle Héloise fit jaillir les sources dormantes de la “sensibilité ». Rousseau avait écrit son roman dans le « délire ». Il s'était entouré de la complicité des solitudes {leuries. A vivre près de Me d'IHoudetot, il avait senti sourdre et ruisseler l'amour qu'il avait jusque là vainement espéré. Aussi, à travers les morales du livre, sous le alme trompeur des veillées rustiques et la joie naïve des vendanges, un même frisson court à travers les pages, une même flamme, comme on le disait, «brûle - le papier ». Rousseau a pris ses lecteurs par cet attrait délicieux, et perfide pensait-il, qui les attache aux Hermiones et aux Bérénices. Il n’est pas de métaphore assez forte pour résumer ce qui se presse d’exaltations et de délires dans les lettres qu'on écrivit à Rousseau. « Ravissements », «transports », «extases inexprimables », « trouble », «désordre », les mots manquent pour la violence des sentiments. Bastide est malade de sa lecture. Un cornette de cavalerie reste trois jours sans oser lire la dernière lettre : « Dans ce moment, il aurait vu la mort avec plaisir ». Une provinciale a le cœur serré pendant plus de huit jours et Gauffecourt? « a dû s’interrompre plusieurs fois et n’en lire que quelques pages de suite ». Ge n’est pas qu’on ignorât l’amour dans les romans, les crreurs -ou les énergies qu’il précipite ou qu’il inspire. Mais il reslait matière à psychologie ou prétexte d'aventures rares. Les