Composer
queique diticrend. »
Féraud, 1583).
3. La démonstration de Rousseau à été maintes fois discutée. Indiquons seulement qu’elle avait peut-être plus de portée à cette date. Les fables élaient
.S accorder sur (Dict. de
devenues et restèrent jusqu’au romantisme un divertissement à la mode (Le Mercure par ex.
en publie presque chaque mois).
Mais elles étaient devenues surtout un prétexte à galanteries et à traits d'esprit.
* Comparer avec les attaques de Lamartine (Préface ‘des Méditations) et montrer que sous les criliques générales se cachent les goûts ct le tempérament personnel de Lamartine et de Rousseau. à
ess Den Mmes meet in. —————— eo oo,
pour lequel Rousseau recommande de renoncer à la viande, lui assurera une santé inébranlable. Le livre se termine par le portrait d'Emile à dix ans.]
Emile à dix ans.
Quand je me figure un enfant de dix à douze ans, vigoureux, bien formé pour son âge, il ne me fait pas naître une idée qui ne soit agréable, soit pour le présent, soit pour l'avenir : je le vois bouillant, vif, animé, sans souci rongeant, sans longue et pénible prévoyance!, tout entier à son être actuel, et jouissant d’une plénitude de vie qui semble vouloir s'étendre hors de lui. Je le prévois dans un autre âge, exerçant le sens?, l'esprit, les forces qui se développent en lui de jour en jour, et dont il donne à chaque instant de nouveaux indices : je le contemple enfant et il me plaît : je J'imagine homme, et il me plaît davantage ; son sang ardent semble réchauffer le mien; je crois vivre de sa vie, et sa vivacité me rajeunit.
L'heure sonne, quel changement ! A l'instant son œil se ternit, sa gaieté s’efface ; adieu la joie, adieu les folâtres jeux. Un homme sévère et fâché le prend par la main, lui dit gravement, Allons, monsieur, et l’emmène. Dans la chambre où ils entrent j’entrevois des livres. Des livres! quel triste ameublement pour son âge! Le pauvre enfant se laisse entraîner, tourne un œil de regret sur tout ce qui l’environne, se tait, et part les yeux gonflés de pleurs qu’il n'ose répandre, et le cœur gros de soupirs qu’il n’ose exhaler.
O toi qui n’as rien de pareil à craindre, toi pour qui nul temps de la vie n’est un temps de gêne et d’ennui, toi qui vois venir le jour sans inquiétude, la nuit sañs impatience, et ne compte les heures que par tes plaisirs, viens mon heureux, mon aimable élève, nous consoler par ta présence du départ de cet infortuné : viens... Il arrive, et je sens à son approche un mouvement de joie que je lui vois partager. C’est son ami, son camarade, c’est le compagnon deses jeux qu'il aborde ; il est bien sûr, en me voyant, qu'il ne restera pas longtemps sans amusement : nous ne dépendons
1. Rousseau a protesté violem- | et sa jeunesse une vertu inconment contre la prévoyance «sour- nue,
ce de toutes nos misères », au li a.« Sens. faculté de compren-
vre I. La prévoyance lui fut en ÿ re # effet pendant toute son enfance dre». (Dict. de Féraud. 1787).
jamais l’un de l’autre!l, mais nous nous accordons toujours, et nous ne sommes avec personne aussi bien qu’ensemble.
Sa figure, son port, sa contenance, annoncent l’assurance et le contentement : la santé brille sur son visage ; ses pas affermis lui donnent un air de vigueur; son teint déiicat encore sans être fade, n’a rien d’une mollesse efféminée ; l’air et le soleil y ont déjà mis l'empreinte honorable de son séxe ; ses muscles, encore arrondis, commencent à marquer quelques traits d’une physionomie naissante ; ses yeux, que le feu du sentiment n’anime point encore, ont au moins toute leur sérénité native?; de longs chagrins ne les ont point obscurcis, des pleurs sans fin n’ont point sillonné ses joues. Voyez dans ses mouvements prompts, mais sûrs, la vivacité de son âge, la fermeté de l'indépendance, l’expérience des exercices multipliés. Il a l’air ouvert et libre, mais non pas insolent ni vain: son visage, qu’on n’a pas collé sur des livres, ne tombe point sur son estomac: on n’a pas besoin de lui dire : Levez la tête; la honte ni la crainte ne la lui firent jamais baisser.
Faisons lui place au milieu de l’assemblée : Messieurs, examinez-le, interrogez-le en {toute confiance ; ne craignez ni ses importunités, ni son babil, ni ses questions indiscrètes. N'ayez pas peur qu’il s'empare de vous, qu’il prétende vous occuper de lui seul, et que vous ne puissiez plus vous en défaire.
N'attendez pas non plus de lui des propos agréables, ni
qu'il vous dise ce que je lui aurai dicté ; n’en attendez que
la vérité naïve5 et simple, sans ornement, sans apprêt, sans vanité. [Il vous dira le mal qu'il a fait ou celui qu’il pense, tout aussi librement que le bien, sans s’embarrasser en aucune sorte de l'effet que fera sur vous ce qu’il aura dit : il usera de la parole dans toute la simplicité de sa première institution.
L'on aime à bien augurer des enfants, et l’on a toujours
1. Rousseau prétend enseigner l'art de rendre Emile dépendant
de son maître, mais sans qu'il”
s’en doute.
2. Natif. J'emploie ce mot dans une acception italienne, faute de lui trouver un synonyme en français, Si J'ai tort, peu importe, pourvu qu'on m’entende, (Note de Rousseau).
Le mot ne se trouve pas encore dans le Dict. de Féraud en 1987. Un emploi analogue est si-
gnalé par Littré dans l’Histoire de l'astronomie moderne, de Bail- 1y (1779).
3. Il n’est pas sûr que le mot ait un sens ironique. Le dictionnaire de Furetière, en 1732, signale encore le sens de poitrine de le mot avait couramment, dans le style noble, au 17° siècle,