Vaïive = naturelle
regret à! ce flux d’inepties qui vient presque toujours renverser les espérances qu’on voudrait tirer de quelque heureuse rencontre? qui par hasard leur tombe sur la langue. Si le mien donne rarement de telles espérances, il ne donnera jamais ce regret, car il ne dit jamais un mot inutile, et ne s’épuise pas sur un babil qu'il sait qu’on n’écoute point. Ses idées sont bornées, maïs nettes ; s’il ne sait rien par cœur, il sait beaucoup par expérience ; s’il lit moins bien qu’un autre enfant dans nos livres, il lit mieux dans celui de la nature ; son esprit n’est pas dans sa langue, mais dans sa tête ; il a moins de mémoire que de jugement ; il ne sait parler qu’un langage, mais il entend ce qu'il dit; et s’il ne dit pas si bien que les autres disent, en revanche il fait mieux ce qu'ils ne font.
Il ne sait ce que c’est que routine, usage, habitude ; ce qu'il fit hier n’influe point sur ce qu'il fait aujourd'hui: il ne suit jamais de formule, ne cède point à l’autorité ni à l'exemple, et n’agit ni ne parle que comme il lui convient. Ainsi n’attendez pas de lui des discours dictés ni des manières étudiées, mais toujours l'expression fidèle de ses idées et la conduite qui naît de ses penchants. =
Vous lui trouvez un petit nombre de notions morales qui se rapportent à son état actuel, aucune sur l’état relatif des hommes: : et de quoi lui serviraient-elles, puisqu’un enfant n’est pas encore un membre actif de la société ? Parlez-lui
1. On a toujours regret à = on a toujours (du) regret pour. L’expression était encore courante à la fin du 18° siècle. Le dictionnaire de Féraud (1787) en donne plusieurs exemples sans comthentaire.