‹ Morceaux choisis;Chapitre 152 sur 312 · Objets ou marques choisis et · texte numérisé non relu

Objets ou marques choisis et

placés pour se renseigner. Voir

lamémeexpression dansla Noucelle Héloïse, p. 154, n. 4.

9. La sphère — la sphère céleste. La fin de la phrase signilie sans doute : « en cessant de

[L'enseignement à cet âge suivra toujours la même voie, Pas d’abstractions, pas de formules vides. Rien que des faits à observer avec les conséquences qu'ils entrainent. Les sciences seules interviendront, parce que seules elles dépendent tout entières des faits. Encore ne s'agit-il pas d’un enseignement suivi et complet : « Il ne s’agit point de lui enseigner les sciences, maïs de lui donner du goût pour les aimer et des méthodes pour les apprendre, quand ce goût sera mieux développé ». L’anec-

dote du bateleur donne un exemple de la méthode de Rousseau.]

L'Enseignement des sciences.— Le Canard du Bateleur. |

Souvenez-vous toujours que l'esprit de mon institution n'est pas d’enseigner à l’enfant beaucoup de choses, mais de ne laisser jamais entrer dans son cerveau que des idées justes et claires. Quand il ne saurait rien, peu m'importe, pourvu qu’il ne se trompe pas,et jene mets des vérités dans sa tête que pour lé garantir des erreurs qu’il apprendrait à leur place. La raison, le jugement viennent lentement, les préjugés accourent en foule ; c’est d'eux qu’il le faut préserver. Mais si vous regardez! la science en elle-même?, vous entrez dans une mer sans fond, sans rive, toute pleine d’écueils ; vous ne vous en tirerez jamais. Quand je vois un homme épris de l’amour des connaissances se laisser séduire à leurs charmes et courir de l’une à l’autre sans savoir s'arrêter, je crois voir un enfant sur le rivage amassant des coquilles, et commençant par s’en charger, puis, tenté par celles qu'il voit encore, en rejeter, en reprendre, jusqu’à ce qu’accablé de leur multitude et ne sachant plus que choisir, il finisse par tout jeter, et retourne à vide.

Durant le premier âge,le temps était long : nous ne cherchions qu’à le perdre, de peur de le mal employer. fei c’est tout le contraire, et nous n’en avons pas assez pour faire tout ce qui serait utile. Songez que les passions approchent,

prendre comme exemples des 1. Regardez = avez en vue.

oranges ou des totons et de supposer vrais les mouvements apparents du soleil et des planètes ».

* Etudier dans tout cet extrait les inconvénients de la méthode de Rousseau en montrant qu’elle suppose une extrême lenteur.

Rousseau a répondu à l’objection au début de l'extrait suivant. Discuter la réponse.

2. Ne pas oublier que le mot science aux 17° et 18 siécles désignait couramment l’ensemble des connaissances humaines, philosophie, rhétorique, etc.

aussi bien que les sciences de la nature.

3. Séduire à — séduire par. R&pe À quelle ulilité ? Voir p. 65, 11 HE E

et que, sitôt qu’elles frapperont à la porte, votre élève n’aura plus d'attention que pour elles!. L’âge paisible d’intelligence est si court, il passe si rapidement, il a tant d’autres usages nécessaires, que c’est une folie de vouloir qu’il suffise à rendre un enfant savant. Il ne s’agit point de lui enseigner les sciences, mais de lui donner du goût pour les aimer et des méthodes pour les apprendre, quand ce goût sera mieux développé. C’est là très certainement un principe fondamental de toute bonne éducation.

Voici le temps aussi de l’accoutumer peu à peu à donner une attention suivie au même objet : mâäis ce n’est jamais la contrainte, c’est toujours le plaisir ou le désir qui doit produire cette attention? : il faut avoir grand soin qu'elle ne l’accable point et n’aille pas jusqu’à l’ennui. Tenez donc toujours l’œil au guet; et, quoi qu’il arrive, quitiez tout avant qu'il s'ennuie; car il n'importe jamais autant qu’il apprenne, qu'il importe qu’il ne fasse rien malgré luis. |

S'il vous questionne lui-même, répondez autant qu’il faut pour nourrir sa curiosité, non pour la rassasier : surtout, quand vous voyez qu'au lieu de questionner pour s’instruire, il se met à battre la campagne et à vous accabler de sottes questions, arrêlez-vous à l'instant, sûr qu’alors il ne se soucie plus de la chose, mais seulement de vous asservir à ses interrogations. Il faut avoir moins d’égards aux mots qu’il prononce qu’au motif qui le fait parler. Cet avertissement, jusqu'ici moins nécessaire, devient de la dernière importance aussitôt que l’enfant commence à raisonner.

Il y a une chaîne de vérités générales par laquelle toutes les sciences tiennent à des principes communs et se développent successivement : cette chaîne est la méthode des philosophes. Ce n’est point de celle-là qu’il s’agit ici. H y en a une toute différente, par laquelle chaque objet parti-

1. Rousseau exagère sans doute, mais il se souvient de luimême et de l'empire que les passions prirent sur lui.

2. Remarque très juste. On peut aider, on ne peut pas obliger un enfant à faire attention.

Ici Rousseau comme en beaucoup d’autres passages se rattache à l’école des philosophes qui, depuis Locke jusqu’à Helvétius, avaient montré qu'il était jimpossible de faire constamment appel à la volonté réfléchie, qu'elle était souvent impuis-

sante et qu’il valait beaucoup mieux, par une connaissance exacte de la psychologie, «utiliser les passions» (lexpression est d'Helvétius), faire appel à nos penchants naturels et à nos laisirs pour nous diriger vers e bien.

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