Champeau ou pré champeau désignait dans l’ancienne lan
opposition aux prés de rivière.
Le mot était tout à fait tombé en désuétude (Les dictionnaires du 18: siècle ne le donnent pas).
Mais à Montmorency, où Rousseau l’a recueilli, il avait subsisté, comme une sorte de nom propre, pour désigner un plateau à mi-côte:« Lorsqu'on quitte le bas du vallon pour se promener à mi-côte, comme nous fimes une fois, monsieur le maréchal, le long des Champeaux, du côte d’Andilly ». (Lettre au Maréchal de Luxembourg du 28 -janvier 1568). (Voir A. François: Les Provincialismes de J.-J. Rousseau, Annales J.-J, Rousseau, 1907),
21% JEAN-JAUQUES ROUSSEAU
RS
des bois, des carrières, des plaines, nul renseignement pour nous reconnaître. Bien échauffés, bien recrus!, bien affamés, nous ne faisons avec nos courses que nous égarer davantage. Nous nous asseyons enfin pour nous reposer, pour délibérer. Emile, que je suppose élevé comme un autre enfant, ne délibère point, il pleure; il ne sait pas que nous sommes à la porte de Montmorency, et qu'un simple taillis nous le cache; mais ce taillis est une forêt pour lui, un homme de sa stature est enterré dans les buissons.
Après quelques, moments de silence, je lui dis d’un air inquiet : « Mon cher Emile, comment ferons-nous pour sorür d’ici ?
ÉMILE, en nage, et pleurant à chaudes larmes. — Je n’en sais rien. Je suis las ; j’ai faim; j’ai soif; je n’en puis plus.
JEAN-JACQUES. — Me croyez-vous en meilleur état. que vous? et pensez-vous que je me fisse faute de pleurer si je pouvais déjeuner de mes larmes ? Il ne s’agit pas de pleurer, il s’agit de se reconnaître. Voyons votre montre; quelle heure est-il ?
ÉMILE. — Il est midi, et je suis à jeun.
JEAN-JACQUES. — Cela est vrai, il est midi, et je suis à jeun. |
ÉMILE. — Oh! que vous devez avoir faim !
JEAN-JACQUES. — Le malheur est que mon dîner ne viendra pas me chercher ici. IL est midi. C’est justement l'heure où nous observions hier de Montmorency la position de la forêt. Si nous pouvions de même observer dela forêt la position de Montmorency ?.…
ÉMILE. — Oui; mais hier nous voyions la forêt, et d'ici nous ne voyons pas la ville.
JEAN-JACQUES. — Voilà le mal... Si nous pouvions nous passer de la voir pour trouver sa position ?
ÉMILE. — O mon bon ami!
JEAN-JACQUES. — Ne disions-nous pas que la forêt était.
ÉMILE. — Au nord de Montmorency.
JEAN-JACQUES. — Par conséquent Montmorency doit être.
ÉMILE. — Au sud de la forêt.
JEAN-JACQUES. — Nous avons un moyen detrouver le nord à midi.
ÉMILE. — Oui, par la direction de l’ombre.
JEAN-JACQUES. — Mais le sud ?
ÉMILE. — Comment faire ? |
JEAN-JACQUES. — Le sud est l'opposé du nord.