Par exemple le préjugé de la gloire militaire
montagne, et, quand ils sont au sommet, trouvent avec découragement de plus hautes montagnes au-devant d’eux!.
Auguste, après avoir soumis ses concitoyens et détruit ses rivaux, régit ?, durant quarante ans, le plus grand empire qui ait existé : mais tout cet immense pouvoir l’empêchaitil de frapper les murs de sa tête et de remplir son vaste palais de ses cris, en redemandant à Varus ses légions exterminées 3? Quand il aurait vaincu tous ses ennemis, de quoi lui auraient servi ses vains triomphes, tandis que les peines de toute espèce naissaient sans cesse autour de lui, tandis que ses plus chers amis attentaient à sa vie, et qu’il était réduit à pleurer la honte ou.la mort de tous ses proches ? L’infortuné voulut gouverner le monde, et ne sut pas gouverner sa maison ! Qu’arriva-t-il de cette négligence ? Il vit périr à la fleur de l’âge son neveu, son fils adoptif, son gendre #; son petit-fils fut réduit à manger la bourre de son lit pour prolonger de quelques heures sa misérable vie; sa fille et sa petite-fille, après l’avoir couvert de leur infamie, moururent l’une de misère et de faim dans une île déserte, l’autre en prison par la main d’un archer.Lui-même enfin, dernier reste de sa malheureuse. famille, fut réduit par sa propre femme à ne laisser après lui qu’un monstre pour lui succéder. Tel fut le sort de ce maître du monde, tant célébré pour sa gloire et pour son bonheur. Croirai-je qu'un seul de ceux qui les admirent les voulût acquérir au même prix ?
[ Les exemples choisis par Rousseau montrent la vanité de l’ambition. On pourra en trouver d’autres pour toutes les passions. À cet âge, et à cet âge seulement, les fables pourront intervenir également dans l’enseiguement moral.
1. Rousseau ne semble pas avoir fait des ascensions pour son plaisir. Mais il franchit les Alpes en revenant d'Italie à Genève, par le Valais.
2. «Régir... gouverner... En ce sens il n’est que du style soutenu» (Dict. de Féraud, 1289).
3. En Germanie, où trois légions,trois corps d’auxiliaires et six cohortes,commandés par Varus, furent tués ou pris dans la forêt de Teutberg par Arminius.
4. Son neveu Marceiius, son fils adoptif Caïus (ainsi que son frère Lucius), son gendre ARTE pa, morts en 23, 4, 2, 12 av. J.-C,
Sa fille et sa petite-tille (qui s’appelaient toutes les deux Julia) périrent exilées, l’une à Rhegium, l’autre dans l’île de Trimerum. $es deux petits-fils, Néron et Drusus, furent déclarés ennemis publics par ordre de Tibère et moururent de faim, Néron dans l'ile de Pontia, et Drusus dans les souterrains du palais, comme l'indique Rousseau, d’après Suétone. Auguste avait adopté, puisque sa femme Livie ne lui donnait pas d’enfants, le fils du premier lit de celle-ci, Tibère.