‹ Morceaux choisis;Chapitre 182 sur 312 · Cf. RèGLe: Il se faut entr’aider, p. 96, n · texte numérisé non relu

Cf. RèGLe: Il se faut entr’aider, p. 96, n

Emile apprendra ainsi à «traiter avec les hommes ». On n’en fera pas sans doute un « chevalier errant, un redresseur de torts, un paladin » ; il n’aime « ni le bruit, ni les querelles ». On lui enseignera seulement la bienfaisance, non par des sermons, maïs par des actions.]

Profession de foi du Vicaire Savoyard.

[Cependant toute cette morale a «toujours un rapport direct avec lui », puisqu'elle l’instruit et qu’il y trouve une «jouissance intérieure ». Emile ignore encore le respect du devoir pour le devoir. À quinze ans «il ne savait pas s’il avait une âme». Et par là, dit Rousseau, on a évité de lui parler mal de ce qu’il ne pouvait comprendre, et de tracer dans son esprit des «images difformes » de la divinité, qui y resteraient toute sa vie. Le moment est venu, à quinze ans, d’aborder l’enseignement des vérités religieuses. Rousseau place cet enseignement dans la bouche d’un vicaire savoyard (Souvenirs de l’abbé Gaime et de l’abbé Gâtier qu’il avait connus à Turin et au séminaire d'Annecy). Le vicaire a recueilli dans une ville d'Italie un misérable expatrié (Rousseau luimême). Après avoir réveillé en lui «l’amour propre et l'estime de soimême », il le mène un matin sur,une haute colline qui domine le P6 (le Monte près de Turin) et lui enseigne la religion telle qu’il la comprend.

Cette Profession de foi a une extrême importance historique. Ellé fut ardemment combattue et discutée ; elle fut pour Rousseau le point de départ de violentes persécutions. Elle suscita un courant profond d'idées religieuses qui influa sur la littérature, sur les mœurs et sur la religion même. Son importance actuelle est beaucoup moindre. La plupart des arguments de Rousseau ne portent plus. Ils sont empruntés à une logique encore scolastique, à une psychologie arbitraire et à une science encore dans l'enfance. Disons seulement que Rousseau récuse les secours de la philosophie et prétend ne faire appel qu’à « la lumiëre intérieure », Grâce à elle il prouvera l’existence de Dieu. Des discussions, aujourd’hui obscures, sur la substance et la matière lui prouvent que le monde physique est gouverné par une volonté et une volonté intelligente qui est : Dieu. Dans ce monde que Dieu gouverne, l’homme tient la première place. Ce roi de la création souffre, dira-t-on, de vices et de maux innombrables. Ce problème du mal se résoud par une démonstration de la liberté de l’homme : « homme, ne cherche plus l’auteur du mal; cet auteur, c’est toi-même ». D'autre pait la souffrance et l'injustice s'expliquent par le fait que l’âme est immortelle et que la vie éternelle répare les maux de la vie terrestre.

Après avoir établi ces principes métaphysiques, Rousseau cherche les principes de conduite qu'ils entraînent pour la vie quotidienne. Il pose d’abord que notre guide ne doit pas être la raison, mais la conscience. La conscience nous révèle, sans obscurité, la «loi naturelle » et par elle « la route de la sagesse, le prix des travaux de cette vie, et la source du bonheur dont on a désespéré ». Cette loi naturelle se suffit à elle-même. Rousseau discute longuement sur la nécessité et la vérité d’une religion révélée. Il conclut que tout n’est qu’obscurité et contradictions et qu’une révélation est inutile,

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y » (! F 238 JEAN-JACQUES ROUSSEAU

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Nous donnons de cette très longue Profession le décor qui l’ençcadre et le morceau sur la conscience.]

«Je marquai de l’empressement à l’entendre!. Le rendezvous ne fut pas renvoyé plus tard qu’au lendemain matin. On était en été ; nous nous levämes à la pointe du jour. IL me mena hors de la ville, sur une haute colline, au-dessous de laquelle passait le Pô, dont on voyait le cours à travers les fertiles rives qu’il baigne : dans l'éloignement, l’immense chaîne des Alpes couronnait le paysage : les rayons du soleil levant rasaient déjà les plaines, et, projetant sur les champs par longues ombres les arbres, les coteaux, les maïsons, enrichissaient de mille accidents de lumière le plus beau tableau dont l’œil humain puisse être frappé. On eût dit que la nature étalait à nos yeux toute sa magnificence pour en offrir le texte à nos entretiens?. Ce fut là, qu'après avoir quelque temps contemplé ces objets en silence, l’homme de paix me parla ainsi$.»

| La Conscience. |

Il me reste à chercher quelles maximes j’en5 dois tirer pour ma conduite, et quelles règles je dois me prescrire pour remplir ma destination sur la terre, selon l'intention de celui qui m’y a placé. En swfvant toujours ma méthode, je ne tire point ces règles pe Ve d’une haute philosophie, mais je les trouve au fond de mon cœur écrites par la nature en caractères ineffaçables 6, Je n’ai qu’à me con-

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