‹ Morceaux choisis;Chapitre 191 sur 312 · HR TE · texte numérisé non relu

HR TE

ce regard timide, cette démarche incertaine, ne m’'annoncent que l’esclave titré d’un électeur!,»

Je ne sais si ce jugemeut montre une grande connaissance du vrai rapport qui est entre le caractère d’un homme et son extérieur. Pour moi, qui n’ai pas l'honneur d’être maitre à danser, j'aurais pensé tout le contraire. J'aurais dit: « Cet Anglais n’est pas courtisan; je n’ai jamais oui dire que les courtisans eussent le front baissé et la démarche incertaine : un homme timide chez un danseur, pourrait bien ne l’être pas dans la Chambre des Communes.» Assurément ce M. Marcel-là doit prendre ses compatriotes pour autant de Romains..... k

Personne ne sera plus exact à tous les égards? fondés sur l’ordre de la nature, et même sur le bon ordre de la société, mais les premiers seront toujours préférés aux autres; et il respectera davantage un particulier plus vieux que lui, qu’un magistrat de son âge. Etant done pour l'ordinaire un des plus jeunes des sociétés où il se trouvera, il sera toujours un des plus modestes, non par la vanité de paraître humble, mais par un sentiment naturel et fondé sur la raison. Il n’aura point l’impértinent savoir-vivre d’un jeune fat, qui, pour amuser la compagnie, parle plus haut que les sages et coupe la parole aux anciens : il n’autorisera point, pour sa part, la réponse d’un vieux gentilhomme à Louis XV, qui lui demandait lequel il préférait de son siècle ou de celui-ei : « Sire, j'ai passé ma jeunesse à respecter les vieillards, et il faut que je passe ma vieillesse à respecter les enfants.»

Ayant une âme tendre ei sensible, mais n’appréciant rien sur le taux de l'opinion, quoiqu'il aime à plaire aux autres, il se souciera peu d’en être considéré. D'où il suit qu'il sera plus affectueux que poli, qu'il n’aura jamais d’airs ni de faste, et qu’il sera plus touché d’une caresse que de mille éloges. Par les mêmes raisons il ne négligera ni ses manières ni son maintien; il pourra même avoir quelque recherche dans sa parure, non pour paraître un homme de goût, mais pour rendre sa figure plus agréable;

(par opposition parexempleavec | nage de Milord Edouard). Voir c:ux qui n'étaient que natifs). | notamment IT, 3: « un peuple C'est pour cela que Rousseau | intrépide et fier dont l’exemse plaint qu’on ait « usurpé » le | ple et la liberté rétablissaient

nom. a mes yeux l’aonneur de mon 1. Cette conception du carac- espece ».

tère anglais était alors tradition- 2, C'est-à-dire exact à observer nelle. Rousseau l’a développée | tous les égards. dans {a Nouvelle Héloïse (person- 3. Sur = d’après.

il n’aura point recours au cadre doré!, et jamais l'enseigne de la richesse ne souillera son ajustement?.....

Il ne sera point fêté comme un homme aimable, mais on l’aimera sans savoir pourquoi; personne ne vantera son esprit, mais on le prendra volontiers pour juge entre les gens d'esprit : le sien sera net et borné, il aura le sens droit et le jugement sain. Ne courant jamais après les idées neuves, il ne saurait se piquer d’esprit5. Je lui ai fait sentir que toutes les idées salutaires et vraiment utiles aux hommes ont été les premières connues, qu’elles font de tout temps les seuls vrais liens de la société, et qu’il ne reste aux esprits transcendants qu’à se distinguer par des idées pernicieuses et funestes au genre humain‘. Cette manière de se faire admirer ne le touche guère: il sait où il doit trouver le bonheur de sa vie, et en quoi il peut contribuer au bonheur d'autrui. La sphère de ses connaissances ne s’étend pas plus loin que ce qui est profitables, Sa route est étroite et bien marquée ; n'étant point tenté d’en sortir, il reste confondu avec ceux qui la suivent ; il.ne veut ni s’égarer, ni briller. Emile est un homme de bon sens, et ne veut pas être autre chose : on aura beau vouloir l’injurier par ce titre, il s’en tiendra toujours honoré.

Quoique le désir de plaire ne le laisse plus absolument indifférent sur l'opinion d’autirui, il ne prendra de cette

1. Au livre II, quand Emile apprend le dessin, on dispose tous ses essais autour de sa chambre; les plus informes ont un cadre doré et les meilleurs un cadre noir tout uni, pour montrer que la valeur des choses ne tient pas à ce qui les entoure. «Quelque jour, peut-être, dit Rousseau, ces cadres dorés passeront entre nous en proverbe ».

2. On voit d’après celong morceau qu'Emile, élevé à l’écart du «monde», doit pourtant y tenir sa place comme tout homme «bien né». Tant de conseils seraient moins nécessaires aujourd'hui, mais à cette date la vie de société tenait encore une place essentielle dans les mœurs et dans les préoccupations des moralistes. Moncrif écrit un Æssai sur la nécessilé et les moyens de plaire (1738); le livre de Toussaint sur Les Mœurs (1548) s’ouvre parles devoirs envers Dieu et se termine par un long article

sur la Politesse. Les Considerations sur les mœurs, de Duclos (1951), font à cette politesse une place essentielle, etc., etc.

* Comparer ce portrait de jeune homme avec celui que donne Bossuet (Panégyrique de Saint Bernard).

3. I1 y a dans la première moitié du 18° siècle un courant profond de préciosité et qui envahit la poésie, les sciences, lelangage.

Mais, dès 1740,un contre-courant se dessine pour protester contre Fontenelle, la peinture de Boucher, etc. A cette date (1762) il y a autour de Rousseau un retour très net à la simplicité.

4. C’est la doctrine développée dans les deux premiers Discours.

On voit que Rousseau lui reste fidèle.

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