‹ Morceaux choisis;Chapitre 198 sur 312 · Pour réparer une de ses fautes · texte numérisé non relu

Pour réparer une de ses fautes

5. Les protestations contre cette doctrine ne commenceront clairement qu’à la fin du 18e sièclé:

6. Le mot honnête homme garde er core à cette date quelque chose de son sens du 17° siècle (l’homme du monde, homme de bien). Le Dict. de Féraud le définit ainsi (1985) : « un homme qui a de la probilé, ou simplement de l’éducation, et qui tient un certain rang ».

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faite pour cet homme-là, qu’elle en est digne, qu’elle peut lui rendre le bonheur qu’elle recevra de lui ; elle sent qu’elle saura bien le reconnaître; il ne s’agit que de le trouver.

Les femmes sont les juges naturels du mérite des hommes, comme ils le sont du mérite des femmes : cela est de leur droit réciproque : et ni les uns ni les autres ne l’ignorent. Sophie connaît ce droit et en use, mais avec la modestie qui convient à sa jeunesse, à son inexpérience, à son état; elle ne juge que des choses qui sont à sa portée, et ellen’en juge que quand cela sert à développer quelque maxime utile. Elle ne parle des absents qu'avec la plus grande circonspection, surtout si ce sont des femmes. Elle pense que ce qui les rend médisantes et satiriques est de parler de leur sexe: tant qu'elles se bornent à parler du nôtre elles ne sont qu’équitables. Sophie s’y borne donc. Quant aux femmes, elle n’en parle jamais que pour en dire le bien qu’elle sait: c’est un honneur qu’elle croit devoir à son sexe; et pour celles dont elle ne sait aucun bien à dire, elle n’en dit rien du tout, et cela s'entend.

Sophie a peu l’usage du monde; mais elle est obligeante, attentive, et met de la grâce à tout ce qu’elle fait. Un heureux naturel la sert mieux que beaucoup d’art. Elle a une certaine politesse à elle qui ne tient point aux formules, qui n’est point asservie aux modes, qui ne change point avec elles, qui ne fait rien par usage, mais qui vient d’un vrai désir de plaire, et qui plaît. Elle ne sait point les compliments triviaux !, et n’en invente point de plus recherchés; elle ne dit pas «qu’elle est très obligée, qu’on lui fait beaucoup d'honneur, qu’on ne prenne pas la peine, etc. ». Elle s’avise encore moins de tourner des phrases. Pour une attention, pour une politesse établie,elle répond par une révérence ou par un simple Je vous remercie; mais ce mot, dit de sa bouche, en vaut bien un autre. Pour un vrai service elle laisse parler son cœur, et ce n’est pas un compliment qu'il trouve?. Elle n’a jamais souffert que l’usage français l’'asservit au joug des simagrées, comme d'étendre sa main, en passant d’une chambre à l’autre, sur un bras sexagénaire qu’elle aurait grande envie de soutenir. Quand un galant

1. KTrivial... commun, usé, rebattu» (Dict. de Féraud). L'adjectif commençait déjà, comme le même dictionnaire nous Pindique, à prendre le sens de bas, qu’il n’a pas ici.

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