‹ Morceaux choisis;Chapitre 199 sur 312 · On pourra rapprocher tout · texte numérisé non relu

On pourra rapprocher tout

ceci de la définition de la politesse que donnait Me d’'Epinay :

« La politesse est dans un cœur sensible une expression douce, vraicet volontaire, du sentiment de’ l'estime et de la bienveillance ».

musqué! lui offre cet impertinent service?, elle laisse l’officieux bras sur l'escalier, et s’élance en deux sauts dans la chambre, en disant qu’elle n’est pas boiteuse. En effet, quoiqu'elle ne soit pas grande, elle n’a jamais voulu de talons hauts; elle a les pieds assez petits pour s’en passer.

Non seulement elle se tient dans le silence et dans le res-

- pect avec les femmes, mais même avecles hommes mariés,

ou beaucoup plus âgés qu’elle ; elle n’acceptera jamais de place au-dessus d'eux que par obéissance, et reprendra la sienne au-dessous sitôt qu’elle le pourra ; car elle sait que les droits de l’âge vont avant ceux du sexe, comme ayant pour eux le préjugé delasagesse#, quidoit être honorée avant tout.

: Avec les jeunes gens de son âge, c’est autre chose; elle a besoin d’un ton différent pour leur en imposer, et elle sait le prendre sans quitter l’air modeste qui lui convient. S'ils sont modestes et réservés eux-mêmes, elle gardera volontiers avec eux l’aimable familiarité de la jeunesse ; leurs entretiens pleins d’innocence seront badins, mais décents : s’ils deviennent sérieux,elle veut qu'ils soient utiles ; s’ils dégénèrent en fadeurs, elle les fera bientôt cesser, car elle méprise surtout le pelit jargon de la galanterie, comme très offensant pour son sexe. Elle sait bien que l’homme qu’elle cherche n’a pas ce jargon-là,et jamais elle ne souffre volontiers d’un autre ce qui ne convient pas à celui dont elle a le caractère empreint au fond du cœur. La haute opinion qu’elle a des droits de son sexe, la fierté d’âme que lui donne la pureté de ses sentiments, cette énergie de la vertu qu'elle sent en elle-même et qui la rend respectable à ses propres veux, lui font écouter avec indignation les propos doucereux dont on prétend l’amuser. Elle ne les reçoit point avec une colère apparente, mais avec un ironique applaudissement qui déconcerte, ou d’un ton froid auquel on ne s'attend point. Qu'un beau Phébus5 lui débite ses gentillesses, la

1. Musqué — parfumé avec du musc; d’où élégant et raffiné. La métaphore est déjà d'usage courant au 17e siècle.

». Au 18 siècle, on donnait aux dames la main, non le bras (Cf. Nouvelle Héloïse, p. 59). Mais on voit que la mode de donner le bras commençait à cette date à faire partie du bon ton.

3. C’est-à-dire : parce que l’on juge en principe que l’on est sage

— quand on est âge.

Page 1