Egarement.. méprise d'un
voyageur qui se détourne de
son chemin ». (Dicl. de Féraud.
Fi. 14. — Gravure de Moreau le Jeune pour l’Émile.
Première rencontre d'Emile et de Sophie (Voir les Extraits, p. 260 et suiv.)
voyageurs. « Monsieur, lui dit le maître dela maison, vous me paraissez un jeune homme aimable et sage; et cela me fait songer que vous êles arrivés ici, votre gouverneur et vous, las et mouillés, comme Télémaque et Mentor dans l’île de Calypso.—Il est vrai, répond Emile, que nous trouvons ici l’hospitalité de Calypso. » Son Mentor ajoute: « Et les charmes d’'Eucharis!. » Mais Emile connaît l’Odyssée, et n’a point lu Télémaque?; il ne sait ce que c’est qu'Eucharis. Pour la jeune personne, je la vois rougir jusqu'aux yeux, les baisser sur son assiette et n’oser soufller. La mère, qui remarque son embarras, fait signe au père, et celui-ci change de conversation. En parlant de sa solitude, il s'engage insensiblement dans le récit des événements qui l’y ont confiné ; les malheurs de sa vie, la constance de son épouse, les consolations qu'ils ont trouvées dans leur union ; la vie douce et paisible qu'ils mênent dans leur retraite, et toujours sans dire un mot de la jeune R personne ; tout cela forme un récit agréable et touchant, qu’on ne peut entendre sans intérêt. Emile, ému, attendri, cesse de manger pour écouter. Enfin, à l’endroit ou le plus honnête dés hommes s’étend avec plus de plaisir sur l’attachement de la plus digne des femmes, le jeune voyageur, hors de lui, serre une main du mari qu'il a saisie, et de l’autre prend aussi la main de la femme, sur laquelle il se penche avec transport en l’arrosant de pleurs. La naïve vivacité du jeune homme enchante tout le monde : mais la fille, plus sensible que personne à cette marque de son
bon cœur, croit voir Télémaque affecté des malheurs de Philoctète#, Elle porte à la dérobée les yeux sur lui pour mieux examiner sa figure ; elle n’y trouve rien qui démente la comparaison. Son air aisé a de la liberté sans arrogance;
cles. Alceste se plaint « de la fureur des embrassements ». Après Rousseau,on versera des larmes à tout propos, mais ® même avant lui, les romans s’attardent très souvent à des scènes où l’attendrissement déborde.