Assignable — qui puisse étre assignée, déterminée
6. * Comparer ce passage avec les promenades à l’Ermitage (Voir p. 312).
Rien de tout ce qui m'est arrivé durant cette époque chérie, rien de ce que j'ai fait, dit et pensé tout le temps qu’elle a duré, n'est échappé de ma mémoire!. Les temps qui précèdent et qui suivent me reviennent par intervalles ; je me les rappelle inégalement et confusément?: mais je me rappelle celui-là tout entier comme s’il durait encore. Mon imagination, qui dans ma jeunesse allait toujours en avants et maintenant rétrograde, compense par ces doux souvenirs l'espoir que j'ai pour jamais perdu. Je ne vois plus rien dans l’avenir qui me tente; les seuls retours du passé peuvent me flatter, et ces retours si vifs et si vrais dans l'époque dont je parle me (one souvent vivre heureux malgré mes malheurs.
Je donnerai de ces PAR un seul exemple qui pourra - faire juger de leur force et de leur vérité. Le premier jour que nous allâmes coucher aux Charmeltes, maman était en chaise à porteurs, et je la suivais à pied. Le chemin monte : elle était assez pesante, et craignant de trop fatiguer ses porteurs, elle voulut descendre à peu près à moitié chemin pour faire le reste à pied. En marchant elle vit quelque chose de bleu dans la haie, et me dit : « Voilà de la pervenche encore en fleur. » Je n'avais jamais vu de la pervenche, je ne me baissai pas pour l’examiner, et j'ai la vue trop courte pour distinguer à terre les plantes de ma hauteur. Je jetai seulement en passant un coup d’œil sur celle-là, et près de trente ans se sont passés sans que j'aie revu de la pervenche ou que j’y aie fait attention. En 1764, étant à Cressier® avec mon ami M. du Peyrou, nous montions une petite montagne au sommet de laquelle il y a un joli salon qu'il appelle avec raison Belle-Vue. Je commençais alors d’éherboriser un peu. En montant et regardant parmi les buissons, je pousse un cri de joie : Ah! voilà de la pervenche ! et c’en était en effet. Du Peyrou s’aperçut du transport, mais il en ignorait la cause; il l’apprendra, je l'espère, lorsqu'un jour il lira ceci’. Le lecteur peut juger par l'impression d’un si petit objet de celle que m'ont faite tous ceux qui se rapportent à la même époque...