Rapprocher les Extraits donnés pp
NET 80, n.
ressier, village entre Neuchâtel et le lac de Bienne.
6. Commencer de — commencer à. nn Essayer à ou de.Voir P-94, n Ce fut du Peyrou qui fut chargé de publier et publia la première partie des Confessions,
206 JEAN-JÂGQUES ROUSSEAU
Je me levais tous les matins avant le soleil. Je montais par un verger voisin dans un très joli chemin qui était audessus de la vigne, et suivait la côte jusqu’à Chambéry. Là, tout en me promenant, je faisais ma prière, qui ne consistait pas en un vain balbutiement de lèvres, mais dans une sincère élévation de cœur à! l’auteur de cette aimable nature dont les beautés étaient sous mes yeux. Je n’ai jamais aimé à prier dans la chambre ; il me semble que les murs et tous ces petits ouvrages des hommes s’interposent ehtre Dieu et moi. J'aime à le contempler dans ses œuvres tandis que mon cœur s’élèvèe à lui. Mes prières étaient pures, je puis le dire, et dignes par là d’être exaucées. Je ne demandais pour moi et pour celle dont mes vœux ne me séparaient jamais qu'une vie innocente et tranquille, exempte du vice, de la douleur, des pénibles besoins, la mort des justes, et leur sort dans l’avenir. Du reste, cet acte se passait plus en admiration et en contemplation qu’en demandes; et je savais qu'auprès du dispensateur des vrais biens le meilleur moyen d'obtenir ceux qui nous sont nécessaires est moins de les demander que de les mériter?. Je revenais en me promenant par un assez grand tour, occupé à considérer avec intérêt et volupté les objets champêtres dont j'étais environné, les seuls dont l'œil et le cœur ne se lassent jamais.....
Nous déjeunions ordinairement avec du café au lait. C'était le temps de la journée où nous étions le plus tranquilles, où.nous causions le plus à notre aise. Ces séances, pour l'ordinaire assez longues, m'ont laissé un goût assez vif pour les déjeuners ; et je préfère infiniment l’usage d’Angleterre et de Suisse’, où le déjeuner est un vrai repas qui rassemble tout le monde, à celui de France, où chacun déjeune seul dans sa chambre, ou le plus souvent ne déjeune point du tout. Après une heure ou deux de causerie, j'allais à mes livres jusqu’au diner. Je commençais par quelque livre de philosophie, comme la Logique de Port-Royali,
1. Elévalion à = élévation vers. AUSE et qui se rattachent évi- Cf. RéGe: A quelle utilité ? p.65, demment par le ton à ce séjour
ss a des Charmettes.
2. Les éditions courantes de 3 Rousseau publient une « Prière 3. Il y a dans la Nouvelle Hé-
x | : , loise ]a description non d’un composée par Jean-Jacques sur PRET SR Me = la demande de Me de Wareis » PU LAS PAD an diner dans et qui est certainement apo- Si EEE polar (NS cryphe,comme l’a montré M.Th. 4. Traité de logique composé Dufour.Mais M.Dufour a publié par les solitaires de Port-Royal deux autres Prières (Annales et qui fut beaucoup utilisé au J.-J. Rousseau. 1905), assez lon- | 18: siècle,
l’Essai de Locke!, Malebranche, Leibnitz, Descartes, etc. Je m'aperçeus bientôtque tous ces auteurs élaient entre eux en contradiction presque perpétuelle, et je formai le chimérique projet de les accorder, qui? me fatigua beaucoup et me fit perdre bien du temps. Je me brouillais la tête et je n’avançais point. Enfin, renonçant encore à cette méthode, j'en pris une infiniment meilleure, et à laquelle j'attribue tout le progrès que je puis avoir fait, malgré mon défaut de capacité ; car il est certain que j'en eus toujours fort peu pour l'étude. En lisant chaque auteur, je me fis une loi d’adopter et suivre toutes ses idées sans y mêler les miennes ni celles d’un autre, et sans jamais disputer avec lui. Je me dis : Commençons par me faire un magasin d'idées, vraies ou fausses, mais nettes, en attendant que ma tête en soit assez fournie pour pouvoir les comparer et choisir. Cette méthode n’est pas sans inconvénient, je le sais, mais elle m'a réussi dans l’objet de m'instrüire. Au bout de quelques années passées à ne penser exactement que d’après autrui, sans réfléchir pour ainsi dire et presque sans raisonner, je me suis trouvé un assez grand fonds d’acquis pour me suflire à moi-même, et penser sans le secours d'autrui. Alors quand les voyages et les affaires m'ont Ôté les moyens de consulter les livres, je me suis amusé à repasser et comparer ce que j'avais lu, à peser chaque chose à la balance de la raison, et à juger quelquefois mes maîtres. Pour avoir commencé tard à mettre en exercice ma faculté judiciaire, je n’ai pas trouvé qu’elle eût perdu sa vigueur ; et quand j'ai publié mes propres idées, on ne m’a pas accusé d’être un disciple servile et de jurer in verba magistri5.
Je passai de là à la géométrie élémentaire ; car je n’ai jamais été plus loin, m’obstinant à vouloir vaincre mon peu
cessite d'éviter à l'enfant les erreurs et idées fausses.