‹ Morceaux choisis;Chapitre 262 sur 312 · En plein air ». « S’assurer que — être persuadé · texte numérisé non relu

En plein air ». « S’assurer que — être persuadé

3. À la maison louée par | que... Je m'assure que vous le Mse d’'Houdetot (dans la vallée | ferez. » (Dictionnaire de Féraud, de Montmorency), 1787).

Rousseau au château de Montmorency (1759). |

Le parc ou jardin de Montmorency n’est pas en plaine, comme celui de la Chevrette. Il est inégal, montueux, mêlé de collines et d’enfoncements, dont l’habile artiste! a tiré parti pour varier les bosquets, les ornements, les eaux, les points de vue, et multiplier pour ainsi dire, à force d’art et de génie, un espace en lui-même assez resserré. Ce parc est couronné dans le haut par la terrasse et le château ; dans le bas il forme une gorge qui s'ouvre et s’élargit vers la vallée, et dont l’angle est rempli par uné grande pièce d’eau.Entre l’orangerie qui occupe cet élargissement, et cette pièce d’eau entourée de coteaux bien décorés de bosquets et d’arbres, est le petit château dont j'ai parlé. Cet édifice et le terrain qui l’entoure appartenaient jadis au célèbre Le Brun?, qui se plut à le bâtir et le décorer avec ce goût exquis d’ornements et d'architecture dont ce grand peintre s'était nourri. Ce château depuis lors a été rebâti, mais toujours sur le dessin du premier maître. Il est petit, simple, mais élégant. Comme ilest dans un fond, entre le bassin de l’orangerie

et la grande pièce d’eau, par conséquent sujet à l’humidité,.

on l’a percé dans son milieu d’un péristyle à jour entre deux étages de colonnes, par lequel l’air jouant dans tout l'édifice le maintient sec malgré sa situation. Quand on regarde ce bâtiment de la hauteur opposée qui lui fait perspective, il paraît absolument environné d’eau, et l’on croit voir une île enchantée, ou la plus jolie des trois îles Borromées, appelée Isola bella, dans le lac Majeur$.

Ce fut dans cet édifice solitaire qu’on me donna le choix d’un des quatre appartements complets qu'il contient, outre le rez-de-chaussée, composé d’une salle de bal, d’une salle de billard, et d’une cuisine. Je pris le plus petit et le plus simple au-dessus de la cuisine, que j’eus aussi. Il était d’une propreté charmante, l’ameublement en était blanc et bleu. C’est dans cette profonde et délicieuse solitude qu’au milieu

1. Le Nôtre (qui avait dessiné Versailles et presque tous les jardins des grands châteaux), notamment celui du chäteau de Montmorency.

2. Le peintre Ch. Lebrun (1619- 1690), premier peintre du roi, qui décora une partie de Ver-

sailles, la petite galerie d’Apollon au Louvre, etc.

3. Rousseau, qui avait vu le lac Majeur, en quittant Venise, en avait gardé un souvenir inoubliable. Il avait songé à placer l’action de la Nouvelle Héloise. (Voir p. 116).

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F1G. 15. — Portrait de Rousseau à Montmorency.

Gravure intéressante par son réalisme. Rousseau nous à, en ettet, raconté qu’il vivait au petit château de Montmorency avec sa chatte et son chien. La date de 1764 est erronée. Jean- Jacques avait quitté Montmorency et la France en 1762. (Voir les Extraits, p. 314.)

des bois et des eaux, aux concerts des oiseaux de toute espèce, au parfum de la fleur d'orange !, je composai dans une continuelle extase le cinquième livre de l’Emile?, dont je dus en grande partie le coloris assez frais à la vive impression du local où je l’écrivais.

Avec quel empressement je courais tous les matins, au lever du soleil, respirer un air embaumé sur le péristyle ! Quel bon café au lait jy prenais, tête à tête avec ma Thérèse ! Ma chatte et mon chien nous faisaient compagnie. Ce seul cortège m’eüt suffi pour toute ma vie, sans éprouver jamais un moment d’ennui. J'étais 1à dans le paradis terrestre ; j’y vivais avec autant d’innocence, et j’y goûtais le même bon-

heur.

| Rousseau à Motiers-Travers (1762). |

Figurez-vous donc un vallon d’une bonne demie-lieue de large, et d'environ deux lieues de long, au milieu duquel passe une petite rivière appelée La Reuss, dans la direction du nord-ouest au sud-est. Ce vallon, formé par deux chaînes de montagnes qui sont des branches du mont Jura et qui se resserrent par les deux bouts, reste pourtant assez ouvert pour laisser voir au loin ses prolongements, lesquels, divisés en rameaux par les bras des montagnes, offrent plusieurs belles perspectives. Ce vallon, appelé le Val-de- Travers, du nom d’un village qui est à son extrémité orientale, est garni de quatre ou cinq autres villages à peu de distance les uns des autres. Celui de Motiers, qui forme le milieu,est dominé par un vieux château désert, dont le voisinage et la situation solitaire et sauvage m'attirent souvent dans mes promenades du matin, d'autant plus que je puis sortir de ce côté par une porte de derrière sans passer par la rue ni devant aucune maison. On dit que les bois et les rochers qui environnent ce château sont fort remplis de vipères ; cependant, ayant beaucoup parcouru tous les environs, et m'étant assis à toutes sortes de DISSES je n’en ai point vu jusqu'ici.

Outre ces villages, on voit vers le bas des montagnes plusieurs maisons éparses, qu’on appelle des prises, dans lesquelles on tient des bestiaux, et dont plusieurs sont habi-

1. Fleur d'orange = fleur d’o- | 2. Celui où il est question ranger. Forme constante aux de Sophie et du mariage d'E- 194 et 18° siècles. mile,

tées par les propriétaires, la plupart paysans. Il y enaune entre autres à mi-côte nord, par conséquent exposée au midi, sur une terrasse naturelle, dans la plus admirable position que j'aie jamais vue, et dont le difficile accès m’eût rendu l'habitation très commode. J’en fus si tenté, que dès la première fois je m'étais presque arrangé avec le propriétaire pour y loger ; mais on m'a depuis tant dit de mal de cet homme, qu’aimant encore mieux la paix et la sûreté qu’ une demeure agréable, j'ai pris le parti de rester où je suis. La maison que j’occupe est dans une moins belle position, mais elle est grande, assez commode; elle a une galerie extérieure où je me promène dans les mauvais temps ; et ce qui vaut mieux que tout le reste, c’est un asile offert par l’amitié!.

La Reuss a sa source au-dessus d’un village appelé Saint- Sulpice, à l’exirémité occidentale du vallon ; elle en sort au village de Travers, à l’autre extrémité, où elle commence à se creuser un lit qui devient bientôt précipice?, et la conduit enfin dans le lac de Neuchâtel. Cette Reuss est une très jolie rivière, claire et brillante comme de l'argent, où les truites ont bien de la peine à se cacher dans des touffes d'herbes. On la voit sortir tout d’un coup de terre à sa source, non point en petite fontaine ou ruisseau, mais toute grande et déjà rivière, comme la fontaine de Vaucluse, en bouillonnant à travers les rochers. Comme cette source est fort enfoncée dans les rochers escarpés d’une montagne, on y est toujours à l’ombre; et la fraîcheur continuelle, le bruit, les chutes, le cours de l’eau, m'attirant l'été à travers ces roches brülantes, me font souvent mettre ennage pour aller chercher le frais près de ce murmure, ou plutôt près de ce fraces, plus flatteur à mon oreille que celui de la rue Saint-Martin.

L’élévation des montagnes qui forment le vallon n’est pas excessive, mais le vallon même est montagne, étant fort élevé au-dessus du lac; et le lac, ainsi que le sol de toute la Suisse, est encore extrêmement élevé sur les pays de plaines, élevés à leur tour au-dessus du niveau de la mer. On peut juger sensiblement de la pente totale par le long et rapide cours des rivières, qui, des montagnes de Suisse, vont se rendre, les unes dans la Méditerranée, et les autres dans l'Océan. Ainsi, quoique la Reuss traversant le vallon soit

. Mse Boy de la Tour lui avait | gées et forment une très belle offert une maison de son fils, excursion bien connue des touinhabitée mais toute meublée. ristes.

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