‹ Morceaux choisis;Chapitre 272 sur 312 · Passage important pour'| pittoresque et la profondeur de · texte numérisé non relu

Passage important pour'| pittoresque et la profondeur de

comprendre Part de Rousseau. | ses impressions sentimentales. Rousseau a mieux senti et ima- | A rapprocher de ce qu’il nous pee les objets qu’il ne les a vus. dit sur la façon dont il a « rêvé »

e là la médiocrité de son | la Mouvelle Héloïse, p. 115.

330 JEAN-JACGQUES ROUSSEAU

Mais il faut avouer que cela se faisait bien mieux et plus agréablement dans une île fertile et solitaire, naturellement circonscrite et séparée du reste du monde, où rien ne m’offrait que des images riantes ; où rien ne me rappelait des souvenirs atiristants ; où la société du petit nombre d’habitants était liante et douce, sans être intéressante au point de m'occuper incessamment ; où je pouvais enfin me livrer tout le jour, sans obstacles et sans soins, aux occupations de mon goût ou à la plus molle oisiveté. L'occasion sans doute était belle pour un rêveur, qui, sachant se nourrir d'agréables chimères au milieu des objets les plus déplaisants, pouvait s’en rassasier à son aise en y faisant concourir tout ce qui frappait réellement ses sens. En sortant d'une longue et douce rêverie, mé voyant entouré de verdure, de fleurs, d'oiseaux, et laissant errer mes yeux au loin sur les romanesques ! rivages qui bordaient une vaste étendue d’eau claire et cristalline, j'assimilais à mesfictions tous ces aimables objets ?, et, me trouvant enfin ramené par degrés à moi-même et à ce qui m'entourait, je ne pouvais marquer le point de séparation des fictions aux réalités3, tant tout concourait également à me rendre chère la vie recueillie et solitaire que je menais dans ce beau séjour ! Que ne peut-elle renaître encore ! que ne puis-je aller finir mes jours dans cette île chérie, sans en ressortir jamais, ni jamais y revoir aucun habitant du continent qui me rappelàt le souvenir des calamités de toute espèce qu'ils se plaisent à rassembler sur moi depuis tant d’annéest. Ils seraient bientôt oubliés pour jamais: sans doute ils ne m'oublieraient pas de même ; mais que m’importerait, pourvu qu'il n’'eussent aucun accès pour y venir troubler mon repos? Délivré$ de toutes les passions terrestres qu'engendre le tumulte de la vie sociale, mon âme s’élancerait fréquemment au-dessus de cette atmosphère, et commercerait d’a-

lorsqu'il s'agissait de paysages.

2. C'est-à-dire : Je supposais que ces aimables objets faisaient partie de mes fictions.

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