Voir”/ntroduction, p
2. Me d'Epinay avait formé le projet d'écrire à son fils, âgé de douze à treize ans, une suite de lettres pour le diriger dans ses sentiments et dans sa conduite.
Elle avait déjà écrit deux lettres qu'elle communiqua à Rousseau
pour qu’il lui donnât son avis.
3. Onction. Le terme est réservé d'ordinaire à la langue de la piété. Rousseau étend son sens à l’enseignement de la morale.
4. Entendre — comprendre.Sens constant aux 17° et 18° siècles,
montrerez la vérité et ses devoirs, il va être en garde contre tout ce que vous lui direz ; il croira toujours voir sortir une leçon de votre bouche ; tout, jusqu’à sa toupie, lui deviendra suspect. Agissez ainsi, mais gardez-en bien le secret.
A quoi sert-il, par exemple, de l’instruire des devoirs de votre état de mèrel!? Pourquoi lui faire retentir toujours à l'oreille les mots soumission, devoir, vigilance, raison? Tout cela a un son effrayant à son âge. C’est avec les actions qui résultent de ces termes qu’il faut l’apprivoiser?;-laissez-lui ignorer leurs qualifications jusqu’à ce que vous puissiez les lui apprendre par la conduite qu’il aura tenue ; et encore faites-lui bien sentir, avant tout, l'avantage et l’agrément qu'il en aura recueilli, afin de lui montrer qu'un acte de soumission et de devoir n’est pas une chose si effrayante qu’il pourrait se l’imaginer,
Quant à la seconde lettre, si elle ne renferme pas des choses si contraires à votre but, elle est au moins remplie d'idées et d'images trop fortes, non seulement pour l’âge de Monsieur votre fils, mais même pour un âge beaucoup audessus du sien. Votre définition de la politesse est juste et délicate, mais il faut y penser à deux fois pour en sentir toute la finessef. Sait-il ce que c’est que l’estime, que la bienveillance ? Est-il en état de distinguer l'expression volontaire ou involontaire d’un cœur sensible ? Comment lui ferez-vous entendre que le corps ne doit point courir après l’ombre, et que l’ombre ne peut exister sans Le corps qui la produit ?
Prenez garde, Madame, qu’en présentant de trop bonne heure aux enfants des idées fortes et compliquées, ils sont obligés de recourir à la définition de chaque mot. Cette définition est presque toujours plus compliquée, plus vague que la pensée même ; ils en font une mauvaise application, il ne leur reste que des idées fausses dans la tête. IL en résulte un autre inconvénient : c’est qu’ils répètent en perro-
1.M=ed’Epinay avait commencè par justifier ses lettres en montrant qu’elles lui étaient imposées par son devoir de mère.
2. C'est-à-dire : il faut l’accoutumer aux aclions qui sont le résultat de la soumission, des devoirs, etc.
3.* A l’aide dela Notice et des Exiraits de l’Emile, chercher en
uoi ces idées annoncent celles
e l’Zrnile,
4. Voici quelle était cette définition : «La politesse est dans un cœur sensible, une expression douce, vraie et volontaire, du sentiment de l'estime et de la bienveillance ». M=° d'Epiñay disait plus loin: « La louange suit la vertu comme l’ombre suit le corps; mais le corps ne doit point courir après l’ombre, et l'ombre ne peut exister sang le corps qui la produit »,
quets de grands mots auxquels ils n’attachent point de sens, et qu'à vingt ans ils ne sont que de grands enfants ou de plats importants.
Vous m'avez demandé mon avis par écrit: Madame, le voilà. Je désire que vous vous en accommodiez, mais il ne m'est pas possible de vous en donner un autre. Si je ne me suis pas trompé sur votre compte, vous me pardonnerez ma brutalité!, et vous recommencerez votre besogne avec plus de courage et de succès que jamais.