‹ Morceaux choisis;Chapitre 278 sur 312 · A M. DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

A M. DE VOLTAIRE

Le 18 Août 1756.

Vos deux derniers poèmes, Monsieur?, me sont parvenus dans ma solitudeÿ, et, quoique tous mes amis connaissent l'amour que j'ai pour vos écrits, je ne sais de quelle part ceux-ci me pourraient venir, à moins que ce ne soit de la vôtre. Ainsi je crois devoir vous remercier à la fois de l'exemplaire et de l'ouvrage. J’y ai trouvé le plaisir avec l'instruction et reconnu la main du maître. Je ne vous dirai pas que tout m'en paraisse également bon; mais les choses qui m'y déplaisent ne font que m'inspirer plus de confiance pour celles qui me transportent : ce n’est pas sans peine que je défends quelquefois ma raison contre les charmes de votre poésie ; mais c’est pour rendre mon admiration plus digne de vos ouvrages que je m'’efforce de n’y pas tout admirer.

Je ferai plus, Monsieur : je vous dirai sans détour, non les beautés que j'ai cru sentir dans ces deux poèmes, la tâche effraycrait ma paresse, ni même les défauts qu'y

1. Rousseau se rendait compte | prétexte pour combattre l’opti. de la difficulté qu'il avait à Ca- | misme et le dogme de la Provicher ses sentiments vrais par | dence. Ce poème avait été remis les artifices de la politesse. Sa | à Jean-Jacques avec celui sur & correspondance fait preuve très | Loi naturelle, sur la demande de souvent de cette « brutalité », | Voltaire lui-même, par l’inter- Voir la p. 355, n. 2. médiaire de Thieriot (ami de

2 Le poème sur Le Désastre Voltaire) et dé Duclos. Rousde Lisbonne et celui sur la Loi seau avait écrit sa lettre à l’insnaturelle. Un tremblement de tigation de ses amis de Genève terreavaitbouleverséLisbonne, | ©t dans lespoir que Voltaire Méquinez, Tétuan, et causé Ja | 2utoriserait la publication de la mort de la plupart de leurs ha- | 1ettre. Voltaire refusa toujours.

bitants. Voltaire en avait pris 3, À l'Ermitage,

2 p: Re.

ha.

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