‹ Morceaux choisis;Chapitre 284 sur 312 · C’est ainsi que l’on a peu à · texte numérisé non relu

C’est ainsi que l’on a peu à

eu rendu compte des légères irrégularités dans la marche des planètes, par l’action d’attractions que Newton avait ignorées.

6. C'est-à-dire : « qui fait obstacle où qui concourt au phénomène dans des proportions déterminées. »

7. M. de Voltaire ayant avancé que la nature n’agit jamais rigoureusement, que nulle quantité précise n’est requise pour nulle opération, il s'agissait de combattre cette doctrine et d’éclaircir mon raisonnement par un exemple. Dans celui de l’équilibre entre deux poids, il n’est pas nécessaire, selon M. de Voltaire, que ces deux poids soient rigoureusement égaux pour que cet équilibre ait lieu.

Or, je lui fais voir que, dans cette supposition, il y a nécessairement

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Vous dites que nul être connu n’est d’une figure précisément mathématique ; je vous demande, Monsieur, s'il y a quelque figure qui ne le soit pas, et si la courbe la plus bizarre n’est pas aussi régulière aux yeux de la nature qu'un cercle parfait aux nôtres. J'imagine, au reste, que si quelque corps pouvait avoir cette apparente régularité, ce ne serait que l’univers même, en le supposant plein et borné; car les figures mathématiques, n'étant que des abstractions, n’ont de rapport qu’à! elles-mêmes, au lieu que toutes celles des corps naturels sont relatives à d’autres corps et à des mouvements qui les modifient; ainsi cela ne prouverait encore rien contre la précision de la nature, quand même nous serions d'accord sur ce que vous entendez par ce mot de précision.

Vous distinguez les événements qui ont des effets de ceux qui n’en ont point: je doute que cette distinction soit solide. Tout événement me semble avoir nécessairement quelque effet, ou moral, ou physique, ou composé des deux, mais qu'on n’aperçoit pas toujours, parce que la filiation des événements est encore plus diflicile à suivre que celle des hommes. Comme en général on ne doit pas chercher des effets plus considérables que les événements qui les produisent, la petitesse des causes rend souvent l'examen ridicule, quoique les effets soient certains ; et souvent aussi plusieurs effets presque imperceptibles se réunissent pour produire un événement considérable. Ajoutez que tel effet ne laisse pas d’avoir lieu, quoiqu'il agisse hors du corps qui la produit. Ainsi, la poussière qu'élève un carosse peut ne rien faire à la marche de la voiture, et influer sur celle du monde : mais comme il n’y a rien d’étranger à l'univers, tout ce qui s’y fait agit nécessairement sur l’univers même.

Ainsi, Monsieur, vos exemples me paraissent plus ingénieux que convaincants. Je vois mille raisons plausibles pourquoi? il n’était peut-être pas indifférent à l’Europe qu'un certain jour l’héritière de Bourgogne fût bien ou mal coiffée, ni au destin de Rome que César tournât les yeux à droite ou à gauche, et crachât de l’un ou de l’autre côté,

effet sans causé, ou cause sans effet, Puis, ajoutant la seconde supposition des deux poids de fer et du grain d'aimant, je lui fais voir que, quand on ferait dans la nature quelque observation semblable à l'exemple supposé, cela ne prouverait encore rien en sa faveur, parce qu’il ne saurait s'assurer que quelque cause naturelle ou secrète ne produirait pas

en cette occasion l'apparente irrégularité dont il accuse la nature. (Note de Rousseau.)

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