Les conseils de Rousseau ne manqueraient pas d'actualité
pas alors d’a-propos.llrecevait, et recevra par la suite, nombre de lettres de jeunes gens tentés par la carriere littéraire, qui abandonnentleur province pour courir à Paris les hasards de la fortune d'écrivain et connaître la misère. Ils s’adressaient à Rousseau dont ils admiraient, comme une promesse, la vie aventureuse et le succès aussi éclatant que soudain,
-que de parvenus. Vous ne devez point vous estimer malheureux de vivre comme fait Monsieur votre père, et il n’y a point de sort que le travail, la vigilance, l'innocence et le contentement de soi ne rendent supportable, quand on s’y soumet en vue de remplir son devoir. Voilà, Monsieur, des conseils qui valent tous zeux que vous pourriez venir prendre à Montmorency : peut-être ne seront-ils pas de votre goût, et je crains que vous ne preniez pas le parti de les suivre; mais je suis sûr que vous vous en repentirez un jour. Je vous souhaite un sort qui ne vous force jamais à vous en souvenir. Je vous prie, Monsieur, d’agréer mes salutations très humbles!,
A Jute ?
10 Novembre 1761.
Il est vrai, Madame, que je n’ai pas répondu à vos six pages, et que je n’y répondrais pas en cent, Mais, soit que vous comptiez les pages, les choses, les lettres, je serai toujours en reste ; et si vous exigez autant que vous donnez, je n'accepte point un marché qui passe mes forces. Je ne sais par'quel prodige j'ai été jusqu'ici plus exact avec vous, que je ne connais point, que je ne le fus de ma vie avec mes amis les plus intimes. Je veux conserver ma liberté jusque dans mes attachements ; je veux qu’une correspondance me soit un plaisir et non pas un devoir ; je porte cette indépendance dans l’amitié même ; je veux aimer librement mes amis pour le plaisir que jy prends : mais, sitôt qu'ils mettent les services à la place des sentiments, et que la reconnaissance m'est imposée, l’attachement en souffre, et je ne fais plus avec plaisir ce que je suis forcé de fairef,
lui de Claire (noms des deux hé-
1. Si l’on veut lire l’histoire d’un jeune homme qui renonce à la vie obscure du petit commerçant pour courir, sans aucune réssource personnelle, les hasards d’une carrière intelléctuelle, on consultera les Mémoires d'un Père, où Marmontel raconte sa propre vie.
2, Pour intéresser Rousseau, M: Latour de Franquevilleavait imaginé de lui écrire, sans se faire connaître, sous le pseudonyme de Julie, pendant qu’une de ses amies lui écrivait sous ce-
roines de la Nouvelle Héloïse).
Claire ne tarda pas à se fâcher d’une lettre hargneuse de Rousseau, Mais M=e Latour continua infatigablement la correspondance et sut désarmer toutes les mauvaises humeurs de Jean- Jacques. Ellé ne l’aurait d’ailleurs vu que trois fois.