‹ Morceaux choisis;Chapitre 289 sur 312 · Comparer avec ce que dit Rousseau de lui-même dans le · texte numérisé non relu

Comparer avec ce que dit Rousseau de lui-même dans le

passage cité p. 287,

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Tenez vous cela pour dit, quand vous m’aurez envoyé votre M. Sarbourg.Je comprends que vous n’exigerez rien ; c’est pour cela même que je vous devrai davantage, et que je m'acquilterai, d'autant plus mal. Ces dispositions me font peu d’honneur, sans doute; mais les ayant malgré moi, tout ce que je puis faire est de les déclarer; jene vaux pas mieux que cela. Revenant donc à nos lettres!, soyez persuadée que je recevrai toujours les vôtres et celles de votre amie avec quelque chose de plus que du plaisir, qu’elles peuvent char-: mer mes maux et parer ma solitude; mais que, quand j'en recevrais dix de suite sans faire une réponse, et que vous écrivant enfin, au lieu de répondre article par article, je suivrais seulement le sentiment qni me fait prendre la plume, je ne ferais rien que j'aie promis de ne pas faire, et à quoi vous ne deviez vous attendre.

C’est encore à peu près la même chose à l'égard du ton de mes lettres. Je ne suis pas poli, Madame, je sens dans mon cœur de quoi me passer de l’être, et ü y sarsiendra bien du changement si jamais je suis tenté de l’êlre avec vous. Voyez encore quelle interprétation votre bénignité? veut donner à cela, car pour moije ne puis m'expliquer mieux. D'ailleurs, L ‘écris très difficilement quand je veux châtier mon style : j'ai par-dessus la têle du métier d'auteur; la gêne qu'il impose est une des raisons qui m'y font renoncer. A force de peine et de soin, je puis trouver enfin le tour convenable et le mot propre ; mais je ne veux mettre ni peine ni soin dans mes lettres; jy cherche le délassement d’être incessamment vis-à-vis du public, et quand j'écris avec plaisir, je veux écrire à mon aise. Si je ne dis ni ce qu’il faut, ni comme il faut, qu'importe? Ne sais-je pas que mes amis m'’entendront toujours, qu'ils expliqueront mes discours par mon caractère, non mon caractère par mes discours, et que, si j'avais le malheur de leur écrire des choses malhonnêtes, ils seraient sûrs de ne m'avoir entendu qu’en y trouvant un sens qui ne le füt pas ? Vous me direz que tous ceux à qui j'écris ne sont ni mes amis, ni obligés de me connaître. Pardonnez-moi, Madame ; ; Je n’aini ne veux avoir de simples connaissances ; je ne SAS ni ne veux savoir comment on leur écrit. Il se peut que je mette mon commerce à trop haut prix,mais je n’en veux rien rabattre, surtout avec

1. RéGre : La fortune vient en 3. C'est-à-dire : Je me délasse dormant. Voir p. 161, n.1. par mes lettres du souci que j'ai, 2. « Bénignité... douceur, hu- dans mes ouvrages littéraires, de manité » (Dict. de Féraud.) Le | songer au public. mot était encore d'usage cou- 4. HRIRANe CON pr AE M NONS

rant. la note 4, p. 340.

vous, quoique je ne vous connaisse pas ; car je présume qu'il m'est plus aisé de vous aimer sans vous connaître, que de vous connaître sans vous aimer. Quoi qu’il en soit, c’est ici une affaire de convention : n’attendez de moi nulle exactitude, et n’allez plus épiloguant sur mes mots.Si je ne vous écris ni régulièrement ni convenablement, je vous écris pourtant : cela dit tout, et corrige tout le reste. Voilà mes explications, mes conditions : acceptez ou refusez, mais ne marchandez pas ; cela serait inutile!,

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