‹ Morceaux choisis;Chapitre 45 sur 312 · Rousseau fait probablement allusion à quelque fait divers · texte numérisé non relu

Rousseau fait probablement allusion à quelque fait divers

contemporain. Il yen eut un très célèbre en 1770. Deux jeunes gens, Thérèse et Faldoni, se tuèrent à Lyon parce qu’on ne voulait pas les unir. La littérature s’empara de leur histoire et le poète Léonard écrivit un roman dont ils étaient les héros (Lettres de deux amants ou Thérèse et Faldoni, 1780.)

* Montrer comment Rousseau a confirmé ou contredit ses idées sur le mariage imposé parles parents, dans la Vouvelle Héloise (en lisant les analyses et extraits).

[ Voltaire avait remercié Rousseau de l’envoi de son Discours dans une lettre spirituelle. « On n’a jamais employé tant d’esprit, disait-il, à vouloir nous rendre bêtes ; il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage ». Rousseau lui répondit par la lettre suivante ].

Rousseau défend son système dans une lettre à Voltaire.

Paris, le 10 septembre 1755.

C'est à moi, Monsieur, de vous remercier à tous égards. En vous offrant l’ébauche de mes tristes rêveries, je n’ai point cru vous faire un présent digne de veus, mais m'’acquitter d’un devoir et vous rendre un hommage que nous vous devons tous comme à notre chef!. Sensible, d’ailleurs; . à l'honneur que vous faites à ma patrie?, je partage la reconnaissance de mes concitoyens, et j'espère qu'elle ne fera qu’augmenter encore, lorsqu'ils auront profité des instructions que vous pouvez leur donner. Embellisez l’asile que vous avez choisi; éclairez un peuple digne de vos leçons; et vous, qui savez si bien peindre les vertus et la liberté, apprenez-nous à les chérir dans nos murs comme dans vos écrits. Tout ce qui vous approche doit apprendre de vous le chemin de la gloire.

Vous voyez que je n’aspire pas à nous rétablir dans notre bêtise, quoique je regrette beaucoup, pour ma part, le peu que j'en ai perdus. A votre égard, Monsieur, ce retour serait un miracle si grand à la fois et si nuisible, qu'il n’appartiendrait qu’à Dieu de le faire, et qu’au diable de le vouloir. Ne tentez donc pas de retomber à quatre pattes ; personne au monde n’y réussirait moins que vous. Vous nous redressez trop bien sur nos deux pieds pour cesser de vous tenir sur les vôtrest.

Je conviens de toutes les disgrâces qui poursuivent les

1. Les relations entre Voltaire tout à fait sincère. Il le devien-

et Rousseau n’allaient pas tarder à se gâter (Voir l’Zntroduc-

lion, p. 36).

2. Voltaire avait à cette date acheté le château des Délices, non loin de Genève.

3, Rousseau n’est pas encore

dra entièrement après les persécutions de l’£Zmile.

4. Rousseau ne manquait pas d’un certain esprit, mais un peu lourd. (Voir le personnage de Claire dans la Nouvelle Héloïse).

Sa lettre ne vaut pas à cet égard celle de Voltaire.

hommes célèbres dans les lettres!, je conviens même de tous les maux attachés à l'humanité, et qui semblent indépendants de nos vaines connaissances. Les hommes ont ouvert sur eux-mêmes tant de sources de misères, que, quand le hasard en détourne quelqu’une, ils n’en sont guère moins inondés. D'ailleurs, il y a, dans le progrès des choses, des liaisons cachées que le vulgaire n’aperçoit pas, mais qui n’échapperont point à l’œil du sage, quand il voudra y réfléchir. Ce n’est ni Térence, ni Cicéron, ni Virgile, ni Sénèque, ni Tacite ; ce ne sont ni les savants, ni les poètes, qui ont produit les malheurs de Rome et les crimes des Romains ; mais sans le poison lent et secret qui corrompit peu à peu le plus vigoureux gouvernement dont l’histoire ait fait mention, Cicéron, ni Lucrèce, ni Salluste, n’eussent point existé, ou n’eussent point écrit. Le siècle aimable de Lélius et de Térence amenaït de loin: le siècle brillant d'Auguste et d’'Horace, et enfin les siècles horribles de Sénèque et de Néron, de Domitien et de Martial. Le goût des lettres et des arts naît chez un peuple d’un vice intérieur qu’il augmente ; et s’il est vrai que tous les progrès humains sont pernicieux à l'espèce, ceux de l'esprit et des connaissances, qui augmentent notre orgueil et multiplient nos égarements, accélèrent bientôt nos malheurs. Mais il vient un temps où le mal est tel que les causes mêmes qui l’ont fait naître sont nécessaires pour l'empêcher d'augmenter ; c’est le fer qu'il faut laisser dans la plaie, de peur que le blessé n’expire en l’arrachant.

Quant à moi, si j'avais suivi ma première vocation, et que je n’eusse ni lu ni écrit, j’en aurais sans doute été plus heureux. Cependant, si les lettres étaient maintenant anéanties, je serais privé du seul plaisir qu’il me reste?. C’est dans leur sein que je me console de tous mes maux ; c’est parmi ceux qui les cultivent que je goûte les douceurs de l'amitié, et que j'apprends à jouir de la vie sans craindre la mort. Je leur dois le peu que je suis ; je leur dois même l’honneur d’être connu de vous. Mais consultons l'intérêt dans nos affaires et la vérité dans nos écrits. Quoiqu'il faille des phi-

losophes, des historiens, des savants, pour éclairer le monde

et conduire ses aveugles habitants, si le sage Memnon

1. C'était un point développé que de lire et affirmera qu’il ne

par Voltaire qui,selon son habi- | trouve plus de plaisir que dans

tude, s'était pris lui-même pour la botanique et la contempla-

exemple. tion de la nature.

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