RÈGLE: 1! se faut entr'aider (Cf. p. 56, n
4. Marmontel n’a pas répondu, et fort prudemment, à cet argument de Rousseau. Les juges qui payaient leurs charges très cher ne se faisaient pas faute d'accepter les cadeaux ou épices ‘Voir {es Plaideurs, de Racine).
Hs avaient même eu pendant tongtemps le droit d'accepter
corruption était universelle et avouée. Tous les moralistes s’en sont plaints. « Celui qui sollicite son juge ne lui fait pas honneur : Car, ou il se défie de ses lumières et même de sa probité, ou il cherche à le prévenir, ou il lui demande une injustice »
(LA BrRuYÈRE). Beaumarchais, après avoir perdu sa cause, réclamera au conseiller Goëzman les cadeaux faits à sa femme et à son secrétaire. Ce sera l’occasion d’un procès retentissant.— On trouvera le récit peu connu des longues sollicitations faites par une provinciale venue tout exprès à Paris, au 18° siècle, dans les Mémoires de la Société de statistique.… des Deux-Sèvres (1885).
ou de situation plus sensible. Telle est, par exemple, l’humeur taciturne et silencieuse d’Alceste, et ensuite la censure intrépide et vivement apostrophéel de la conversation chez la coquette :
. « Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour. »
Ici l’auteur a marqué fortement la distinction du médisant et du misanthrope. Celui-ci, dans son fiel âcre et mordant, abhorre la calomnie et déteste la satire. Ce sont les vices publics, ce sont les méchants en général qu’il attaque. La basse et secrète médisance est indigne de lui, il la méprise et la haït dans les autres ; et quand il dit du mal de quelqu'un, il commence par le lui diré en face. Aussi, durant toute la pièce, ne fait-il nulle part plus d’effet que dans cette scène, parce qu’il est là ce qu’il doit-être, et que s’il fait rire le parterre, les honnêtes gens ne rougissent pas d'avoir ri.
Mais, en général, on ne peut nier que, si le misanthrope était plus misanthrope, il ne fût beaucoup moins plaisant, parce que sa franchise et sa fermeté, n’admettant jamais de détour, ne le laisseraient jamais dans l’embarras. Ce n’est donc pas par ménagement pour lui que l’auteur adoucit quelquefois son caractère, c’est au contraire pour le rendre plus ridicule. Une autre raison l’y oblige encore, c’est que le misanthrope de théâtre, ayant à parler de ce qu’il voit, doit vivre dans le monde, et par conséquent tempérer sa droiture et ses manières par quelques-uns de ces égards de mensonge et de fausseté qui composent la politesse, et que le monde exige de quiconque y veut être supporté. S'il s’y montrait autrement, ses discours ne feraient plus d'effet. L'intérêt de l’auteur est bien de le rendre ridicule, mais non pas fou ; et c’est ce qu’il paraîtrait aux yeux du publie, s’il était tout à fait sage?.
On: a peine à quitter cette admirable pièce quand on a commencé de s’en occuper ; et, plus on y songe, plus on y découvre de nouvelles beautés. Mais enfin, puisqu'elle est, sans contredit, de toutes les comédies de Molière celle qui
1. Nous n’avons pas trouvé d'autre emploi du verbe dans le sens de «lancer comme une apostrophe ».
2. L’amertume du ton et l’äpreté ironique de la conclusion doit nous faire souvenir encore
ue Rousseau vient de briser les debnten liens qui l’attachaient
au « monde », en quittant l’Ermitage. Ses idées Sur la « politesse » mondaine sont beaucoup plus modérées et beaucoup plus justes dans la deuxième partie de la Nouvelle Héloise achevée avant la brouille avec Me d’Epinay. (Lettre de Saint-Preux à Julie, II, 14.)
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contient la meilleure et la plus saine morale!, sur celle-là jugeons des autres; et convenons que, l'intention de l’auteur étant de plaire à des esprits corrompus, ou sa morale porte au mal, ou le faux bien qu’elle prêche est plus dangereux que le mal même, en ce qu'il séduit par une apparence de raison, en ce qu'il fait préférer l’usage et les ma-
ximes du monde à l’exacte probité, en ce qu’il fait consister
la sagesse dans un certain milieu entre le vice et la vertu, en ce qu’au soulagement des spectateurs, il leur persuade que, pour être honnête homme, il suflit de n'être pas un franc scélérat?.
[Après avoir essayé de montrer les dangers du théâtre de Molière, Rousseau accable plus aisément encore celui de Regnard qui « encourage les filous ».
Du «ridicule » comique il passe ensuite à la peinture de l'amour. Les inconvénients, dit-il, en sont graves. L'importance accordée à l'amour donne aux femmes la première place dans la société. Les anciens en jugeaient mieux qui laissaient les femmes dans leur foyer et n’admettaient
pas même qu’un rôle fut donné sur la scène à une « honnête fille ». Par.
là aussi la jeunesse prend l’habitude d’un « ton ferme et tranchant » et s’habitue à des « sentiments trop tendres ». Si l’on prétend « nous guétir de l’amour par la peinture de ses faiblesses », l'exemple de Bérénice prouvera le contraire].
La Peinture de l'amour au théâtre. — Bérénice. |
On prétend nous guérir de l’amour par la peinture de ses faiblesses. Je ne sais là-dessus comment les auteurs s’y prennent ; mais je vois que les spectateurs sont toujours du parti de l’amant faible, et que souvent ils sont fâchés qu’il
ne le soit pas davantage. Je demande si c’est un grand moyen
d'éviter de lui ressembler.
Rappelez-vous, Monsieur, une pièce à laquelle je crois me souvenir d’avoir assisté avec vous, il y a quelques années, et qui nous fit un plaisir auquel nous nous attendions peut,
1. * Discuter cette affirmation. | « l’homme est toujours l’hom-
2. Marmontel a réfuté longuement le paradoxe et sa réponse était aisée.
Molière n’a pas voulu peindre
le misanthrope le plus exacte-
ment misanthrope, «un personnage idéal ». Il a voulu peindre un caractère dramatique, avec des vertus et un défaut :
me ».