Surnom donné à Titus
3. Catastrophe.«Se dit au propre de l'évènement qui termine une pièce dramatique». (Dict.de Féraud).
4. REGLE : Gens portants bâtons et mendiants, Voir p. 78, n. 2.
aux mêmes faiblesses sentimentales ?
Dans la Nouvelle Héloise, il arrache Saint-Preux à Julie pour qu'elle obéisse à son père. Mais il Parrache de telle façon que, dès le 18 siècle, il n’y eut pas un lecteur à ne pas souhaiter , que Julie fût moins docile à son père et plus fidèle à Saint« Preux,
L'évènement dément ces vœux secrets ; mais qu'importe ? le dénouement n’efface point l’effet de la pièce. La reine part sans le congé du parterre: l’empereur la renvoie invilus invilam, on peut ajouter énvito spectatore!. Titus a beau rester Romain, il est seul de soû parti; tous les spectateurs ont épousé Berénice.
Quand même on pourrait me disputer cet effet, quand même on soutiendrait que l’exemple de force et de vertu qu'on voit dans Titus vainqueur de lui même, fonde l’intérêt de la pièce, et fait qu’en plaignant Bérénice on est bien aise de la plaindre?, on ne ferait que rentrer en cela dans mes principes, parce que, comme je l’ai déjà dit, les sacrifices faits au devoir et à la vertu ont toujours un charme secret, même pour les cœurs corrompus; et la preuve que ce sentiment n’est point l’ouvrage äe la pièce, c’est qu'ils l’ont avant qu’elle commence. Mais cela n'empêche pas que certaines passions satisfaites ne leur semblent préférables à la vertu même, et qua s'ils sont contents de voir Titus vertueux et magnanime, ils ne le fussent encore plus de le voir heureux et faible, ou du moins qu'ils ne consentissent volontiers à l’être à sa place. Pour rendre cette vérité sensible, imaginons un dénouement tout contraire à celui des l’auteur. Qu’après avoir mieux consulté son cœur, Titus, ne voulant ni enfreindre les lois de Rome, ni vendre le bonheur à l’ambition, vienne, avec des maximes opposées, abdiquer l'empire aux pieds de Bérénice ; que, pénétrée d’un si grand sacrifice, elle sente que son devoir serait de refuser la main de son amant,et que pourtant elle l’accepte; que tous deux, enivrés des charmes de l’amour, de la paix, de l’innocence, et renonçant aux vaines grandeurs, prennent, avec cette douce joie qu’inspirent les vrais mouvements de la nature, le parti d’aller vivre heureux et ignorés dans un coin de la terre, qu'une scène si touchante soit animée des sentiments tendres et pathétiques que fournit la matière, et que Racine eût si bien fait valoir; que Titus, en quittant les Romains, leur adresse un discours tel que la circonstance et le sujet le comportent: n'est-il pas clair, par exemple,
1. «Malgré lui, malgré elle » 5. C’est justementla situation (Expression de Suétone). —«Mal- | dans laquelle se trouvent Julie gré le spectateur ». et Saint-Preux.
2. C'est-à-dire «de ne pas avoir Milord Edouard leur offre la à regretter une faiblesse de Ti- | fortune et un asile où ils pourtus». ront se marier en Angleterre.
3. Voir dans la Lettre, p. 91. Mais il faut quitter en les déses-
4. * Chercher si les deux hypo- Hot son père et sa mère ; i thèses s’'équivalent exactement. ulie refuse (11,3, 6,17).
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qu'à moins qu'un auteur ne soit de la dernière maladresse, un tel discours doit faire fondre en larmes toute l’assemblée? La pièce, finissant ainsi, sera, si l’on veut, moins bonne, moins instructive, moins conforme à l’histoire ; mais en fera-t-elle moins de plaisir ?-et les spectateurs en sortiront-ils moins satisfaits? Les quatre premiers actes subsisteraient à peu près tels qu'ils sont; el cependant on en tirerait une lecon directement contraire. Tant il est vrai que les tableaux de l’amour font toujours plus d'impression que les maximes de la sagesse, et que leffet d’une tragédie est tout à fait indépendant de celui du dénoûmenti,
[Rousseau continue sa lettre en montrant que Îles inconvénients du théâtre se multiplient si l’on considère qu’il entraîne le goût du luxe et de la paresse, Utile peut-être dans une grande ville où il prend la place de divertissements qui seraient plus funestes encore, il ruinerait les mœurs de gens encore simples. On ne peut le supposer installé chez les Montagnons, paisibles habitants d’une vallée aux environs de Neuchâtel, sans voir les désordres et la corruption ruiner leur bonheur rustique.]
| Les Montagnons. |
Je me souviens d’avoir vu dans ma jeunesse? aux environs de Neuchâtel, un spectacle assez agréable et peut-être unique sur la terre, une montagne entière couverte d’habitations dont chacune fait le centre des terres qui en dépendent; en sorte que ces maisons, à distances aussi égales que les fortunes des propriétaires, offrent à la fois aux nombreux habitants de cette montagne le recueillement de la retraite et les douceurs de la société. Ces heureux paysans, tous à leur aise, francs de tailles, d’impôts, de subdélégués3, de corvées, cultivent avec tout le soin possible des biens dont le produit est pour eux, et emploient les loisirs que cette culture leur laisse à faire mille ouvrages de leurs mains, el à mettre à profit le génie inventif que leur donna la nature. L'hiver surtout, temps où la hauteur des neiges leur ôte
1. C’est l’argument que tous sanne où il donnait des leçons les adversaires du théâtre ont | de musique, pour passer tout fait valoir avant Rousseau et un hiver à Neuchâtel (1730-
feront encore valoir après lui. 1931), en vivant également de * Comparer cette discussion leçons.
avec les affirmations contraires 3. Les subdélégués étaient des.
de Racine dans la Préface de fonctionnaires qui représen-
Phéèdre. taient l’intendant dans les prin-
2, Quand il avait quitté Lau- | cipales villes de son ressort,
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une communication facile, chacun renfermé bien chaudement, avec sa nombreuse famille, dans sa jolie et propre maison de bois! qu’il a bâtie lui-même?, s'occupe de mille travaux amusants qui chassent l’ennui de son asile, et ajou- “0 tent à son bien-être. Jamais menuisier, serrurier, vitrier, Ke tourneur de profession, n’entra dans le pays, tous le sont pour eux-mêmes, aucun ne l’est pour autrui ; dans la multitude de meubles commodes et même élégants qui composent leur ménage et parent leur logement, on n’en voit pas , un qui n'ait été fait de la main du maître. Il leur reste 1 encore du loisir pour inventer el faire mille instruments É divers, d'acier, de bois, de carton, qu'ils vendent aux | étrangers, dont plusieurs mêmes parviennent jusqu’à Paris, entre autres ces petites horloges de bois qu'on y voit | depuis quelques années. Ils en font aussi de fer; ils font 4 même des montres ; et, ce qui paraît incroyable, chacun cu réunit à lui seul toutes les professions diverses dans lesquelles se subdivise l'horlogerie, et fait tous ses outils luimême.
Ce n’est pas tout : ils ont des livres utiles et sont passa M blement instruits ; ils raisonnent sensément de toutes choses, et de plusieurs avec esprit. Ils font des siphons, des | aimants, des lunettes, des pompes, des baromètres, des chambres noires; leurs tapisseries sont des multitudes d’instruments de toute espèce{: vous prendriez le poêles d’un pay-