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3. La discussion du paradoxe de Rousseau serait facile. Une tragédie est-elle destinée à être utilecomme l'entend Rousseau ?
Qu'est-ce que la vraisemblance au théâtre etc. ? Mais ces idées ne sont pas personnelles à Rousseau. L'idée dereprésenter exactement la vie et d'enseigner utilement la vertu avait inspiré la comédie larmoyante de Nivelle de la Chaussée et les drames bourgeois de Diderot.
LA NOUVEEËLE HÉLOÏSE 131
mœurs athéniennes, et depuis, le seul Molière peignit plus naïvement! encore celles des Français du siècle dernier à leurs propres yeux. Le tableau a changé ; mais il n’est plus revenu de peintre. Maintenant on copie au théâtre les conversations d’une centaine de maisons de Paris?. Hors de cela, on n’y apprend rien des mœurs des Français. Il y a dans cette grande ville cinq ou six cent mille âmes dont il n’est jamais question sur la scène. Molière osa peindre des bourgeois et des artisans aussi bien que des marquis; Socrate faisait parler des cochers, menuisiers, cordonniers, maçons. Mais les auteurs d'aujourd'hui, qui sont des gens d’un autre air, se croiraient déshonorés s'ils savaient ce qui se passe au comptoir d’un marchand ou dans la boutique d’un ouvrier ; il ne leur faut que des ifiterlocuteurs illustres, et ils cherchent dans le rang de leurs personnages l'élévation qu'ils ne peuvent tirer de leur génie’. Les spectateurs euxmêmes sont devenus si délicats, qu’ils craindraient de se compromettre à la comédie comme en visite, et ne daigncraient pas aller voir en représentation‘ des gens de moindre condition qu'eux. Ils sont comme les seuls habitants de la terre ; tout le reste n’est rien à leurs yeux. Avoir un carrosse, un suisse, un mailre d’hôlel, c’est être comme tout le monde. Pour être comme tout le monde, il faut être comme très peu de gens. Ceux qui vont à pied ne sont pas du monde : ce sont des bourgeois, des hommes du peuple, des gens de l’autre monde, et l’on dirait qu’un carrosse n’est pas tanL6 nécessaire pour $e conduire que pour exister. Il y a comme cela une poignée d’impertinents qui ne comptent qu'eux dans tout l’univers, et ne valent guère la peine qu'on. les
1. « Naïrete, cette grâce, cette simplicité naturelle avec laquelle une chose est exprimée ou représentée avec vérité ou vraisemblance ». (Dict. de Féraud, 1985). C’est l’ancien sens du mot naif = nalurel (latin nativus).
2, Allusion surtout à la comédie délicate et subtile de Marivaux et de ses imitateurs.
3. Le reproche avait été fait bien avant Rousseau et c’est lui qui fit en partie le succès de la comédie larmoyante et du drame bourgeois où les personnages sont constamment de condition moyenne. L’opéra comique en représentant des paysans en sabots (théâtre de Favart et Sedaine) avait lui aussi,
à cette date, contribué au discrédit de la tragédie.
4. En représentation — quand ils sont représentés sur Le théâtre.
5. La critique des mœurs mondaines et des prétentions des petits maîtres était à cette date tout à fait traditionnelle. On la trouvera par exemple, pour ne parler que d'ouvrages qui furent cèlébres, dans les Considérations sur les mœurs,ou les Confessions du comte de **, de Ducios (1951, 1741), ou dans le livre de l’Esprit, d'Helvétius (r758).