‹ Morceaux choisis;Chapitre 9 sur 312 · IL. BIOGRAPHIE DE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

IL. BIOGRAPHIE DE ROUSSEAU

A. La Vie d’aventures (1712-1742).

Rousseau naquit à Genève, le 28 juin 1712. Son père, d’origine française, Isaac Rousseau, avait mené une vie vagabonde et fantasque. Maitre de danse, puis horloger, il avait quitté une femme intelligente, aimable, et qu’il aimait, pour s'installer comme horloger à Constantinople. Jean-Jacques naquit au retour, et sa naissance coûta la vie à sa mère. Isaac Rousseau guida l’éducation de l'enfant comme il avait conduit sa vie. Obligé de s'enfuir après une rixe il confia son fils à son beau-frère, qui le mit en pension chez le pasteur de Bossey, M. Lambercier. Le séjour, de deux années, dans cette paroisse de campagne fut, malgré quelques mésaventures, paisible et charmant. Mais l’idylle prit fin. Jean-Jacques passa quelques mois chez un oncle, entra chez un greftier, puis chez un graveur, et y prit des habitudes de paresse et de maraude. Un beau jour, au retour d’une promenade, le 14 mars 1728, trouvant les portes de la ville fermées, il partit pour aventure, les poches vides. Le curé catholique d’un village voisin, M. de Pontverre, l’envoya à Annecy chez Mre de Warens qui devait se charger de le convertir.

La vie de M"° de Warens avait été plus hasardeuse encore que celle d’Isaac Rousseau et de Jean-Jacques. Mariée avant quinze ans; elle entraîna M. de Warens dans des spéculations qui tournèrent mal. Pour arranger les affaires elle quitta Vevey et son mari, avec ses bijoux et l’argenterie, et vint se jeter à Evian aux pieds de l’évêque de Genève-Annecy. Elle abjura le protestantisme et y gagna, avec des satisfactions de conscience, une pension du roi de Savoie. Pour achever la conversion de Jean-Jacques, elle

1. Le résumé le plus complet et le de Rousseau a été donné par M. Lanson, plus rigoureusement informé de la vie dans la Grande Encyclopédie,

l’expédia à Turin, à l’hospice des catéchumènes. Il en sortit catho. lique et sans ressources. Après avoir tenté divers métiers, appris chez le comte de Gouvon le latin et l'italien, volé chez Mr de Vercellis un ruban et faussement accusé une jeune domestique, il revient à Annecy auprès de sa protectrice, entre quelque temps au séminaire, court d'aventure en aventure, tente la fortune en Suisse comme professeur de musique, se laisse duper par un escroc qui sedisaitarchimandrite, et, passant par Paris, revient enfin pour la troisième fois (1732), demander asile à Me de Warens, qui avait quitté Annecy pour Chambéry. À Chambéry. il se lia avec des gens intelligents, Gauffecourt, M. de Conzié, auxquels il dut sans doute une part de ses curiosités littéraires. Après un voyage qu'il fit à Montpellier pour se soigner (1737), M*° de Warens loua aux environs de la ville le petit domaine des Charmettes. Rousseau s’y installa (1738). Il a tracé dans les Confessions le tableau fort embelli de la vie qu'il y mena. Mais dans la solitude où il vivait il étudia avec une ardeur obstinée. C’est là qu’il apprit presque tout ce qu'avait oublié de lui enseigner un père qui ne lisait que des romans. Il avait lu déjà Saint-Evremond, Bayle, Lesage, Voltaire, Prévost. I] lut plus ardemment encore des moralistes et des philosophes, Montaigne, Pope, Rollin, Boileau, Descartes, Leibnitz, Locke, Malebranche. Il apprit assez bien le latin. Il s’initia avec une bonne volonté méritoire aux sciences les plus diverses,les mathématiques, la physique, la chimie qu'il connut assez pour écrire d’intéressantes Znstitutions chimiques. Le grec seul lui resta toujours étranger.

L’idylle des Charmettes ne fut pas ce qu’il l’a revue par le souvenir. Avant son départ de Chambéry il avait auprès de M=° de Warens un rival, Vintzenried. Il dut rester le plus souvent seul à la campagne. Me de Warens et son nouveau protégé poursuivaient à Chambéry des entreprises troubles,et malchanceuses. Il se décida enfin à partir et se plaça comme précepteur chez le prévôt général du Lyonnais, M. de Mably (1740). A près avoir échoué . dans sa tâche il rentrait aux Charmettes quelques mois et partait enfin pour Paris, sans doute dans l'été de 1742,

B. Rousseau fréquente la société littéraire (1742-1750).

Jean-Jacques arrivait à Paris avec une nouvelle méthode de notation musicale. Il comptait lui demander la fortune. Il n’obtint de l’Académie des sciences que des compliments. Il lia pourtant connaissance avec de grandes dames, Me Dupin, M°° de Broglie, et des écrivains, Marivaux, Fontenelle, Diderot. Il lisait toujours, rêvait de plus belle, écrivait un opéra et vivait d’expédients. Il

accepta une place de secrétaire de l’ambassadeur de France à

Venise (1743), M. de Montaigu. M. de Montaigu n’avait pour tous talents que son nom. Rousseau était intelligent, mais d'humeur difficile. Ils se brouillèrent vite et Jean-Jacques revint en France par le Simplon et par la Suisse (1744).

Aussi pauvre qu’à son départ, il s'installa dans le petit hôtel de Saint-Quentin. Il y connut une servante, Thérèse Le Vasseur,

dévouée sans doute et affectueuse, mais ignorante et grossière.

Il la prit pour compagne et la garda jusqu’à sa mort. Entre temps il entrait comme secrétaire chez Mr Dupin, remaniait un opéra de Voltaire et Rameau, se liait avec le duc de Richelieu, le financier La Popelinière et Me d'Epinay.

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