I. La, jeunesse bourgeoise
C'est un préjugé très répandu et très puissant que tous les jeunes gens des classes bourgeoises doivent d'abord être bacheliers pour devenir ensuite candidats au fonctionnarisme ou aux carrières libérales, que l'agriculture n'est pas une science ni une profession, et qu'on s'improvise agriculteur quand on n'a pu aborder aucune autre carrière. Et en efl'et nos trois grandes Écoles d'agriculture comptent un effectif total d'à peu près un millier d'élèves, qui se préparent à la vie rurale, ou à des professions en rapport immédiat avec la vie rurale. A côté de cela, Saint-Gyr et Polytechnique sont assiégés par des légions de postulants. Nous
ivons 9.000 étudiants en droit, 8,000 en médecine, 3.000 en pharmacie et 6.000 candidats aux licences de lettres et de sciences. Qu'en dites-vous, Messieurs?
M'est avis que nous faisons fausse route. Je ne vous impose pas mon opinion, je n'en ai pas le droit. Mais je vous invite à réfléchir,
1° Le fonctionnarisme et les carrières libérales sont encombrés. Les offres sont supérieures aux demandes. Il n'y a plus de place pour tout le monde. Nous avons trop d'intellectuels qui consomment et pas assez de cultivateurs qui produisent.
2° Parmi les jeunes gens des classes bourgeoises à, qui on impose la vocation des études classiques, il y en a un bon tiers qui n'ont pas cette vocation, et que l'on pousse de force à un baccalauréat inaccessible. Quel crime ont donc commis ces malheureux pour qu'on leur inflige une pareille torture? Pourquoi ne pas leur donner une culture intellectuelle en rapport avec leurs goûts et leurs aptitudes? Est-ce que, sans être bachelier, on ne peut pas être un homme instruit et un homme utile? L'industrie, le commerce et l'agriculture ne sontelles pas des fonctions nobles, intéressantes, et qui exigent une grande souplesse d'intelligence et des connaissances variées?
3° L'agriculture en particulier n'est-elle pas une véritable science ? C'est ud^ erreur de croire et de
dire qu'on en sait toujours assez pour faire un agriculteur. Non. Pour faire un agriculteur habile et complet, il faudrait aujourd'hui être à la fois chimiste, ingénieur, mécanicien, botaniste, avoir une notion de tous les métiers et de toutes les sciences. Un agriculteur, non seulement n'en sait jamais trop, mais il n'en sait jamais assez.
Messieurs, je crois être dans le vrai et ne rien exagérer. La jeunesse bourgeoise est trop généralement éloignée de l'instruction agricole. On la prépare exclusivement au fonctionnarisme et aux carrières libérales, et on oublie à peu près toujours de lui donner les aptitudes qui conviennent à la vie rurale. Parlons maintenant de