‹ Nos plaies socialesChapitre 101 sur 133 · II. La jeunesse populaire · texte numérisé non relu

II. La jeunesse populaire

Quelle instruction donne-t-on à tous les petits paysans français? La même qui est donnée aux petits citadins. On en fait des diplômés^ on les pousse à un certificat d'études, qui contribue pour une large part à les jeter sur le pavé des villes. Une fois que le petit certifié a pu accrocher aux murs de la ferme son diplôme fascinateur, il serait bien dommage, déclare la mère enorgueillie, de laisser à la queue des vaches un enfant qui possède assez d'instruction pour faire un Monsieur à 60 francs par mois. Muni de son certificat notre petit villa-

geois louche du côté de la ville. Et s'il reste à la campagne, que sait-il des connaissances agricoles pratiques? Que savent nos paysans français dss conditions modernes de leur profession? En général ils savent fort peu de chose de la sélection des semences, des engrais chimiques. Et ils sont dans l'ignorance, sinon dans la défiance absolue de lout ce qui est association, assurances, coopération, mutualité. Qu'en dites-vous, Messieurs?

Afest avis que nous faisons fausse route. Depuis quelques années sans doute il y a eu progrès. Mais nous sommes encore loin du but. Que faire?

1° // faudrait donner une instruction rurale au petit villageois qui demain sera cultivateur ou vigneron. Sous peine d'une période indéfinie de misère et de ruine, il faut répandre à tout prix dans les campagnes un peu de science agricole. Il est évident en effet que tel vigneron fera quarante ou quatre-vingts pièces de vin, selon qu'il sera ignorant ou instruit de son métier... que tel cultivateur routinier produira 15 hectolitres de blé dans le même hectare où son voisin plus instruit des nouvelles méthodes en pourrait récolter jusqu'à 25. Entrons dans le détail.

2° Quel genre d'instruction rurale convient-il de donner aux petits villageois? Beaucoup de choses, d'innovations me semblent ici possibles et désirables. Laissez-moi vous en indiquer quelques-unes. Vous en penserez d'ailleurs ce que vous voudrez.

fc44 CONFÉRENCES AUX HOMMES

En instruisant les enfants de la campa^^ne, il faudrait surtout leur donner les notions essentielles à la vie pratique et utiles pour leur future profession.

Au lieu de leur faire suivre le même programme que les petits citadins, pourquoi ne leur apprendrait-on pas à lire, à écrire et à calculer dans un manuel élémentaire d'agriculture?

Il faudrait leur expliquer la raison d'être des principales opérations agricoles, faire ressortir à leurs yeux les côtés défectueux de la culture locale, les mettre en garde contre les préjugés encore si nombreux à la campagne, et contre la routine qui y règne en souveraine.

Et puis, au lieu d'appliquer à toutes les écoles primaires de ville et de campagne le même certificat, pourquoi ne pas établir un certificat d'études rurales, un diplôme agricole ou viticole, suivant les contrées, lequel diplôme retiendrait les enfants à la culture et de plus leur servirait dans la suite.

Vous me dites peut-être que ce sont là des utopies. Pardon. Ces utopies sont réalisées tout près de chez nous, en Belgique; donc elles sont réalisables.

Vous me dites peut-être que vous n'y pouvez rien. Pardon. Vous pouvez toujours agir sur l'opinion. Vous pouvez signaler les défectuosités de notre enseignement primaire. Et, puisque par le suffrage vous êtes censément souverains, vous pou-

vez demander des réformes et modifier la législation de votre pays.

Attention, Messieurs. Il faut rendre au sol de la France les deux facteurs indispensables à sa production : l'intelligence et les bras, la jeunesse bourgeoise et la jeunesse populaire. Et enfin

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