‹ Nos plaies socialesChapitre 108 sur 133 · IV. Les Remèdes (suite) 4"» LE DEVOIR DES DIRIGEANTS (suite · texte numérisé non relu

IV. Les Remèdes (suite) 4"» LE DEVOIR DES DIRIGEANTS (suite

Messieurs,

Les dirigeants peuvent arrêter la déchéance morale et religieuse de nos campagnes et leur rendre la prospérité et la paix. Et j'ose ajouter qu'en faisant cela les classes riches, non seulement sauveraient la nation, mais encoi'e se sauveraient ellesmêmes. Ce n'est pas en général dans les grands centres qu'elles retrouveront leur prépondérance, c'est dans les villages. Là, le dirigeant intelligent et sérieux conquiert peu à peu, avec la dignité de la vie, une aisance suffisante et une popularité de bon aloi.

L La dignité de la vie.

A la ville le dirigeant est trop souvent inoccupé Ou il n'a rien à faire ou il ne fait que des riens. S'il est arrivé à l'âge du repos après une vie bien

employée, s'il est chargé d'années qui ont été laborieuses... je m'incline devant lui et je salue ce soleil qui se couche après avoir fourni une noble carrière. Mais s'il est jeune encore, plein d'énergie vitale... je le plains et je le blâme. A-t-il le droit de jeter au néant des dons qui voudraient fleurir et fructifier? Non. Trouve-t-il le bonheur dans cette dispersion, dans ce gaspillage d'une vie qui n'a pas de but, d'une activité qui n'a pas d'emploi? Non. Vivre à ne rien faire, n'est pas vivre. Le repos après le travail est légitime. L'inaction du berceau à la tombe n'est pas normale. « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front», a dit l'Eternel sur le berceau de l'humanité. Il n'y a d'exception pour personne. Les sueurs sont diverses selon les professions. Mais tous doivent en verser au moins quelques gouttes. D'une façon ou d'une autre, tout homme doit travailler. C'est en même temps un devoir de conscience et une condition de bonheur. C'est un élément essentiel de la dignité de la vie.

J'admire les classes aisées et les familles anciennes qui se font au village une existence noblement employée. Les journées passent vite, et pas une minute n'est perdue : on s'occupe de l'intérieur, on s'intéresse aux braves gens du voisinage, on visite les malades, on assiste les pauvres, on console les affligés, on est le mandataire de la bonne Providence et l'auxiliaire du curé de la paroisse, on

administre ses propres affaires et les affaireo de la commune, on est occupé, sérieusement occupé du matin au soir. Et le soir on savoure les joies saines de la vie de famille. Je ne sais rien de plus beau, de plus salutaire, de plus digne que ces veillées chrétiennes autour de la large cheminée de la vieille maison. Je ne sais rien de plus beau, de plus salutaire, de plus digne que le tableau de cette maisonnée qui, après le repas du soir, s'agenouille pour rendre a Dieu son hommage et réciter sa prière devant le crucifix, Cetle hymne du soir, récitée par le père ou la mère de famille, pendant que les enfants et les serviteurs répondent VAmen de leur adhésion, me semble d'une éloquence supérieure... et je me permets d'émettre le vœu que ces bonnes habitudes reprennent partout et se multiplient. Nos villages ne pourront que gagner à ce bon exemple. Et les classes dirigeantes revivifiées dans la dignité de la vie retrouveront du même coup la richesse et l'influence.

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