II. La richesse
A la ville, le dirigeant non seulement ne peut rien produire, mais est obligé de consommer beaucoup. 11 a un train de vie qui coûte cher. Il est l'esclave des conventions mondaines, et il lui est bien difficile d'échapper aux dépenses somptuaires
d'aménagement, de vêtement et de table qui engloutissent des sommes souvent exagérées.
A la campagne, on vit plus simplement, on vit de son travail. L'agriculture menée avec habileté et avec prudence est une excellente spéculation. La terre ne laisse pas mourir de faim celui qui la cultive. On trouve très convenable de coloniser Madagascar ou le Canada; y aurait-il moins de profit et plus de déshonneur à coloniser la France? Ce qu'on va faire bien loin, pourquoi ne pas le faire dans notre paysï II y aurait là, en même temps qu'un excellent moyen de gagner sa vie et de redorer son blason, une excellente façon d'aller au peuple et de travailler à résoudre le problème social. Cependant une remarque est ici nécessaire. Pour réussir à la campagne, pour ne pas marcher infailliblement à la ruine, il faut y vivre comme y vivaient nos pères, c'est-à-dire dans le labeur, dans un labeur intelligent et intensif. Les jeunes gens doivent se préparer à la vie des champs par une éducation professionnelle très sérieuse, soit en fréquentant les écoles d'agriculture, soit en observant les méthodes employées par les habitants du pays. Les jeunes filles ont besoin, elles aussi, d'une formation toute spéciale. L'ambition de beaucoup de parents étant d'avoir des filles brillantes, élégantes et brevetées, l'instruction et l'éducation s'en ressentent et ne sont aucunement aptes à faire des
femmes pratiques à l'esprit solide. Pour ne pas s'encroûter à la campagne, la femme doit être instruite non pas de l'algèbre et de la trigonométrie, mais de ce qui élève Tàme et occupe l'esprit. Les femmes peuvent beaucoup pour le retour à la terre... mères, en habituant leurs fils à une vie simple, virile, sobre, et dépourvue de tout le luxe efféminé qui nous entoure... jeunes filles, en consentant à épouser des campagnards, en acceptant de mener une existence rustique et laborieuse, dépourvue de distractions mondaines, mais possédant des charmes dont les populations urbaines n'ont pas l'idée... Allons à la terre tant dédaignée! faisons-la produire en la cultivant nous-mêmes. Nous en serons récompensés par une vie modeste peut-être, mais paisible, digne et relativement aisée. Les classes dirigeantes retrouveront à la campagne la dignité de la vie la richesse suffisante.