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III. L'influence

A la ville le dirigeant est noyé dans l'immense multitude. Il passe inaperçu. L'action qu'il exerce est très restreinte.

A la campagne son action est directe, immédiate, et beaucoup plus intense et plus efficace. Les aumônes discrètes de la dame, les bons conseils et les services du monsieur sont appréciés de tous.

Des gens riches, serviables, complaisants, simples, ayant conscience de leur mission, n'ayant d'autre ambition que celle du bien à faire et d'un apostolat à exercer, n'ayant nullement besoin pour vivre, comme la plupart des politiciens, des voix des électeurs et d'un mandat quelconque, ne peuvent pa» ne pas s'imposer... Pour gagner les cœurs, il n'y a qu'un moyen, il faut donner le sien. Le peuple finalement appartiendra à qui aura su l'aimer davantage. Si les classes dirigeantes vont à nos populations rurales loyalement, sans arrière-pensée, pour le bien de chacun et de tous, nos populations rurales ne leur marchanderont pas la confiance. Elles verront clairement où sont leurs véritables amis, et elles accorderont l'influence et le pouvoir à ceux qui les méritent. Mais pour cela il faut résider. Au lendemain d'une élection générale, un grand propriétaire du centre vint annoncer à Le Play qu'il n'avait pas été élu. Cet échec lui paraissait d'autant plus dur, que son grand-père, son père et lui-même avaient jusque-là constamment représenté le pays. Aussi récriminait-il amèrement. Il s'en prenait à l'ingratitude du corps électoral, à la perversion des idées, au progrès des doctrines révolutionnaires. Le Play l'interrompit : Monsieur le comte, lui dit-il, oii résidait votre grand-père? — Sur ses terres. Il ne venait presque jamais à Paris. — Votre père? — Mon père à la suite de son mariage eut à Paris sa principale installation. — Et

VOUS? — Moi également. — Mais alors, reprit Le Play avec sa brusquerie un peu rude, les plaintes que vous élevez contre vos électeurs ne me paraissent pas justifiées. Considérez qu'ils sont restés fidèles à votre père et à vous-même jusqu'à ce jour, bien que vous ayez cessé de résider parmi eux, de vous occuper de leurs intérêts, de dépenser dans le pays l'argent que vous tiriez du pays. A la longue ils se sont lassés; ils ont fait choix d'un homme que du moins ils voyaient tous les jours, auquel ils pouvaient s'adresser lorsqu'ils avaient besoin d'assistance et de conseil. Cet homme a pris votre place, parce que depuis deux générations vous l'aviez désertée.

Abandonné à lui-même le paysan devient une proie pour l'intrigue. On le trompe, on l'égaré, on l'enivre jusqu'à la corruption.

Pour le sauver du sophisme, il faut auprès de lui ses protecteurs naturels, les hommes riches et honnêtes qui vivent dans le pays et lui donnent une bonne direction. Ces hommes s'imposent au respect de tous. Leur influence très légitime ne tarde pas à grandir et à leur permettre déjouer un rôle utile au pays et de faire un bien durable autour d'eux.

Ils font plus pour la solution de la questioa sociale que bien des théoriciens à grand fracas

TRENTE-CINQUIÈME CONFÉRENCE

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