I. Aimez votre religion
Aimez votre religion telle qu'elle est en ellenême. On aime ce qui est beau. Votre religion est belle. Elle est belle dans son dogme qui défie depuis vingt siècles les attaques de l'incrédulité. Elle est belle dans sa morale, que les impies eux-mêmes sont forcés d'admirer, de respecter et d'accepter, car... lorsqu'ils parlent d'égalité, de solidarité, d'altruisme, d'idéal, de dignité personnelle, c'est notre langue qu'ils emploient ; seulement ils n'en savent plus que le patois, et ils font du christianisme sans le savoir. Elle est belle dans ses sacrements, dans son culte, dans ses cérémonies, qui transfigurent les âmes, qui attirent les foules, qui inspirent les arts, qui consolent les douleurs, qui enchantent la souffrante humanité. Elle est bellvi dans son histoire, qui se rattache au berceau du genre humain et qui ne doit finir qu'avec la consommation des siècles. Elle est belle dans les bienfaits qu'elle a versés sur le monde, dans les héros et les saints qu'elle a enfantés, dans les vertus qu'elle a suscitées. Aimez votre religion telle qu'elle est en elle-même.
— Aimez-la telle quelle vous apparaît à l'heure présente. Elle est dans la lutte. Tant mieux. Cela prouve qu'elle est le vrai et le bien. Si la religion chrétienne, Messieurs, n'était pas ici-bas la plus iiaute représentation du vrai et du bien, on la lais serait bien tranquille, comme on laisse tranquilles le protestantisme, le mahométisme, le boudhisme. L'Evangile est fortement combattu... pourquoi? Parce qu'il est terrible à l'orgueil, sans pitié pour la volupté, foudroyant devant le blasphème, devant la cupidité, devant le mensonge, devant l'ambition. C'est sa gloire. Aimez donc votre religion dans les conditions difficiles que le siècle lui a faites. D'ailleurs vous n'êtes pas libres de l'aimer autrement. La Providence ne nous laisse pas maîtres de l'heure où nous devenons ses serviteurs. Nous ne sommes pas créés pour habiter les tombeaux des morts, mais pour élever des demeures nouvelles sur la terre des vivants. Prenons donc notre temps comme il est, et avec les éléments mêlés que nous offre le présent préparons les améliorations et les progrès de l'avenir. Aimez votre religion telle qu'elle vous apparaît à l'heure actuelle. C'est votre devoir de catholiques. J'ose dire que c'est votre devoir de Français. Voyez comment se comportent les peuples ambitieux d'un grand rôle : l'Angleterre et l'Amérique, l'Allemagne et la Russie. Ils ne se contentent pas des avantages matériels, de la primauté de la richesse, de la primauté du nombre
et des armes. Les nations protestantes sont ardentes à répandre le protestantisme, la Russie à soutenir l'orthodoxie. Et nous autres, Français, dont tout le passé resplendit de gloire catholique, nous laisserions déraciner l'arbre quatorze fois séculaire qui ombrage toute notre histoire? Aimez votre religion. On ne saurait la frapper sans atteindre la France elle-même.