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II. Faire aimer 2a vie des champs

Aucun des intérêts matériels ou spirituels des peuples n'est étranger au cœur, au ministère du prêtre. Or, dans la lutte contre la désertion des campagnes, sont engagés non seulement les intérêts matériels, mais encore les intérêts les plus élevés

des âmes et de tous les trésors moraux qui sont la vraie richesse de notre pays. Donc :

Autant qu'il le pourra, le prêtre tiendra ses paroissiens attachés à la vie des champs. Du haut de la chaire, dans les instructions données aux jeunes gens et aux jeunes filles, dans les conversations particulières, auprès de l'humble foyer du presbytère, le long des sentiers poudreux ou fleuris, sur le seuil des demeures oii il va porter les bénédictions du ciel et les consolations de la foi et de l'espérance, le curé de campagne dira à son peuple les dangers de la ville et les avantages de la vie rurale. Il s'opposera au départ précipité et injustifié de la jeunesse vers les grands centres. 11 rappellera aux parents la responsabilité terrible qui pèse sur €ux, et il leur prophétisera les cruels regrets qu'ils préparent à leur vieillesse. A l'accent de sa parole énergique et profondément affectueuse, on comprendra peut-être l'importance des avertissements qu'il donne... Quelques-uns peut-être résisteront à la tentation de quitter le village... Et, s'il n'est pas obéi, il lui restera du moins la consolation d'avoir délivré son âme et d'avoir fait son devoir. C'est quelque chose. Messieurs, c'est beaucoup. Un jour Bourdaloue, prêchant devant Louis XIV, avait tonné fortement contre l'impudicité. Les courtisans étaient outrés et se pressaient autour du grand roi, le conjurant d'interdire la parole à ce Jésuite insolent. « Messieurs, leur dit Louis XIV, le pré-

dicateur a fait son devoir, faisons le nôtre ». Aujourd'hui, plus encore qu'au xvii' siècle, il arrive aux curés de ville et aux curés de campagne d'annoncer des vérités qui déplaisent aux auditeurs. Qu'importe? Le prédicateur n'est pas responsable du succès de sa parole. Qu'il fasse son devoir. Dieu ne lui demande que cela! Le clergé rural n'est pas tenu de convaincre ses paroissiens. Il est tenu de dire tout ce qui est humainement possible pour les convaincre, pour leur faire aimer la vie des champs, et pour les y retenir.

Et quand reviennent de Paris ou d'ailleurs quelques brebis du troupeau qui ont perdu leur toison, c'est-à-dire la foi, l'honnêteté, le bonheur, le bon Pasteur les recueille, les soigne, les guérit. Il ressuscite dans ces âmes la foi qui paraissait éteinte. Il réveille en elles les souvenirs du passé. Il les acclimate de nouveau dans le vieux sol natal. II les dépouille des scories prises dans la vie urbaine. Il leur rend avec l'amour du clocher, les saines habitudes du travail et de la dignité morale. Christianiser les campagnes et faire aimer la vie des champs : tels sont les deux premiers devoirs du clergé. Un troisième les accompagne et les complète.

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