‹ Nos plaies socialesChapitre 13 sur 133 · I . La profanation du dimanche par l'indifférence · texte numérisé non relu

I . La profanation du dimanche par l'indifférence

Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, L'homme est un Dieu tombé qui se souvient des deux.

Voilà une belle parole et bien vraie. L'indifférent la fait mentir et la répudie. 11 est borné dans sa nature, non moins borné dans ses vœux. Il ne se doute guère qu'il vient du ciel, et il ne pense pasdu tout à y remonter. Comme un arbre dont la cime aurait été foudroyée, il vit par les racines plutôt que par le sommet. Pendant six jours, il travaille ou il se repose, et quand le septième jour arrive, que faitil? Le voit-on s'arrêter et s'agenouiller? non.

Il ne prie pas. 11 y a une terrible parole. Dois-je vous la citer? pourquoi pas ? La voici : « Le chrétien est très inférieur à un musulman. Le juif est pire qu'un chrétien. L'idolâtre est pire qu'un juif. Le porc est pire que Tidolâtre. Mais l'homme

qui ne prie pas est pire que le porc. » C'est brutal. Que voulez-vous? Le mot n'est pas de moi. Il est d'Abd-el-Kader, de ce fameux Arabe qui, après avoir lutté pendant quinze ans contre nos meilleurs généraux, vint rendre son épée à Lamoricière, et qui mourut à Damas en 1883, fidèle ami de la France. L'indifférent ne prie pas plus le dimanche que les autres jours. Que fait-il donc? H s'agite ou il végète.

// s'agite dans des visites inutiles, dans des plaisirs souvent dangereux, dans des parties de campagne, dans les voyages devenus si fréquents depuis que le pays est sillonné de chemins de fer, et que les distances sont effacées en quelques minutes sous les roues brûlantes de la locomotive. Ah ! il y a, le dimanche, des lieux plus fréquentés que l'église, et des portes qui s'ouvrent devant l'impatience d'une foule plus empressée que celle qui vient à l'église : ce sont les gares et les embarcadères. La rage des déplacements s'empare de plus en plus de nos populations affolées et déracinéesg Et au milieu de ce brouhaha universel, de ces wagons qui grincent et de ces voyageurs qui crient, que devient le jour du Seigneur? Il disparaît, il estsubmergé, il n'existe plus. Le dimanche, l'indifférent s'agite, ou bien :

Il végète. Ce n'est plus une toupie roulante, c'est un potiron qui bouge à peine. Il a rêvé une exis-

lence tranquille : il la possède, il s'y installe, il évite toutes les secousses, il se met en garde contre les émotions violentes. Il descend lentement, très lentement le second versant de la vie, celui qui regarde les tombeaux. Il cultive son champ, il fait le tour de sa maison, il lit son journal, il savoure son déjeuner. Il se promène, il invite des amis, il se procure des plaisirs honnêtes ou à peu près. Après avoir ainsi vécu ou plutôt végété, il meurt, et la main sur la conscience il dit : « Le ciel n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. Je suis un honnête homme. Je n'ai ni tué ni volé ». Oui mais

Dieu, comment Pavez-vous traité ? Je n'y ai pas pensé. Avez-vous prié? Non. Avez-vous au moins assisté chaque dimanche à la messe? Avez-vous donné à vos frères l'édification de votre présence dans le lieu saint? Avez-vous accordé à votre âme et à vos destinées éternelles le jour sacré que vous leur deviez? Non — Cependant vous avez été baptisé? Oui. Vous avez fait votre première communion? Certainement. Vous avez vu chaque dimanche la foule envahir le temple, et dans cette foule il y avait votre fille, votre femme, votre voisin, votrî ami peut-être? Oui, j'ai vu tout cela — Eh bien, ô homme, vous êtes sans excuse, et le même Dieu qui vous a ouvert la porte de cette vie pour vous y faire entrer, se trouvera sur le seuil de l'autre

monde pour vous demander compte d'une existence, dans laquelle vous avez eu du temps pour tout, excepté pour la chose essentielle et uniquement importante. Dieu réprouve le dimanche de l'indifférent. Il y a pire encore. C'est

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