‹ Nos plaies socialesChapitre 14 sur 133 · II. La profanation du dimanche par la débauche · texte numérisé non relu

II. La profanation du dimanche par la débauche

Bon gré, mal gré l'homme ne peut pas toujours travailler... et voici ce que notre siècle a imaginé pour éluder la loi divine, tout en cédant aux exigences de la nature humaine. La ferme, l'atelier, le magasin, le chantier se ferment, mais le soir et non le matin, au profit du plaisir et non au profit de la sanctification, pour peupler les rues et les places publiques et non pour peupler l'église. La liberté n'est rendue à l'ouvrier que lorsque l'heure sacrée du dimanche est déjà passée, et qu'il ne reste plus que le loisir inoccupé, les dangers de la licence et les pièges de la corruption. Et par ce calcul coupable qui donne la matinée du dimanche au travail et qui en réserve le soir au plaisir, la part de Dieu disparaît entre une tâche impie qui s'achève et une orgie qui commence. Voyez plutôt:

Ce jeune homme ne vient pas à l'église le dimanche. Il prend de grands airs avec la religion, cette vieille chose âgée de 19 siècles. Il la regarde

de haut, il la juge, il la méprise, tout au moins il s'en passe, comme on se passe d'un objet inutile. Et où est-ce que je le retrouve? Dans des compagnies suspectes, sinon tout à fait mauvaises. Qu'est-ce que j'entends sur ses lèvres? Des discours licencieux, des chansons malsonnantes qui insultent la morale. C'est un cheval échappé qui foule aux pieds son honneur et même sa santé, qui effraie les âmes honnêtes, qui désespère le cœur paternel par ses dérèglements précoces.

Cette jeune fille ne vient pas à l'église le dimanche. Mais elle ne reste pas non plus au foyer domestique. Elle ne sait pas se contenter des plaisirs innocents qui reposent le corps sans inquiéter l'àme, qui distraient l'esprit sans souiller la conscience. Il lui faut du bruit, des spectacles troublants, des jouissances malsaines. Elle joue sans pudeur avec son innocence, et elle laisse gaiement, follement tomber la couronne virginale de son front flétri.

Ce père de famille^ cet ouvrier qui a travaillé toute la semaine, ne vient pas se reposer à l'église le dimanche. Il n'a plus les joies pures du temple, sanctifiées et bénies par la religion, animées par li!b prière, élevées et agrandies par le spectacle de nos cérémonies saintes. Il a, en revanche, les joies ignobles du plaisir, avec les vapeurs du vin pour

«ncens, les accents de Ja débauche pour louanges, le cabaret pour temple, et la vue d'une famille ruinée pour spectacle. Le voyez-vous, ce malheureux^ descendant jusqu'à la ressemblance de l'animal domestique, qui mange sa portion après avoir fait son labeur, que dis-je? descendant plus bas encore. L'animal est retenu par la loi de l'instinct; mais l'homme ne connaît pas cet instinct protecteur; il emploie ce qui lui reste d'intelligence à éteindre ce qui lui reste d'énergie. Le voilà devenu comme une machine, n'ayant plus ni pensée, ni parole, ni conscience, victime éplorée, alourdie, hébétée de la crapuleuse ivresse. Après avoir engouffré avec de faux amis, dans des satisfactions inutiles, le travail et les sueurs de la semaine, il rentre au logis, et là, grand Dieu, quelles scènes déchirantes! La maison tout entière est ébranlée par des cris de haine, de vengeance et de désespoir, par des récriminations et des discordes, quand ce n'est pas par ■des injures et par des violences. Que peuvent bien devenir ces pauvres enfants élevés sous de pareilles influences, condamnés ainsi dès leur plus bas âge au contact du désordre, de l'intempérance et du vice?

Voilà ce que c'est, Messieurs, que <ïavoir déchristianisé le peuple, d'avoir tari dans son âme les croyances, et dans sa vie les pratiques religieuses! On lui a donné, dites-vous, la liberté! Elle est jolie

1 votre liberté. La liberté de descendre dans les derniers abîmes, de passer d'un labeur qui brise à une débauche qui corrompt, et de perdre du même coup et dans la même soirée la santé du corps, la noblesse de l'âme, le pain de la famille!

Laissez-moi, Messieurs, vous dire ces choses. Ellesi ne sont point pour vous. Mais vous devez cependant y faire attention, car elles se passent trop souvent à votre porte et sous vos yeux. Il faut que vous sachiez qu'il y a dans la société des parties malades, et que ce grand blessé qu'est le peuple n'aura sa guérison que le jour oii il viendra régulièrement dans nos temples reposer son corps et transfigurer son âme, sous le beau soleil, sous les chauds rayons du dimanche catholique !

Conclusion :

Allez, Messieurs, allez chercher ceux que le travail enchaîne, ceux que l'indifférence paralyse, ceux que le plaisir avilit. A ce peuple qui a perdu la foi,, à cette foule qu'on pervertit et qu'on désespère, allez crier la grande parole de l'Apôtre : « La religion est utile à tout ; elle garde les promesses de la « vie présente et les promesses de la vie future ». Allez dire à vos frères qu'ici on se relève, qu'ici on se console, qu'ici on s'ennoblit ; — qu'ici on apprend à être résigné, honnête, content de son sort, sobre

dans la prospérité et courageux dans l'épreuve; — qu'ici on trouve la porte du ciel et les meilleures joies d'ici-bas. Allez faire comprendre à vos contemporains que le dimanche n'est pas fait pour quelques-uns, mais qu'il appartient à tous. Oh! la pitoyable erreur! Il y a chez nous des gens qui ont de la religion, et il y en a d'autres qui n'en ont pas, et nous acceptons cela comme une situation normale. Eh bien ! non, cela n'est pas dans l'ordre. La religion dans la société, c'est comme le sang dans le corps humain. Le sang n'est pas la spécialité du cœur et des poumons, il est le besoin et la vie de tous les membres. De même la religion. C'est un malheur et un désordre qu'elle soit localisée dans une portion du corps social. Elle doit circuler partout, pour tout vivifier.

A vous, Messieurs, de rendre au dimanche toute sa popularité et à la religion toute son extension et toute sa plénitude. De tous les actes civilisateurs que vous puissiez exercer, de tous les bienfaits que vous puissiez répandre autour de vous, celui-là est le plus efficace et le plus nécessaire !

Amen'

TROISIÈME CONFÉRENCE

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