‹ Nos plaies socialesChapitre 16 sur 133 · I. La profanation du dimanche est la ruine de la religion · texte numérisé non relu

I. La profanation du dimanche est la ruine de la religion

Sans dimanche pas de religion. Un peuple sans dimanche est bientôt un peuple sans Dieu. 11 perd assez vite la foi, l'habitude, même l'idée religieuse.

{"Un peuple sans dimanche perd la foi religieuse.

— Les choses qui ont été imparfaitement apprises s'oublient facilement dès qu'on cesse de les étudier. Que de jeunes gens deviennent des illettrés qui cependant ont autrefois appris à lire et à écrire! Pourquoi? Parce que de douze à vingt ans ils ont totalement délaissé la lecture et l'écriture. Ainsi s'en va de la mémoire la foi religieuse, si on néglige de l'entretenir et de la cultiver. Gomment lacultiver et l'entretenir? Dans les livres? Les livres^ les bons surtout, coûtent cher, et d'ailleurs la plupart des hommes n'ont ni le temps ni le goût des lectures sérieuses.

— C'est le dimanche, à l'église, au pied de la chaire qu'on apprend la religion. Messieurs, ce

n'est pas un spectacle vulgaire que celui de ces 40.000 chaires de France où monte, chaque dimanche, le prêtre catholique, et d'où il conquiert à sa parole, toujours ancienne et toujours nouvelle, toujours simple et toujours grande, le tribut général du respect, alors même que plusieurs lui refusent le triomphe complet de la foi. Le sacerdoce schismatique d'Orient et d'Occident est un sacerdoce muet. Les évêques hérétiques d'Angleterre ne sont que de gros rentier? qui font circuler des bibles plus ou moins frelatées. Et quand même les ministres protestants répandraient la vraie Bible, peuvent-ils prétendre qu'ils obéissent à la voix du Christ qui a dit : Allez et parlez? Et les philosophes, ont-ils capacité, compétence, autorité pour enseigner l'humanité ? Ce sont des hommes souvent d'un beau talent... Mais hélas! ils n'ont pas de doctrine, ils ne peuvent pas faire marcher sous leur discipline le plus petit des villages et ils meurent sans progéniture spirituelle. Le sacerdoce catholique seul possède l'art divin de captiver constamment l'attention de la multitude, de la réunir à jour fixe autour de sa chaire, et d'en obtenir sans effort d'éloquence le triomphe même de l'éloquence, la conviction et la persuasion.

— Que si un peuple ne vient pas régulièrement entendre la parole de son clergé... qu'arrive-t-il? Vous n'avez qu'à regarder autour de vous. Depuis cinquante ans, au sommet des tours et des clochers,

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les cloches sonnent comme aux beaux jours anciens, mais les masses ne répondent plus à leur appel. Le prêtre, héraut de l'Evangile, annonce du haut de la chaire les divins préceptes et les vérités éternelles, mais les églises ne sont pas remplies. De là, la plus prodigieuse ignorance qui fût jamais. Un peuple sans dimanche perd vite la foi religieuse. Il descend plus bas encore.

2° Un peuple sans dimanche perd Vhabitude^ et même Vidée religieuse.

Il tombe dans l'indifférence pratique, dans l'infidélité radicale, presque dans l'animalité. Il ne sait plus prier. Ne me dites pas, qu'ayant cessé de prier chaque dimanche à l'église, il pourra prier chaque jour à la maison. Vous savez bien qu'il n'en est rien. Quand on ne s'agenouille plus sur le pavé de nos temples, on ne s'agenouille pas davantage devant l'autel du foyer. On ne prie plus à l'église, on ne prie plus en famille, on ne prie plus dans son cœur. On vit sans culte et sans foi. On s'ensevelit dans la matière, et, comme la bête, on reste courbé vers la terre, sans jamais regarder le ciel. Et alors, que voit-on? A la place du jour du Seigneur, le jour de Satan — à la place de l'église, le cabaret hideux — à la place du pasteur, l'orateur du club ou de la société secrète — à la place de l'Evangile, l'ignoble pamphlet — à la place du symbole et du Décalogue, la chanson obscène. Sainte justice de mon Dieu, qu'allez-vous faire de

LA PROFANATION DU DIMANCHE :j:i

nous? Qu'allons-nous devenir? Un demi-siècle encore d'une pareille impiété, et nous serons prêts pour tous les châtiments et pour les décadences irrémédiables et définitives. La profanation du dimanche est la ruine de la religion. Sans dimanche, pas de religion. Ne restons pas plus longtemps, Messieurs, sur ces désolantes perspectives.

II. La sanctification du dimanche est le salât de la religion.

Contemplez ce peuple qui a son dimanche et qui le sanctifie. Il vient à l'église. 11 y entre comme chez lui. Il y est accueilli comme un roi par la grande voix des orgues. Il y a sa place. C'est là que sa petite fille bien parée a fait sa première communion. C'est là qu'il est venu pleurer sur la dépouille mortelle de ses parents et de ses amis. C'est là qu'enun jour d'enchantement il a juré fidélité à la compagne de sa vie. Là il est chez lui.

— Là il trouve le vrai. Cette pauvre âme du peuple, dites-moi, est-elle assez négligée, sacrifiée, oubliée dans l'ardente mêlée de la vie, oubliée presque fatalement par tous ces hommes de peine dans l'écrasement de la tâche journalière? Heureusement, au centre de la cité et au centre du hameau, se dresse le temple, et là, dans le plus simple et le plus sublime des langages, il se dit des choses que

nous trouvons toutes naturelles, mais qui auraient ravi le génie de Platon, s'il lui eût été donné de les entrevoir dans les visions si incomplètes du cap Sunium. C'est le festin de la vérité auquel sont conviés non seulement les grands, les puissants, les intellectuels, les riches, mais les enfants, les femmes, les ouvriers, tous les petits. Là, chaque dimanche, à l'église, le peuple trouve le vrai.

Lli il trouve le bien. En même temps que la vérité lui est apportée toute faite, la morale lui est enseignée avec tous les détails qui la composent, avec les principes qui la font obligatoire, avec les sanctions qui la montrent impérieuse, avec les moyens qui la rendent possible. C'est dans nos églises que le peuple apprend à penser, à sentir, à vouloir, à agir noblement. Là il trouve le vrai. Là il trouve le bien. Ce n'est pas suffisant. « Tant pis », dit J.-J. Rousseau, « si le peuple n'a de temps que pour gagner son pain, il lui en faut encore pour le manger avec joie ». C'est vrai, au peuple qui travaille et qui souffre il faut un peu de joie, non la joie de la taverne qui enivre ou qui tue, mais la ioie du temple qui élève et qui vivifie.

Là, il trouve le beau^ le vrai beau, le beau intégral, le beau moralisateur. Là, il trouve un musée des Beaux- Arts, composé pour lui — un livre de lecture choisi à son intention — une vraie leçon de choses mise à sa portée et capable au besoin de lui en remplacer bien d'autres. Là il trouve l'archi-

lecture, la sculpture, la peinture, la musique, l'éloquence, l'harmonie des figures, des couleurs, des sons et des idées — toutes les richesses de la nature et les artifices de l'art — toutes les combinaisons du savoir et toutes les intuitions de la pensée servies par toutes les patiences du labeur — en un mot toutes les attractions possibles qui se concertent pour pénétrer par les portes des sens jusqu'au sanctuaire de làrae.

Viens, ô peuple, viens du milieu de tes champs et du fond de tes ateliers, de la poussière de te.< magasins et de tes bureaux, viens chaque dimanche à l'église. — Viens chercher le vrai, le bien, le beau, viens entendre Dieu et lui parler. Viens chanter, pleurer, espérer dans l'atmosphère ensoleillée de nos divins offices. Viens te reposer et te sanctifier. Viens, et tu échapperas à la flétrissure dont sont marqués les peuples impies. La sanctification du dimanche est le salut de la religion. On me fait ici une objection.

Objection :

Elle est dans votre esprit et presque sur vos lèvres. Vous me dites :

Un peuple qui a son dimanche peut très bien ne pas le sanctifier et le profaner dans des plaisirs grossiers ■

C'est possible.

1° // aurait tort. Et s'il agit de la sorte, je le blâme. Quand je réclame pour tous le repos du dimanche, je n'entends pas par là un repos quelconque, ni le repos de l'inaction ou de la débauche, mais le repos moralisateur et religieux. L'homme ne saurait se reposer comme une machine qui cesse de fonctionner, ou comme un animal qui mange et qui dort. L'homme n'est ni animal ni machine. 11 a un Dieu à servir et une âme à sauver... Beaucoup, dites-vous, n'y penseseront pas et abuseront de leur dimanche ;

2° Que vous importe? Les hommes sont libres, et ils peuvent user mal de leur liberté. Plaignonsles. Tâchons de les amener à des résolutions meilleures. Mais n'allons pas prétendre que le droit au repos hebdomadaire n'existe pas, sous prétexte qu'un certain nombre d'hommes en feront un mauvais usage. Non. Ce droit existe pour tous. La cause du dimanche est juste. Embrassons-la avec ardeur, plaidons-la avec persévérance, et elle finira par émouvoir la conscience publique et par s'imposer à l'opinion. — Beaucoup de ceux qui auront leur dimanche, dites-vous encore, n'en viendront pas davantage à la messe.

3° Qu'en savez-vous? Us auront la liberté d'y

venir, c'est déjà beaucoup, et moi j'ai la certitude qu'il y a un nombre considérable de travailleurs qui ne demanderaient pas mieux que de sanctifier leur dimanche, s'ils le pouvaient. Allons, Messieurs, ramenons le peuple au pied des autels, et relevons la société en la christianisant.

4° Donnons Vexemple. C'est l'exemple venu de haut qui a jadis déchristianisé les petits. L'ouvrier a vu son patron, le paysan a vu le bourgeois, l'homme de campagne a vu l'homme de la ville, le serviteur a vu son maître, l'administré souvent a vu son supérieur violer publiquement le dimanche, commander, exiger, surveiller des travaux, vendre scandaleusement, acheter sans scrupule, s'occuper de tout, excepté de Dieu, et ne plus paraître à la messe. La religion s'en est allée par le mauvais exemple. Elle reviendra par le bon exemple. Travaillons ensemble, Messieurs, à la restauration de la loi dominicale. Faisons rentrer dans les mœurs le dimanche catholique, et assurons par là l'avenir religieux de notre pays l

Amen !

QUATRIÈME CONFÉRENCE

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