II. Le jour de la religion
On peut faire trois choses le dimanche : s'instruire, se récréer, se sanctifier.
1° S^ instruire? C'est bien. Un peu de îîcience éloigne de la religion, et beaucoup y ramène. Les hommes ne seront jamais trop cultivés, trop savants. Et je félicite l'ouvrier, le bourgeois qui profite des loisirs de son dimanche pour faire de bonnes lectures, pour entendre de bonnes conférences historiques, scientifiques, littéraires. Mais ne nous faisons pas illusion. La science toute seule est impuissante à élever le niveau moral d'un peuple. Elle ne nous guérit pas de la maladie de l'absolu. Elle ne nous révèle pas le sens de la vie. Elle ne nous instruit pas de nos origines et de nos destinées. Ce n'est pas la science qui guérit les cœurs meurtris. Ce n'est pas la science qui calme les passions. Ce n'est pas la science qui maintient la soumission aux lois, le respect des magistrats et de la propriété, l'honneur des familles, la sécurité des Etats et la paix du monde. Et si les âmes s'abaissent et se corrompent, c'est en vain que les peuples savent lire, écrire et calculer, font des ponts et des forteresses, amassent des navires, des canons et des soldats. Que faire donc le dimanche? S'instruire? c'est bien. Mais ce n'est pas suffisant. Que faire?
2° Se récréer? Oui, c'est permis, c'est utile, c'est
même nécessaire. Mais attention ! Voilà que le dimanche on multiplie si bien les réunions profanes, les exercices, les banquets, les promenades, les courses, les concours, que le service de Dieu devient impossible, noyé qu'il est dans une multitude d'attractions extérieures, de fêtes civiles, d'exhibitions foraines, flst-ce avec tout cela que vous allez moraliser la nation? Est-ce en précipitant la jeunesse dans des distractions sans mesure et sans fin, est-ce en dissolvant de plus en plus la vie de famille, que vous allez favoriser la vie morale et faire éclore de nobles âmes? Il faudrait être bien naïf pour l'espérer. Et puis autre chose. Voilà que le dimanche s'ouvrent partout et à chaque heure les lieux de plaisir, qui sont les uns la ruine de la santé et de la bourse, les autres la ruine de la vertu et de la conscience. Avec cela, on démoralise un peuple. On lui apprend à goûter sans cesse au fruit défendu, on le détourne du devoir austère, on l'habitue à la recherche ardente du plaisir grossier, et de la volupté cynique. Oui, on peut se récréer le dimanche, pourvu que ce soit honnêtement et modérément. Mais la récréation, si innocente que vous la supposiez, suffit-elle à entretenir, à développer la vie morale ? Evidemment non. Que faire donc le dimanche?
3° Se sanctifier. En même temps qu'il est le jour du repos, le dimanche doit être le jour de la religion.
La religion, en effet, est Le frein qui empêche la vie morale de s'échapper et de se perdre. Que di riez-vous si on enlevait à la locomotive le frein qui la retient sur les pentes et qui la sauve des emballements? Ce serait idiot et criminel. Mécaniciens et voyageurs iraient ensemble se briser dans les précipices. A l'homme aussi il faut un frein. Il y en a un. C'est la religion. C'est la religion qui arrête les exaltations de l'orgueil, les emportements de l'envie, les saillies de l'intempérance, les avidités de la luxure. C'est la religion qui apaise les enfants indociles, les parents impatients, les époux irrités. C'est la religion qui met au cœur des chefs l'humilité, la modération, le dévouement; au cœur des sujets l'obéissance et le respect. C'est la religion qui empêche les grands de fouler aux pieds les petits, et les petits de dévorer les grands. En dehors de la laligion pas de frein.
La religion est un frein. Elle est de plus le levier ^ui aide la vie morale à monter et à s'épanouir. C'est si évident que les sceptiques les plus déterminés sont bien obligés d'en convenir. Il y a cinquante ans, le sceptique Sainte-Beuve parlant de la morale des honnêtes gens déclarait que cette morale n'était que du christianisme utilisé. « On a détruit en partie le Temple, disait-il, mais les morceaux en sont bons. » Ah I on a détruit le Temple? pourquoi donc ne pas le reconstruire, puisqu'on reconnaît qu'on en a besoin, et que les morceaux
en sont bons. Et ces jours-ci, un autre sceptique, Lavisse, vient d'écrire que : « L'Eglise donne à l'immense foule des préceptes, des espérances, des terreurs, une explication de l'existence, et, somme toute, le peu de vie morale qui l'élève audessus de l'animalité. L'Eglise supprimée, qui donc et quoi la remplacerait? » Entendez-vous ? Pour qu'un universitaire aussi peu clérical que M. Lavisse avoue publiquement qu'il n'y a de vie morale que dans et par la religion, il faut que ce soit rigoureusement vrai. Or pas de religion sans dimanche. Donc, pour élever le niveau moral, faisons du dimanche non seulement le jour du repos, mais encore et surtout le jour de la religion. Travaillons ensemble, mes Frères, à la restauration du dimanche catholique. L'heure est grave. Il n'est permis à personne aujourd'hui de se tenir à l'écart, et de contempler à ses pieds, en spectateur curieux, mais passif, le flot des événements. Sanctifions et faisons sanctifier autour de nous le jour du Seigneur. En retrouvant son dimanche, le peuple retrouvera toute sa religion et sa vraie noblesse. Et nos églises consolées redeviendront pour tous ce qu'elles doivent être :
C'est une île de paix sur l'océan du monde. On entend de plus loin le bruit du flot qui gronde Sur le seuil de l'éternité !
Amen!
CINQUIÈME CONFÉRENCE