V ALCOOLISME EST LA RUINE DU FOYER, DE LA RACE, DE LA NATION
L'alcoolisme est une véritable plaie sociale, qui atteint Tindividu dans son être physique, dans son être intellectuel et dans son être moral.
Ce n'est pas tout. L'alcoolisme est un fléau qui rayonne, qui frappe au loin, qui perpétue ses ravages. Il ruine le foyer, la race, la nation. Aujourd'hui encore constatons le mal. Dimanche, nous étudierons les remèdes.
L L'alcoolisme est la ruine du foyer.
Interrogez vos souvenirs, votre expérience. N'avezvous pas connu des familles honorables, jouissant d'une certaine aisance, ou même d'une certaine fortune, et qui ont été ruinées et déshonorées par l'alcoolisme? Sous la pression de l'alcool, ce pro-
prictaire influent, ce fermier laborieux, ce petit cultivateur, ont été obligés de vendre peu à peu toutes leurs terres, puis la maison paternelle. Ils ont quitte le pays. Ils se sont réfugiés à la ville, et là ils sont devenus de simples manœuvres, qui se traînent incapables de tout travail sérieux et qui mourront dans l'abjection et la détresse. L'alcoolisme est la ruine du foyer.
Interrogez les économistes, les statisticiens. Un professeur belge établit ainsi la perte annuelle faite en Belgique par l'ouvrier buveur d'alcool : 200 francs en excès de boissons ; 25 francs en excès de tabac; 150 francs en journées perdues; 25 francs de frais médicaux. Gela fait le joli totalde400 francs, somme énorme qui, placée à intérêts composés à 4 0/0, produirait au bout de vingt ans plus de 12.000 francs, au bout de quarante ans près de 40.000 francs, une petite fortune! Quand un ménage ouvrier est contaminé par l'alcoolisme, rien n'y peut ramener l'aisance : ni les augmentations de salaire, ni les institutions économiques les plus ingénieuses, ni même l'intervention de la charité. L'alcoolisme est la ruine du foyer.
Interrogez les philosophes, les philanthropes, les conférenciers de Saint- Vincent de Paul. Ils vous diront que, dans le nombre des familles pauvres, secourues par l'assistance publique en Belgique, en
Angleterre et en France, il y en a 75 0/0 qui ont <Hé amenées à la misère par l'alcoolisme du père de famille. « Pourquoi ce poêle éteint, écrit /. Simon, ce lit sans matelas et sans couverture, cette armoire vide, ces enfants mourant moitié de phtisie, moitié de faim? Y a-t-il eu une crise industrielle? Les ateliers refusent-ils de l'ouvrage? Le père de famille ne sait-il que faire de sa volonté et de ses bras? Non, sa femme et ses enfants vivraient, s'il le voulait; c'est lui qui leur vole leur lit et leurs vêtements, lui qui les condamne au froid et à la faim, à la mort, lui, le lâche, qui a bu leur subsistance avec l'alcool y>. L'alcoolisme est la ruine du foyer.
Interrogez les souffre-douleurs qui en sont les tristes victimes. Ouvrier, ne marie pas ta fille à rhomme qui boit, marie-la plutôt à l'homme le plus laid, le plus mal tourné et le plus pauvre, pourvu qu'il soit sobre et rangé. Car vraiment je ne connais pas au monde de créature plus misérable que la femme de l'alcoolique. Sa vie n'est qu'un long calvaire, 011 d'étape en étape pleuvent sur elle les injures, les blasphèmes et les coups sanglants. Elle pleure, et autour d'elle pleurent ses malheureux enfants, victimes affolées de la débauche paternelle. Aucun animal ne laisse crever ses petits de faim Lui; l'alcoolique, la bête sans nom, a bu le pain de ses enfants, et il n'en a ni souci ni regret. Il n'a
plus de conscience. Il n'a plus do cœur. Il n'a même plus l'instinct de l'animal qui nourrit ses petits. Il est tombé au-dessous de la brute. L'alcoolisme est la ruine du foyer. Il tue dans la famille l'aisance, la joie, la concorde.
Et, si cela continue, il finira par corroder dans sa source toute la sève de notre race. Redoublez d'attention.