III. — L'Alcoolisme est la mine de la nation
L'alcoolisme désole le foyer. Il pourrit la race. Il épuise la nation.
1° Il épuise les finances de la nation. Savez-vous ce qu'il coûte? Les statistiques anglaises évaluent au chiffre énorme de 2 milliards et demi la somme des salaires dépensés annuellement au cabaret par les ouvriers de l'Angleterre. Chez-nous on boit annuellement pour 1 milliard d'alcool. Il faut ajouter à cela les journées perdues par suite d'alcoolisme, soit 1 milliard 340 millions ; et puis les suicides et morts accidentelles dus à la même cause, soit 5 millions.
On dit que l'alcool est pour l'État une source de revenus. Quelle pitoyable erreur 1 L'Etat encaisse
l'impôt de ralcool, c'est vrai; mais pour réparer les méfaits de l'alcool, quelles dépenses ne doit-il pas s'imposer? Il dépense par an 10 millions pour les aliénés perdus par l'alcool, 9 millions pour la répression des crimes engendrés pax l'alcool, 70 millions pour l'entretien dans les hôpitaux des victimes de l'alcool. Si nous totalisons toutes les sommes versées soit par les particuliers, soit par l'Etat, nous constatons que l'alcoolisme nous coûte 2 milliards et demi par an; avec cela il y aurait de quoi améliorer le sort de tous les déshérités, de quoi résoudre la question sociale. L'alcoolisme épuise les finances de la nation.
2° Il épuise la vitalité de la nation. Où en sommesnous au point de vue de la population? C'est etîrayant. Si les choses continuent comme elles sont entrain de marcher, avant quinze ans l'Allemagne aura deux conscrits, tandis que la France n'en aura qu'un. Nous reviendrons bientôt sur ce capital sujet. Disons seulement pour aujourd'hui que l'alcoolisme contribue grandement à la diminution de la natalité. Dans les départements où l'alcoolisme est le plus répandu, comme en Normandie, la population diminue graduellement.
Et puis l'alcoolisme n'empêche pas seulement de naître, il empêche encore de vivre... Il use, en quoique sorte, la nation par les deux bouts, en augmentant la mortalité et en diminuant la natalité.
Et enfin que produit-il, sinon des dégénérés ? des êtres inférieurs? des débilités physiquement et intellectuellement? des soldats qui n'ont pas la taille ou qui n'ont qu'un sang gâté, empoisonné? Tenez : le paysan généralement n'est pas alcoolique; aussi fournit-il à l'armée des gaillards solides qui peuvent tenir un drapeau et défendre un pays... tandis que, s'il était alcoolique, il n'enverrait au régiment que des enfants rachitiques, impuissants à venger une patrie.
Gare à vous ! L'alcoolisme est une ruine pour les peuples. Il épuise les finances de la nation, la vitalité de la nation.
3° Il épuise rdme de la nation. Il détruit la vie familiale, si nécessaire au bon fonctionnement de la société. Il enfante le désordre et la corruption. Il rend impossible l'ascension du travailleur à un état intellectuel et moral plus élevé. Il prépare la décadence irrémédiable et l'abrutissement définitif des esprits et des volontés. Il tue dans la nation toutes les parties nobles ; il n'en laisse subsister que les parties basses et rampantes. J'ose le dire, si l'anarchie faisait sauter la moitié des maisons de Paris, si un peuple donnait le signal d'une guerre universelle, ni l'anarchie, ni la guerre n'arriveraient à causer à la France autant de désastres réels que lui en inflige le liquide frelaté qui tombe par torrents sur notre génération. L'alcoolisme est la ruine du foyer, de la race, de la nation.
il est inutile d'insister. Je vous ai dit le mal. Il est impossible de le contester. Dimanche nous étudierons les remèdes. C'est assez pour aujourd'hui. Prions, Messieurs. Demandons à Dieu d'avoir pitié de nous. Orgueilleux que nous sommes, humilionsnous dans l'aveu de nos misères et de nos dégradations.
0 civilisation abusée, reviens à Dieu et suppliele de ne pas te laisser périr dans un accès de délire alcoolique !
CINQUIEME CONFERENCE