‹ Nos plaies socialesChapitre 5 sur 133 · LETTRE DE M. LABBE LEMTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LABBE LEMTRE XIII

ce que la tempérance chre'tienne, mon petit? — Réponse . La tempérance chrétienne est une vertu qui nous fait user avec mode'ration de toutes choses et selon la loi de Dieu. Avec cela, on va loin et on est fort. Le curé attaque le mal par en haut.

Quant à la ménagère, elle attaque le mal par en bas. S'abstenir, se modérer, cela demande de la volonté', de la résistance, un commandement. Mais s'il y a, avec cette volonté', pour la seconder et la soutenir, une sorte de re'pugnance instinctive, si quand la tête dit non, le tempérament lui-même se rejette en arrière, la résistance totale sera certainement plus facile. La répugnance pour Valcool existe chez les animaux. Pourquoi n^ existe-elle pas chez Vhomme ? Question d'habitude, question de cuisine. Elle n' existe pa^ chez Vhomme civilisé, chez Vhomme quune alimentation plus ou moins raffinés, et que la recherche d'excitations nerveuses rapproche de Valcool.

Si Valcool n'avait ni utilité, ni agrément, s'il n'était point mêlé à des substances réconfortantes ou savoureuses, il ne serait ni un danger commun, ni un danger difficile à vaincre. Mais précisément le peuple le voit dans les boissons recherchées et à la mode, dans le vin, dans V absinthe, dans les liqueurs fines de tout nom et de toute couleur. Et le sensualisme régnant fait croire qu'il est le meilleur moyen de Jouir.

Alors que s'ensuit-il ? que la gamme des plaisirs remonte de plus en plus. Le plaisir est la différence entre la sensation actuelle et les précédentes. Le plaisir c'est quelque chose qui excite, qui tranche sur la monotonie, c'est une épice. Eyi fait de plaisirs du goût, plus la nutrition quotidienne s'écarte de la simplicité, plus les épices sont nécessaires.

Xi\ CONFÉRENCES AUX HOMMES

L'alcoolisme est une plaie quand la recherche de la jouissance est la règle : cest la note aiguë devenue nécessaire par un diapason trop élevé.

Alors où est le remède ?

D'abord le retour à une nutrition normale et simple.

Les ouvriers de la grande industrie^ les gens qui sont souvent absents de chez eux, ceux qui n'ont pas de mets chauds, préparés lentement^ ceux qui mangent trop de viande, prennent de Valcool comme excitant. Leur estomac échauffé se brûle pour s'échauffer davantage. Une fois la combustion commencée^ elle se continue irrésistible et fatale, entretenue par le plaisir. Que l'on revienne à la cuisine normale, que l'on abaisse la notede la jouissance, qu'on V abaisse progressivement et une goutte d'eau finira par être délicieuse ! C'est aux ménagères de se souvenir de leur devoir : leur rôle si humble est cependant capital. En réglant les repas, en donnant à chacun ce qui lui convient ainsi qu'à chaque saison et à chaque jour, elles empêcheront les appétits malsains.

C'est chose bien frappante que la matière la plus raffinée, la plus proche de l'esprit par le nom et l'apparence soit précisément la plus nuisible à l'âme ; tant il est vrai que l'âme et la matière sont d'ordre différent. Si le matérialisme était la vérité, les buveurs d'alcool devraient être les plus forts, les plus sains, les plus heureux des hommes. Il n'en est rien. Ils deviennent les plus faibles, les plus irréfléchis, les plus sombres.

L'alcool est un produit industriel merveilleux. On attend de lui des progrès et des applications de toute sorte. On ne recherche plus la pierre philosophale pour changer les métaux en or. On a trouvé mieux; on possède le mystérieux liquide avec lequel on produit de la lumière,

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