LETTÏŒ DE M- L'ABBÉ LEMIRE XV
ds la chaleur, du mouvement. U alcool répand à la surface du globe lumière, chaleur et mouvement. Ne donnet-il pas cela au corps de Vhomme ?
Bans une certaine mesure et dans certaines conditions^ oui, car il est un excitant. Et les anciens s'en servaient comme d'une drogue de pharmacie. Mais cette excitation ne peut être ni habituelle, ni excessive. Répétée ou porte'e à un certain degré', elle nuit, elle détruit Vorganisme. Rien n^existe qu'avec une certaine modalité, sous une certaine forme : un être vivant ne peut sortir de cette forme ni de cette modaiité, ni la froisser ni la déchirer impunément. L'homme est une harmonie, disait Platon, une harmonie suave que les violences brisent comme le heurt d'une pierre brise les cordes d'un beau luth.
Le là la nécessité de la modération et l'obligation de la tempérance.
Et cela seul est une preuve de la domination nécessaire de Vdme.
On ne réagit contre les spiritueux qu'au nom du spiritualisme.
N'oublions pas que l'alcoolisme, c^est-à-dire la recherche morbide des excitations produites par Valcool dans le système nerveux est la forme moderne du matérialisme. C'est l'ivresse du système nerveux. Et la nervosité est certainement, chez beaucoup de nos contempo' rains, poussée à un degré excessif.
Là encore la modération est nécessaire,
La modération^ la tempérance, grande et universelle loi que l'Église proclame, qu'elle grave dans les mœurs par l'abstinence du vendredi, qu'elle met sur notre che min, par cette gêne, comme un heurt pour notre sensua lité, et quelle nous demande d'appliquer à l'usage (k
ï alcool comme à celui de tous les biens de ce monde. Et c'est ce qui me ramène au vieux catéchisme et au vieux bon sens.
Je me suis detiandé en vous lisant, mon cher Curé, pourquoi les ligues antialcooliques, comme toutes les autres ligues pour la pratique d'une vertu, comme les ligues pour la moralité, etc. y ne réussissent que médiocrement en France.
C'est un fait indéniable.
Il a son explication dans notre tempérament national. Nous ne sommes pas puritains du tout. Nous aimons la vertu, nous la pratiquons de notre Tnieux, comme les honnêtes gens font en général, mais nous mettons dans cette pratique beaucoup de réserve et de discrétion.
S'il fallait extérieurement se décider entre deux extrêmes, nous inclinerions plutôt vers la fanfaronnade du vice que vers l'étalage de l'austérité. Tant il nous déplaît de paraître stoïciens, si délicate est chez nous la pudeur de la vertu! Il me semble donc qu^il ne faut pas confier à des ligues seules le soin de propager V antialcoolisme.
Il serait excessif de dire que le Français a honte d'être moral. Mais il cache sa morale comme chose intime derrière la foi, derrière la loi. Il ne la pratique point par esprit d'association : il craindrait d'y voir se mêler le souci du qu'en dira-t-on : mais par obéissance et par conscience. Il en fait honneur à la religion et à l'autorité. La lutte contre l'alcoolisme doit être soutenue chez nous par l'Église et par l'État. L'État par des lois sur la police des cabarets, par un re'gime fiscal se'vère, par des pénalités contre l'ivresse manifeste, peut beaucoup pour arrêter le fléau. L'Église exerce sur les cons-