I. La jeunesse cultivée déserte les campagnes
Tenez. Combien y a-t-il de jeunes gens qui se préparent par des études spéciales à l'agriculture, comme on se prépare par des études spéciales à l'armée, à la magistrature, à la médecine, au notariat? Il y a en France 1.000 ou 1.500 jeunes gens, plus ou moins lettrés, n'appartenant même pas tous aux classes dirigeantes, qui font de hautes études agricoles, et se préparent à l'agriculture ou à des professions en rapport immédiat avec l'agriculture. Qu'est-ce que ce chiffre en regard des 25.000 étudiants de tous ordres, des 9.000 étudiants en droit, des 8.000 étudiants en médecine, des 3.000 étudiants en pharmacie, des 5.000 candidats aux licences des lettres et des sciences? On s'imagine dans les classes dirigeantes que l'agriculture n'est pas une carrière, et qu'en somme ne sont agriculteurs que ceux qui ne peuvent pas faire autrement. Le préjugé est ancien; mais il n'en est pas meilleur pour cela. Nous le verrons.
Plus encore que les jeunes gens, les jeunes filles de la classe cultivée ont horreur de la campagne.
Elles ne comprennent pas qu'on y puisse vivre, et dans leur conviction le comble du malheur est de quitter la ville... Se marier à un propriétaire campagnard... Oh! non, mille fois non. Et maintenant descendons d'un étage.